La Bnf consacre une exposition à l'oeuvre de l'auteur du Seigneur des Anneaux, "Tolkien, voyage en Terre du Milieu", du 22 octobre au 16 février. Déjà réputée dans les pays anglo-saxons dans les années 1950, l'oeuvre de J.R.R Tolkien ne sera publiée en France qu'à partir de la fin des années 1960, chez Stock, puis Christian Bourgois. Retour sur une aventure éditoriale.

C’est en 1937 que J.R.R Tolkien, professeur de langue et de littérature anglaises à Oxford, publie en anglais The Hobbit (Le Hobbit). Si l'univers qu'il y décrit est avant tout le fruit de son incroyable imagination et des récits qu'il a commencés à élaborer à partir des années 1910, Tolkien se base également sur sa connaissance intime et passionnée des cultures anglo-saxonnes et nordiques.

Les deux premiers tomes de The Lord of the Rings (Le Seigneur des Anneaux)The Fellowship of the Ring (La Fraternité de l'Anneau), et The Two Towers (Les Deux tours), seront publiés en 1954.

En 1955 paraît The Return of the King (Le retour du roi), troisième et dernier opus d'une saga qui conquiert progressivement le monde, grâce à la ferveur de sa réception aux Etats-Unis. Robert Louit, traducteur des œuvres de Philip K. Dick et J.G. Ballard, invité sur le plateau de l’émission Italiques en 1973, raconte : « Au début assez confidentiel, parce c’est un livre qui coûtait extrêmement cher, il a ensuite été publié en Amérique, en 1965, en édition de poche ».

Sa diffusion massive aux Etats-Unis signe le début d’une aventure éditoriale mondiale, le début d'un « phénomène absolument extraordinaire ». En Amérique, au cours des années 1960, le principal public se recrute parmi « des gens de moins de 30 ans » qui se « ruent sur le livre ». Immense succès éditorial, puisqu'en trois ans, entre « 1965 et 1968, ce livre [aura] connu vingt rééditions en édition de poche ».

La culture hippie apprécie plus particulièrement « l'univers de merveilleux » de la saga, et le Seigneur des Anneaux devient en ces années portées par une jeunesse effervescente et contestataire un symbole de contre-culture. Fleurissent alors à travers l'Amérique en lutte contre la guerre du Vietnam ou le président Nixon des slogans comme « Gandalf président ! », ou encore « Frodon est vivant ».

En France, il faut attendre le début des années 1970 pour que le public découvre l'oeuvre de Tolkien

L'édition française ne s'empare de l'oeuvre de Tolkien qu'à partir de 1969, année où Stock publie pour la première fois en français Bilbo le Hobbit. Cette même année, la radio s'en fait naturellement l'écho.

Au micro, l'écrivain Marcel Schneider semble conquis et s'excuse presque du décalage entre les goûts français et anglo-saxons quant à la réception de ce genre littéraire : « Nous sommes toujours les derniers informés en France des livres, soit de merveilleux, soit de fantastique ».

Un retard analogue, toujours selon Marcel Schneider, à celui dont fut victime plus tôt Alice au pays des Merveilles, un roman « qui a mis un temps infini à traverser la Manche, et dont on commence à parler un petit peu ».

Après avoir résumé avec enthousiasme les aventures du jeune Bilbo dans les terres du Milieu, le romancier conclut son exposé en relevant dans le livre des éléments évoquant tout à la fois « les romans de La Table ronde, de Lewis Caroll et de La Fontaine ».

En 1972 et 1973, l'éditeur Christian Bourgois publie la version française du Seigneur des anneaux, ce qui lui vaut de recevoir en 1973 le prix du meilleur livre étranger.

La même année, l'émission Italiques consacre une émission au personnage et à l'oeuvre de Tolkien. Le journaliste Jean-Jacques Brochier, rédacteur en chef du Magazine littéraire, introduit le débat en espérant que la publication du Seigneur des anneaux devienne « un événement littéraire en France, [à l'image de ce qu'il a été] en Angleterre et en Amérique ». 

Pour la radio, c'est Alain Barroux, pour l'émission Un livre, des voix, qui présente Le Seigneur des Anneaux, louant l'ambition de son auteur de fonder une mythologie propre : « Tolkien, regrettant la pauvreté de l’Angleterre en mythes, a essayé d’en inventer un, et d’aller jusqu’au bout de son récit ».

Une mythologie, qui, selon Alain Barroux, « fait la synthèse de tous les contes de l’Occident, du mythe des Nibbelungen dont on retrouve la malédiction de l’anneau, à Don Quichotte », à travers « l’évocation d’un univers d’innocence, de candeur, univers qui s’oppose au mouvement général du monde, à cette sorte de réorganisation des instincts et des désirs qui élimine peu à peu la beauté de l’univers ». 

Cyrille Beyer

Rédaction Ina le 31/08/2018 à 10:12. Dernière mise à jour le 06/01/2020 à 12:13.
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