Le reliquaire du cœur d’Anne de Bretagne, un joyau du patrimoine breton façonné en 1514, a été dérobé dans la nuit du 13 au 14 avril 2018 au musée Dobrée, à Nantes. Cet objet, outre sa valeur, puisqu'il est entièrement en or, est avant tout symbolique et historique pour la Bretagne. L'émotion suscitée par ce vol s'explique par l'aura toujours intacte de la duchesse Anne. Les Bretons y sont très attachés. Des associations ont d'ores-et-déjà proposé faire des levées de fonds pour récupérer l’objet.

Anne la bien-aimée de la Bretagne

"Anne de Bretagne naît au château de Nantes en 1477, elle est la fille aînée de François II, dernier duc de Bretagne et de Marguerite de Foix.  En 1488, elle  devient duchesse de Bretagne à l'âge de 11ans à la mort de son père. Elle épouse Maximilien d'Autriche à 13 ans par procuration. C'est le plus puissant monarque de l'époque. En 1491, elle se marie avec Charles VIII (de 1491 à 1498) qui meurt en se heurtant la tête à une poutre au château de Blois. Elle épousera ensuite Louis XII (de 1499 à 1514) avec qui elle aura 8 enfants dont seule Claude de France, épouse de François Ier, survivra. A sa mort en 1514, à 36 ans, elle demande par testament à ce que son cœur revienne auprès de ses premiers sujets, réaffirmant ainsi son attachement à sa ville natale et à la Bretagne".

Un cœur en or

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Le cœur en or d'Anne de Bretagne contenant une partie de son cœur trônait jusqu'à présent au château de Dobrée transformé en musée.

Ce reliquaire est un petit chef-d'œuvre d'orfèvrerie. D'une quinzaine de centimètres de haut, ce réceptacle de forme ovale surmontée d'une couronne d'or (une frise composée de trèfles et de fleurs de lys) a été conçu pour abriter le cœur de la jeune femme. La souveraine qui savait qu'elle serait inhumée à la nécropole royale de Saint-Denis, avait souhaité que son cœur repose dans sa ville natale, à Nantes, capitale de son duché. Une manière délicate de prouver son attachement à sa région et à ses chers Bretons. D'où la conception d'un écrin funéraire en or pour recueillir l'organe.

Mais c’est surtout un objet symbolique très fort qui avait déjà failli disparaître à la Révolution, on l'avait retrouvé plus tard à la Bibliothèque nationale à Paris. Restitué à Nantes à la demande du maire, fin XIXe, il était prêté au musée archéologique, avant qu'un accord, dans les années 20, ne définisse son emplacement définitif au musée Dobrée.

En 1977, l'Abbaye de Daoulas accueille une exposition célébrant le 500e anniversaire du mariage de la duchesse Anne avec Charles VIII en 1791. Cette exposition retrace l'histoire de la duchesse et la vie dans la région à cette époque. De nombreux objets et trésors du duché sont exposés et pour la première fois, notamment le coeur de la duchesse.     

Le mystère de la fabrication du coeur

"Pourquoi et comment a été fabriqué le reliquaire d'Anne de Bretagne ? A-t-il joué un rôle dans l'histoire ? Il y a beaucoup de questions autour de cet objet d'art et pour y répondre des chercheurs ont fait appel à la 3 D.

En 2014, 500 photos de très haute définition sont prises, puis assemblées numériquement. Résultat : une saisissante reconstitution du coeur en 3D, qui permet de le découvrir sous tous les angles, y compris ceux inconnus jusque-là pour le grand public. La technique n'avait jamais été utilisée pour un objet aussi petit et précieux. Elle le révèle sous un nouveau jour pour les visiteurs, mais aussi pour les spécialistes du reliquaire.

Sur l'artefact est gravé le texte suivant  : "En ce petit vaisseau / De fin or pur et munde / Repose ung plus grand cueur / Que oncque dame eut au munde / Anne fut le nom delle / En France deux fois royne / Duchesse des Bretons / Royale et Souveraine".

Cette plongée au coeur du reliquaire est exceptionnelle, mais elle ne permet pas d'en percer tous les secrets. Pourquoi par exemple un  "M" pour le fermoir ? En 3D ou dans toute autre dimension, cela reste un mystère...

Rédaction Ina le 17/04/2018 à 16:46. Dernière mise à jour le 17/04/2018 à 19:20.
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