6 février 1998. Le Préfet de Corse Claude Erignac est abattu dans une rue d’Ajaccio. Après plusieurs rebondissements judiciaires, Yvan Colonna est condamné le 27 mars 2009 pour le meurtre du haut fonctionnaire. Retour en images sur cette affaire.

Les faits

Il disait : "Je veux rester ici longtemps encore". Nommé préfet de l'île de beauté en 1996, Claude Erignac qui avait fait toute sa carrière à droite, en Ouretre-Mer et dans le Gers, est retrouvé mort le 6 février 1998. Abattu de trois balles dans la nuque, son corps gisait en plein cœur d'Ajaccio, devant le théâtre Kallisté.

Ancien préfet des Yvelines et du Gers, il refusait toute protection rapprochée, aussi bien lors de déplacements publics que privés.
En arrivant en Corse, il s'était donné pour mission de faire face au terrorisme. Par les journalistes, il était décrit comme un homme ouvert au dialogue, disponible pour tous. "La préfecture de région est une maison où l'on peut parler avec franchise" affirmait-il. Et face à la violence, son discours restait ferme, comme lors de cet attentat, en 1997, à la gendarmerie de Pietrosella : "c'est un attentat tout à fait inadmissible, tout à fait stupide". Durant cette attaque, deux armes avaient été volées. L'une d'entre elles servira à assassiner le préfet. 

Portrait de Claude Erignac, 7 février 1998

Réactions en Corse après cet assassinat, 7 février 1998

La levée du corps de Claude Erignac, 8 février 1998

Début d'enquête

Ministre de la Fonction publique, ministre de l'Intérieur, Premier ministre : presque tout Matignon se déplace au lendemain du drame pour se recueillir sur la dépouille du défunt. L'acte, qualifié de "barbare" par le président Jacques Chirac, doit être montré comme exceptionnellement grave. Pourtant, l'enquête piétine pendant plus d'un an, jusqu'à ce coup de filet du 21 mai 1999 : la division nationale antiterroriste démantèle un commando de six personnes. Elles sont soupçonnées d'avoir organisé et participé à l'assassinat du préfet. Et chargent une septième personne d'être l'auteur du crime : Yvan Colonna.

Le point sur l'enquête et l'identification du commando responsable de l'assassinat, 24 mai 1999

La cavale

Rapidement, le berger et militant nationaliste défie la justice face aux caméras de TF1 : "on m'accuse de faits. Moi, je ne dis qu'une chose : prouvez-le." Il dénonce une "manipulation". Il est le suspect n°1. Il choisira alors de fuir.
Yvan Colonna devient l'homme le plus recherché de France : malgré un mandat d'arrêt délivré dans 178 pays, aucune trace du fugitif.
Au bout de quatre ans de cavale, il est finalement arrêté dans une bergerie près d'Omerta. Près de lui : deux cagoules, un chargeur et une grenade. Une arrestation qui a lieu en même temps que les procès des six assassins présumés.

La cavale. Dans sa dernière interview le 22 mai 1999 avant de disparaître. Il déclare "il faut des coupables, des coupables à tout prix, et bien on trouve des gens qui ont le profil. Peut être qu'on a le profil des gens qui sont responsables de cette action, mais on n'y est pour rien".

Réactions à sa déclaration.

L'arrestation, le 1er procès de 2003

Mais ceux qui, à l'époque, présentaient Colonna comme le tireur, se rétractent. Ils ne lui éviteront pourtant pas d'être jugé seul devant la Cour d'Assises spéciale de Paris.
L'action du comité de soutien au berger de Cargèse réunit 33 000 signatures pour que sa présomption d'innocence ne soit pas bafouée. Mais, malgré les divers rebondissements du procès et le soutien de ses proches, le 13 décembre 2007, Yvan Colonna est reconnu coupable. A 47 ans, il est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. Ses avocats annoncent qu'ils vont faire appel. Le procès en appel s’ouvre le 9 février 2009. Yvan Colonna est à nouveau condamné à perpétuité.

Interview la veuve du préfet, Dominique Erignac : "Comment est-ce qu'on peut avouer d'une manière si précise et tout d'un coup se rétracter ? Je trouve qu'ils manquent d'honneur et de panache. On ne tue pas quelqu'un parce qu'il est préfet... Je les ai regardés dans les yeux. Hier ils ont baissé les yeux. je n'ai pas envie de parler... En ce moment, j'avoue que je suis un peu désespérée".

Reportage consacré à l'arrestation et au transfert d'Yvan Colonna vers la prison de la Santé à Paris où il devrait être mis en examen le 5 juillet 2003.

Le 11 juillet 2003, le verdict du procès Erignac tombe en fin d'après midi, provoquant aussitôt une vague d'émotion et de colère dans la salle de la Cour d'Assises. Alors que l'hymne Corse était entonné, les accusés lèvent le poing dans le box. Une image qui résume le sentiment des familles et des huit nationalistes qui comparaissaient devant les magistrats de la cour d'assises spéciale de Paris. Le verdict va de la perpétuité à 15 ans de prison.

2006-2011, l'imbroglio judiciaire

2006. Yvan Colonna renvoyé devant la Cour d'assise. Retour sur l'affaire.

2007. Les complices tentent d'innocenter Colonna.

13 décembre 2007. Verdict du procès.

Les temps forts du procès.

27 mars 2009. Verdict du procès en appel.

L’épisode judiciaire de l’affaire Erignac prend une nouvelle tournure en 2010. La Cour de cassation annule le jugement de la Cour d’assise d’appel de Paris pour vice de procédure. Les charges portant sur l’implication de Colonna dans une entreprise terroriste sont abandonnées. Le berger de Cargèse est alors condamné à 1 an de prison pour détention d’arme de première catégorie.

A son tour, le parquet fait appel. Un troisième procès s’ouvre à la Cour d’assises de Paris le 2 mai 2011.

Le 20 juin 2012 Yvan Colonna est condamné pour la 3ème fois à perpétuité. Antoine Sollacaro, un de ses avocats, est froidement assassiné un an plus tard.

L’association Claude Erignac perpétue la mémoire du haut fonctionnaire et récompense chaque année des initiatives à caractère social. Une place du Préfet Claude Erignac a également été inaugurée dans le 16ème arrondissement de Paris.

Florence Dartois

Rédaction Ina le 03/02/2008 à 00:00. Dernière mise à jour le 21/03/2019 à 15:30.
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