La coupe du monde féminine 2019 n'échappe pas à la survivance de commentaires sexistes de la part des médias. En cause, un extrait du journal télévisé de 13h présenté par Jean-Pierre Pernaud, diffusé le 18 juin sur TF1, qui sexualise les images résumant la première semaine de compétition. « Avec des gestes si délicats au bout de doigts si fins, on peut comprendre que certains rêveraient d’être à la place de la balle »…

Le début du commentaire, sur des images de la main d’une footballeuse plaçant un ballon sur le point de penalty, interpelle en effet par sa forte allusion sexuelle. Les journalistes sportifs – des hommes dans leur grande majorité – se seraient ils permis, ou auraient-ils même pensé, réserver le même traitement à un footballeur ? 

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Capture d'écran du sujet « L'oeil de Michel : les moments forts des premiers matchs de la Coupe du monde féminine de football 2019 », diffusé le 18 juin 2019 à 13h sur TF1

Michel Izard, auteur du sujet, de poursuivre son commentaire en s’aidant d’un champ lexical bien particulier, celui de la couture. Il s’agit d’une analogie, bien classique, entre la femme et cette pratique : « l’essentiel est ailleurs, dans ce jeu léger de jambes, pour faire, comme les garçons, du tricot sur la pelouse : Une maille à l’endroit, une maille à l’envers »… 

Ce commentaire nous le montre, les commentaires sexistes ont encore la vie dure. Le fond du problème reste le même depuis des décennies, à savoir la sexualisation du corps de la femme, d'une part, et sa réduction à des tâches ménagères ou considérées par la société comme typiquement féminines, d'autre part.  

Cette façon de représenter la sportive sous une caricature de la féminité, on la retrouve à tous les âges de la télévision. Ainsi, dans les années 1950, le fond du discours était déjà semblable, même si le ton et l'intention étaient encore plus désobligeants qu'aujourd'hui.

Exemple, avec ce surprenant et choquant reportage, en 1955, qui traitait du premier match féminin en Hollande. Le commentateur – un homme bien sur -, comparait ainsi avec mépris cette rencontre féminine à « un classique entre-chats ». Des femmes, limitées par leur corps et leurs habitudes frivoles, comme cette gardienne de but, empêchée par son « indéfrisable de faire une tête ». Et de terminer par cette chute qui renvoie les femmes, non pas au vestiaire, mais directement à la maison : « et puis, tout compte fait, pourquoi ne pas rentrer à la maison faire le ménage ? » 

Si le ton a donc pu évoluer dans les commentaires sportifs depuis ces années 1950 « moyenâgeuses » pour la reconnaissance du sport féminin, l’exemple du sujet du journal télévisé de TF1 diffusé ce 18 juin révèle qu’il reste encore du travail afin que les femmes sportives soient considérées, comme les hommes, sur le seul critère de leurs exploits sportifs.

Cyrille Beyer

Rédaction Ina le 19/06/2019 à 15:02. Dernière mise à jour le 20/06/2019 à 10:56.
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