La BNF présente à partir du 22 octobre l'exposition "Tolkien, voyage en terre du milieu", consacrée à l'univers du célèbre auteur britannique. Déjà réputée dans les pays anglo-saxons dès les années 1950, l'oeuvre de Tolkien ne sera publiée en France qu'à partir de la fin des années 1960, chez Stock, puis Christian Bourgeois.

C’est en 1937 que J.R.R Tolkien, professeur de langue et de littérature anglaises à Oxford, publie en anglais The Hobbit (Bilbo le Hobbit). Si l'univers qu'il y décrit est avant tout le fruit de son incroyable imagination et des récits qu'il a commencés à élaborer à partir des années 1910, Tolkien se base également sur la connaissance intime et passionnée qu'il a des cultures anglo-saxonnes et nordiques.

Les deux premiers tomes de The Lord of the Rings (Le Seigneur des Anneaux)The Fellowship of the Ring (La Fraternité de l'Anneau), et The Two Towers (Les Deux tours), seront publiés en 1954.

En 1955 paraît The Return of the King (Le retour du roi), troisième et dernier opus d'une saga qui conquiert progressivement le monde, grâce à la ferveur de sa réception aux Etats-Unis. Le traducteur français Robert Louit, invité sur le plateau de l’émission Italiques en 1973, raconte : « Au début assez confidentiel, parce c’est un livre qui coûtait extrêmement cher, il a ensuite été publié en Amérique, en 1965, en édition de poche ».

Sa diffusion massive aux Etats-Unis signe le début d’une aventure éditoriale mondiale, le début d'un « phénomène absolument extraordinaire ». En Amérique, au cours des années 1960, le principal public se recrute parmi « les gens de moins de 30 ans » qui se « ruent sur le livre ». Immense succès éditorial, puisqu'en trois ans, entre « 1965 et 1968, ce livre [aura] connu vingt rééditions en édition de poche ». La culture hippie apprécie plus particulièrement « l'univers de merveilleux » de la saga.

En France, il faut attendre le début des années 1970 pour que le public découvre l'oeuvre de Tolkien

L'édition française ne s'empare de l'oeuvre de Tolkien qu'à partir de 1969, année où Stock publie pour la première fois en français Bilbo le Hobbit. Cette même année, la radio se fait naturellement l'écho de cette aventure éditoriale.

Pour présenter le livre, l'écrivain Marcel Schneider semble conquis, et s'excuse presque du décalage entre les goûts français et anglo-saxons quant à ce genre littéraire : « Nous sommes toujours les derniers informés en France des livres, soit de merveilleux, soit de fantastique ».

Un retard analogue, toujours selon Marcel Schneider, à celui dont fut victime plus tôt Alice au pays des Merveilles, un roman « qui a mis un temps infini à traverser la Manche, et dont on commence à parler un petit peu ».

Après avoir résumé avec enthousiasme les aventures du jeune Bilbo dans les terres du Milieu, le romancier conclut son exposé en relevant dans le livre des éléments évoquant tout à la fois « les romans de La Table ronde, de Lewis Caroll et de La Fontaine ».

En 1972 et 1973, l'éditeur Christian Bourgeois publie la version française du Seigneur des anneaux, ce qui lui vaut de recevoir en 1973 le prix du meilleur livre étranger.

La même année, l'émission Italiques consacre une émission au personnage et à l'oeuvre de Tolkien. Le journaliste Jean-Jacques Brochier, rédacteur en chef du Magazine littéraire, introduit le débat en espérant que la publication du Seigneur des anneaux devienne « un événement littéraire en France, [à l'image de ce qu'il a été ] en Angleterre et en Amérique ». 

Pour la radio, c'est Alain Barroux, pour l'émission Un livre, des voix, qui présente Le Seigneur des Anneaux, louant l'ambition de son auteur de fonder une mythologie propre : « Tolkien, regrettant la pauvreté de l’Angleterre en mythes, a essayé d’en inventer un, et d’aller jusqu’au bout de son récit ».

Une mythologie, qui, selon Alain Barroux, « fait la synthèse de tous les contes de l’Occident, du mythe des Nibbelungen dont on retrouve la malédiction de l’anneau, à Don Quichotte », à travers « l’évocation d’un univers d’innocence, de candeur, univers qui s’oppose au mouvement général du monde, à cette sorte de réorganisation des instincts et des désirs, qui élimine peu à peu la beauté de l’univers ».

Cyrille Beyer

Rédaction Ina le 31/08/2018 à 10:12. Dernière mise à jour le 22/10/2019 à 10:52.
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