L'actrice est née le 15 juin 1946. Elle fait partie de ces comédiennes à avoir débuté leur carrière très jeune. Le premier rôle de Brigitte Fossey a marqué des générations de Français, celui de la petite Paulette dans "Jeux interdits" de René Clément. Des années après, ils dévoilaient quelques secrets du tournage.

Le film sort au cinéma le 9 mai 1952. Ecrit par Pierre Bost et Jean Aurenche, il a été adapté du roman de François Boyer intitulé Les Jeux inconnus. C'est René Clément qui assura la réalisation. Ce drame se déroule pendant l'Exode de 1940 et relate les aventures de Paulette, jouée par Brigitte Fossey, 5 ans et 3 mois, orpheline et recueillie par un petit garçon de 11 ans, Michel, joué par Georges Poujouly. Dans une interview radio diffusée le 6 juin 1952, quelques semaines après sa sortie en salle, René Clément raconte qu'il ne fut pas facile de monter son projet parce que les producteurs le trouvaient "trop risqué". C'était aussi pour lui la première fois qu'il tournait avec des enfants. Pourtant, le cinéaste va parvenir à se mettre à hauteur d'enfants et va même nouer une véritable complicité avec la petite Brigitte.

En décembre 1967, quinze après la sortie du film, le réalisateur et son actrice se retrouvaient pour évoquer leur tendre complicité sur le tournage. Un tournage qui aurait pu s'avérer éprouvant pour la fillette, à cause de l'omniprésence de la notion de mort dans le scénario, mais qui fut au contraire un formidable terrain de jeu pour elle. Brigitte Fossey l'explique très bien à René Clément dans cette archive proposée en tête d'article : "Je n'avais absolument pas conscience de la gravité du sujet et du tragique. Et quand vous me faisiez pleurer en employant un argument tel que la privation de ma bicyclette, je savais encore que c'était pour le jeu, qui était sérieux, et j'adorais ça !"

"Ils étaient persuadés que je devais te faire des misères atroces pour te faire pleurer"

Au cours du tournage, la gamine de 5 ans fit preuve d'une étonnante maturité ce qui surprit l'équipe. D'ailleurs le cinéaste s'en amusait encore au moment de ce dialogue : "Ce que tu dis là est très important car ils étaient persuadés que je devais te faire des misères atroces pour te faire pleurer. Mais pas du tout ! Tu avais la suprême intelligence de comprendre que j'avais inventé un truc qui te permettrait, en te poussant un petit peu, de pleurer comme on tourne un robinet" Il poursuit complice, "Tu te rappelles quand je te disais : tu pleures trop et que tu revenais en arrière ? Ça, on en a épaté quelques-uns avec ça ! L'équipe ne comprenait pas comment tu pouvais faire".

"Je me suis amusée comme une folle"

Cette osmose entre le cinéaste et la fillette transparaît dans le film. C'est sans doute ce qui rend l'émotion si palpable, si réelle, tout le long du récit, et qui fit de Jeux interdits l'un des plus gros succès cinématographiques des années 50. Pour des générations de spectateurs, le visage de Brigitte Fossey reste associé à celui de Paulette, cette petite fille en larmes, pleurant la disparition de ses parents, et de son petit chien… Difficile d'imaginer que pour l'intéressée, ce film a été un grand moment de joie et d'amusement, comme elle le confiait à Georges Poujouly, en 1968, alors qu'ils évoquaient leurs souvenirs respectifs du tournage. "Je me suis amusée comme une folle. A 5 ans, j'étais un peu amoureuse de Georges Poujouly et j'avais une amitié folle pour René Clément".

L'année de sa sortie, ce drame remporte un succès considérable en France mais également dans le monde entier. Il reçoit une multitude de prix tels l'Oscar du meilleur film étranger et le Lion d'or à la Mostra de Venise. Chacune de ses diffusions à la télévision entraîne des records d'audimat. Brigitte Fossey a mis des années à se détacher de ce personnage, c'est notamment grâce au théâtre de Roger Planchon qu'elle parviendra à faire oublier la petite Paulette.

Florence Dartois

Pour aller plus loin :

En 1967, la comédienne se souvient du casting passé à la suite d'un pari réalisé par sa tante avec sa mère et évoque la complicité spontanée née avec René Clément.                         

Le succès du film est tel que la jeune actrice de six ans est officiellement présentée à la reine Élisabeth II en février 1953.

Sa maman évoque cette rencontre royale et la petite Brigitte raconte sa vie d'actrice. (Audio, 1953)

Périscope: Brigitte Fossey, à propos de sa carrière et le poids de ce film et de ce rôle qui lui a collé à la peau. (1975, audio)

Une thème musical inoubliable :

Une musique inoubliable. La bande originale du film n'est pas étrangère à la charge émotionnelle ressentie par les spectateurs. Le thème principal, Romance anonyme, joué à la guitare, est de Narciso Yepes. En 1970, l'artiste racontait cette aventure et comment il avait composé le thème musical, sorte de dialogue avec les personnages. Il interprète ensuite un air andalou à la guitare.

Quelques interprétations :

En 1956, Sébastien Marotto interprète Romance anonyme, le thème musical du film Jeux interdits. Sa version est très lente.

En 1964, Luis Suelves interprète le thème principal de Jeux interdits à la guitare.

Version de Michel Dintrich , 1970

Rédaction Ina le 14/06/2021 à 18:00. Dernière mise à jour le 15/06/2021 à 10:40.
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