28 novembre 1954, accusé du triple meurtre d'une famille anglaise, un paysan français de 74 ans est condamné à la peine de mort. Il sera gracié en 1960 par le général de Gaulle. Plusieurs décennies après sa mort, la culpabilité de Gaston Dominici continue d'alimenter les débats.

Tout a commencé le 5 août 1952, le corps des époux Drummond et de leur fille âgée de dix ans sont retrouvés près de Lurs, un village situé dans les Alpes-de-Haute-Provence. Venus passer leurs vacances dans le sud de la France, cette famille anglaise s'est arrêtée la veille au soir au bord de la route, afin de passer la nuit dans leur voiture. Ils ont été tués de plusieurs coups de carabine.

Au cours de l'enquête, menée par le commissaire Edmond-Jean Sébeille, les soupçons se portent rapidement sur Gaston Dominici, un paysan dont la ferme se situe à 150 mètres du lieu du crime. Après avoir avoué le triple meurtre, l'homme âgé de 74 ans se rétracte, alléguant qu'il voulait ainsi se sacrifier pour protéger ses deux enfants, Clovis et Gustave Dominici.

Un procès retentissant

Après plus de deux ans d'enquête, le procès s'ouvre le 17 novembre 1954 devant la cour d'assises de Digne. Les débats sont animés : l'accusé ne cesse de clamer son innocence, tandis que les déclarations de ses fils tendent plutôt à l'accabler. Gaston Dominici est finalement déclaré coupable et condamné à la peine de mort à la stupeur générale comme le raconte Frédéric Pottecher, chroniqueur judiciaire qui suivit l'affaire à l'époque, dans l'émission Les Jours du siècle sur France Inter en 1996.

Quelques jours après sa condamnation, Gaston Dominici convoque ses avocats afin de leur faire part « d'importantes déclarations ». De sa prison, il leur dit avoir surpris le matin du meurtre une conversation entre son fils Gustave et son épouse Yvette où il était question de fillette déplacée et de bijoux. La police décide de rouvrir le dossier, mais la culpabilité de l'accusé est finalement réaffirmée, sans qu'aucune preuve irréfutable du crime ne soit apportée.

La grâce présidentielle

Après trois ans d'emprisonnement aux Baumettes, à Marseille, le président de la République René Coty commue alors sa condamnation en travaux forcés à perpétuité. Puis, en 1960, le général de Gaulle accorde sa grâce au prisonnier, en raison de son grand âge. Le "Vieux" rentre à la ferme.

 

Il est ramené chez lui par son fils Gustave qui dans l'émission Cinq colonnes à la Une, en avril 1960, prend la défense de son père, après l'avoir accusé au procès.

Plusieurs décennies après la mort de Gaston Dominici, survenue 4 avril 1965, la thèse de son innocence continue d'alimenter les débats. Jusqu'en 2008, son petit-fils Alain Dominici a tenté d'obtenir la révision de son procès, mais toutes ses requêtes ont été rejetées.

Pour aller plus loin

Cinq colonnes à la Une: Dominici, mourir en prison ? Reportage qui débute par des images du condamné dans sa cellule des Baumettes. (8 avril 1960)

Le commissaire Sébeille évoque cette affaire. (Inanews, 1994)

La chance aux chansons : Frédéric Pottecher à propos de l'affaire Dominici. Il évoque le retentissement considérable qu'a eu cette affaire dans l'opinion publique française et étrangère. Son intime conviction quant à la culpabilité du vieillard. Il raconte des anecdotes. (20 janvier 1993)

Extraits audios de l'émission Les jours du siècle consacrée à l'affaire Dominici, avec pour invité Frédéric Pottecher. (13 novembre 1996)

Nos contenus sur Frédéric Pottecher et l'affaire Dominici (vidéo + audio)

William Reymond : Dominici non-coupable. En 1997, dans un livre, William Reymond expose une nouvelle hypothèse : Drummond, qui était savant et travaillait pour les services secrets anglais, aurait été assassiné par les services secrets. (JT de 20h00, 24 janvier 1997)

Le film de Claude Bernard-Aubert L'Affaire Dominici, sorti en 1975, avec Jean Gabin et Victor Lanoux.

Rédaction Ina le 15/08/2007 à 00:00. Dernière mise à jour le 27/11/2019 à 17:31.
Justice et faits divers