Agnès Varda est décédée à l'âge de 90 ans. Réalisatrice, photographe, plasticienne, artiste dans tous les sens du terme, Agnès Varda a commencé dès les années 1950 à exprimer un sens de la liberté et une créativité qui ont inspiré la Nouvelle Vague.

En 1958, alors qu’elle n'a que 30 ans, les premiers films de la Nouvelle Vague, comme Le Beau Serge de Claude Chabrol, sortent en salle. La jeune photographe et réalisatrice tombe sur une photo d’elle dans un article, avec le sous-titre : « Agnès Varda, l’ancêtre de la Nouvelle Vague ». Et se dit avec humour : « Si à trente ans je suis comme ça, qu'est-ce que ça sera quand je serai vraiment ancêtre... ça promet ! »

Si le journal souligne son rôle d'avant-garde du plus célèbre des courants cinématographiques français, c’est en référence au court-métrage La Pointe courte, avec Philippe Noiret, sorti en 1955. Elle y filme de façon originale pour l’époque le quotidien d’un quartier de pêcheurs de sa ville natale de Sète.

Le film marque les esprits : « J’étais peut-être l’une des premières à dire qu’il fallait tourner pas cher, vite, en toute liberté d’expression, et essayer de casser le réalisme des films de l’époque que je connaissais mal d’ailleurs, mais que je n’aimais pas ».

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Crédits AFP : Agnès Varda en 1970

Agnès Varda tourne ensuite des longs métrages, des courts métrages, des documentaires, s’essaye à d’autres champs artistiques, revendiquant toujours une liberté de création. Son travail, elle aime le réaliser dans une ambiance qu’elle veut chaleureuse et conviviale, à l’image de la salle de travail de sa société de production, Ciné-Tamaris, dont le « haut-lieu est une grande cuisine dans laquelle tout le monde prend des cafés et discute ». Un cadre de travail, s'amuse t-elle, « quand même plus agréable qu’une salle de conférence ».

Son bureau, c’est sa maison, dans le 14e arrondissement de Paris. Et c'est avec une grande figure de la Nouvelle Vague qu'elle vit. Depuis 1962, Agnès Varda est mariée à Jacques Demy. Chacun dans une pièce de leur maison, ils mènent leurs projets personnels en toute indépendance l’un de l’autre. 

Avec son film Le bonheur, tourné en 1964, Agnès Varda est aussi à l'avant-garde des transformations de la société française, quelques années avant mai 68. Son film raconte l’histoire d’un modeste menuisier qui vit heureux avec sa femme et ses enfants. Un jour, il rencontre une femme par hasard, et en tombe amoureux. Toujours épris de son épouse, il vit sans culpabilité cette double relation.

Le film est accusé par la presse de faire la promotion de l’adultère et fait scandale à sa sortie. Agnès Varda justifie son œuvre par une vision libre et moderne de l’amour : « il existe beaucoup de gens sur la terre qu’on pourrait aimer, ou qu’on peut aimer, et c’est une hypocrisie de dire si on est heureux avec quelqu’un que les autres gens n’existent pas […]. L’amour c’est beau parce qu’il y a une personne, et qu’il y aurait pu en avoir une autre ».

Une liberté de ton et d'esprit qu'Agnès Varda conservera toute sa vie, inspirant et influençant des générations d'artistes.

Cyrille Beyer

Rédaction Ina le 29/03/2019 à 13:25. Dernière mise à jour le 08/08/2019 à 11:47.
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