Le 29 mai 2005, près de 55% des Français votaient "Non" au référendum sur le projet de Constitution européenne. Evénement historique : la France, pays fondateur de la Communauté, donnait elle-même un coup d'arrêt à l'Union Européenne.

Il est 22 heures lorsque David Pujadas annonce le rejet des Français au projet de Constitution européenne. Par référendum et selon les estimations, le "Non" l'a emporté par près de 55% des votants, contre 45% pour le "Oui".

Ce rejet du traité constitutionnel européen est d'autant plus massif que sept Français sur dix sont allés voter. Soit un taux de participation équivalent à celui enregistré lors du référendum sur le traité de Maastricht, en septembre 1992.

A l'annonce du résultat, les partisans du non expriment leur joie à l'image. Pierre Giacometti, Directeur général de l'Institut IPSOS donne ses premières analyses et y voit une réplique du séisme politique du 21 avril 2002. Il souligne que les moins de 25 ans ont voté à 60% contre.

Gilles Leclerc, Directeur du service politique France et Europe de la rédaction de France 2, y voit aussi une très mauvaise nouvelle pour Jacques Chirac, et pour les principaux responsables des deux grands partis, Nicolas Sarkozy pour l'UMP et François Hollande pour le PS. Il conclut : "C'est un choc pour l'Europe mais aussi pour la quasi majorité des partis en France."

Réaction des leaders politiques

Les principaux partisans de gauche au "Non" se rejoignent Place de la Bastille pour célébrer la victoire. Parmi leurs militants en liesse, le socialiste Jean-Luc Mélenchon, la Secrétaire nationale du Parti communiste, Marie-George Buffet et le porte-parole de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), Olivier Besancenot, commentent ce résultat, certains appellent déjà à l'union de la gauche.

Peu après 22h30, Jacques Chirac alors Président de la République s'adressent aux Français.

Il prend acte de ce refus mais réaffirme que "la France tiendra sa place dans l'Union dans le respect de ses engagements". Il déclare souhaiter donner une impulsion nouvelle et forte à l'action gouvernementale.

Quelques minutes plus tard, Nicolas Sarkozy, le président de l'UMP prend à son tour la parole, il parle "d'événement politique majeur" et déclare "il faut entendre ce que les Français ont exprimé…" il en appelle à des "remises en cause profondes, rapides et vigoureuses", et propose un "nouvel espoir" pour la France tout en regrettant ce "rendez-vous manqué" et précisant "mais l'Europe ne peut pas rester en panne".

François Hollande, le premier secrétaire du PS, prend également la parole. Il souligne que le rejet de ce traité traduit une insatisfaction devant la situation économique et sociale dont la droite est responsable. Il appelle la Gauche à se rassembler sur un projet mobilisateur afin d'offrir des perspectives à l'avenir de la France.

"C'est une décision politique majeure et elle nous engagera pour longtemps. Elle est grave pour l'Europe... Mais ce vote traduit surtout l'ampleur de la crise profonde que traverse notre pays et la colère des Français..."

"C'est un choc pour l'Europe..."

Bien qu'anticipé, ce vote négatif est un choc pour les capitales européennes. Le lendemain, les pays européens qui ont voté "Oui" ont la gueule de bois. "L'avenir des 25 est en suspend et jette le trouble en Allemagne qui souhaite poursuivre le processus de ratification"… 

"Je regrette cette décision, notre devoir commun est de continuer le processus de ratification de constitution européenne afin de poursuivre la construction de  l'Europe politique" déclare gravement le chancelier Schröeder.

Le Premier ministre polonais déplore ce vote non sans une pointe d'humour : " Je voudrais dire que tout le monde doit aider la France, doit aider les Français à rester une locomotive de l'intégration européenne..."

Ce non affecte la Turquie qui s'inquiète quant à elle pour son entrée dans l'Union : "Il n'y a rien de nature à arrêter les négociations de la Turquie avec l'Union européenne qui doivent commencer le 3 octobre prochain..." déclare alors le Premier ministre turc.

Pour Tony Blair, qui a promis l'organisation d'un référendum en Grande-Bretagne, le non français suscite d'autres questions : " Comment appréhender la pression issue de la globalisation et des avancées technologiques et comment s'assurer que notre économie est forte et prospère face à nos concurrents" ?

Les craintes pour l'avenir, le président de la commission européenne Barroso les exprime tout en rejetant toute renégociation du traité : " il y a eu dans le cas français une fédération des craintes, des peurs donc nous devons être attentifs à ce que les Français ont voulu exprimer..."

La plupart des gouvernements assuraient que le processus de ratification devait pourtant continuer. Entre-temps, l'Union allait continuer de fonctionner sur la base du traité de Nice, jusqu'au 13 décembre 2007, date de la signature du traité de Lisbonne définissant l'organisation des pouvoirs d'une Europe à 27... Majoritairement ratifié, il allait remplacer le projet de Constitution rejeté par les Français et les Néerlandais en 2005...

Pour aller plus loin

Face à l'image : réactions de l'Union européenne aux non français et hollandais. (4 juin 2005) 

20 heures le journal : les Pays-Bas votent "non" à la Constitution Européenne. Trois jours après la France, les Pays-Bas votent également non au projet de constitution, à 54% de "non" et un taux de participation de 30%. Reportage au Pays-Bas où vient de se terminer le vote pour le référendum sur la Constitution Européenne. (1er juin 2005)

20 heures le journal : première session du parlement européen à Strasbourg après le "non" français, entre colère et amertume. "Si le peuple a dit non, il faut respecter la décision du peuple" déclare Darius Grabowski, député européen. (6 juin 2005) 

20 heures de France 2 : Le traité européen. Reportage consacré aux éléments qui composent le Traité européen de Lisbonne, alors que vient de se dérouler le référendum en Irlande. Commentaires sur images d'illustration de Dublin et images infographiques. (12 juin 2008)

Rédaction Ina le 28/05/2020 à 17:42. Dernière mise à jour le 28/05/2020 à 18:03.
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