En septembre 1985, Agnès Varda recevait le Lion d'or de Venise pour son film "Sans toit ni loi". Pour l'occasion, le JT de Montpellier rediffusait un reportage réalisé en avril 1985 dans la région de Nîmes pendant le tournage. Partons à la rencontre de la réalisatrice et de son héroïne...

Avril 1985, dans un château situé près de Nîmes, une équipe de cinéma est en plein tournage. Le film c'est Sans toit ni loi, la réalisatrice Agnès Varda.  Entre deux prises, la cinéaste répond aux questions d'un journaliste du journal télévisé régional à propos du sujet traité dans son film : "Il raconte l'histoire d'une fille qui est sur les routes, une errante, une vagabonde, une routarde, une rôdeuse. C'est Sandrine Bonnaire."

De sa jeune actrice, la réalisatrice ne tarit pas d'éloges : "Cette Sandrine Bonnaire, qui a en elle une réserve extraordinaire de sauvagerie, de fierté et de jeunesse évidemment ! Donc, elle va de place en place. Elle fait de l’auto-stop, elle va partout. Elle a une petite halte dans ce château et dans ce jardin. Un petit moment agréable dans son errance qui n'est pas toujours heureuse."

Pendant l'interview d'Agnès Varda, la caméra nous montre des images du plateau. Dans un coin Yolande Moreau se fait maquiller. Plus tard, on la voit tourner une scène.

"Il faut demander aux distributeurs et aux producteurs pourquoi ils ne me donnent pas d'argent."

Au journaliste qui lui demande : "Pourquoi ne tournez-vous pas plus de longs métrages ?" Agnès Varda répond un peu dépitée : "c'est l'industrie ! C'est comme on dit : le milieu cinématographique commercial qui ne me recherche pas particulièrement donc je mets un certain nombre d'années à faire un film. Il est évident que depuis "Murmure", que j'ai tourné en 80 aux USA, il y a quand même quatre ans où je n'ai pas fait de long métrage. J'ai eu du plaisir à faire des courts métrages mais pas de longs métrages. Il faut demander aux distributeurs et aux producteurs pourquoi ils ne me donnent pas d'argent. En tout cas, celui-là, je le fais dans une saison que j'aime, dans une région que j'aime, dans un climat que j'aime aussi. J'aime quand il fait gris dans le Midi. J'aime quand les cèpes de vignes sont secs. J'aime quand les peupliers sont sans feuilles. Je suis très heureuse et je crois que ça se prête beaucoup à ce sujet qui est un peu rauque, qui est celui des vrais pauvres."

"N'avoir aucune attache, ne pas avoir besoin des gens. C'est fort."

Dans la cour du château, Sandrine Bonnaire, visage juvénile, blouson bicolore rouge et noir, évoque son personnage ambivalent : "je ne l'aime pas à la folie. C'est un personnage très antipathique. Il y a un côté que je déteste en elle. Elle est sinistre. Elle ne parle pas. En même temps, elle est gaie. Mais avec les gens, elle n'a aucun contact. Elle a peur des gens, je dirais. Mais je l'aime bien, j'aime bien le personnage. Si j'ai choisi l'histoire, je l'aime bien, parce qu'elle est forte quand même. Je veux dire quelqu'un qui est sur la route, comme ça, seule. N'avoir aucune attache, ne pas avoir besoin des gens. C'est fort."

Pour aller plus loin

Noël Mamère et France Roche interrogent Sandrine Bonnaire à propos de son rôle de routarde dans Sans toit ni loi. Elle explique ce qui a inspiré Agnès Varda. Elle évoque Mona, son personnage et sa quête de la liberté qui la fascine. Sandrine Bonnaire se souvient aussi des conditions de tournage difficiles : le froid et l'absence d'hygiène (elle ne s'est pas lavée les cheveux pendant deux mois pour coller à son personnage et Agnès Varda prenait un malin plaisir à lui salir les cheveux avec de la terre.) (Antenne 2 Midi du 29 novembre 1985.)

Florence Dartois

Rédaction Ina le 12/03/2019 à 18:11. Dernière mise à jour le 29/03/2019 à 11:48.
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