Napoléon Ier mourait il y a 200 ans, le 5 mai 1821, après six ans d'exil sur l'île de Sainte-Hélène. Son corps repose depuis 1861 sous le dôme des Invalides. Mais en 1969, le journaliste George Rétif de la Bretonne avance la thèse que le corps aurait été substitué par les Anglais.

C'est l'une des théories qui a longtemps circulé autour de la mort de l'empereur : sous le dôme de l'église Saint-Louis des Invalides, construite sous Louis XIV, ne reposerait pas le corps de Napoléon Ier, mais celui d'un illustre inconnu, dernière vengeance des Anglais à l'égard de la France. C'est la thèse aujourd'hui totalement réfutée par l'ensemble des historiens qu'avançait en 1969 le livre d'un journaliste, George Rétif de la Bretonne, sous le titre sans équivoque de "Anglais, rendez-nous Napoléon...". 

En 2018, le journal télévisé "Corsica Sera" revient sur l'histoire de cette polémique, déclenchée en 1969 à l'occasion du bicentenaire de la naissance de Napoléon Bonaparte (né le 17 août 1769 à Ajaccio). C'est en profitant de l'exposition médiatique autour de cette célébration que Rétif de la Bretonne lançait sa théorie, comme l'explique David Chanteranne, rédacteur en chef de la "Revue du souvenir napoléonien" : « Les historiens qui peuvent être mal intentionnés, lorsqu'ils se trouvent face à des points d'interrogation, les remplissent avec des choses qui peuvent être issues de leur imaginaire ou qui ne sont pas forcément avérées. »

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Une thèse rendue possible par les différences des récits des proches de l'empereur qui assistent à son dernier soupir, le 5 mai 1821, sur l'île de Sainte-Hélène. L'empereur est alors enterré dans trois cercueils, dont un étanche.

Ce n'est que dix-neuf ans plus tard, en 1840, que l'Angleterre accepte le retour du corps de Napoléon, accédant au désir de l'empereur qui avait émis le souhait d'être enterré sur « les bords de Seine, au milieu de ce peuple français que j'ai tant aimé ». 

La Monarchie de Juillet est alors au pouvoir en France, et organise le retour de sa dépouille avec faste. Mais au lieu des trois cercueils, ce sont quatre cercueils qui arrivent à Paris. C'est l'une des différences qui fera naître le doute, même si cette thèse est aujourd'hui considérée comme fantaisiste par les historiens : « Toutes ces petites différences, sur la position du chapeau, les médailles, la position des vases contenant le coeur et l'estomac, tout ça a été exploité pour construire cette histoire de substitution », explique l'historien Jacques Macé. 

Cette thèse de la substitution est totalement invalidée quand on apprend la réaction unanime des proches de Napoléon venus à Sainte-Hélène prendre possession du corps pour le rapatrier en France : « Lorsque le tombeau a été ouvert, personne n'a eu le moindre doute. Il y avait presque dix personnes qui avaient vu l'empereur, qui le connaissaient, qui l'avaient accompagné à Sainte-Hélène. Aucun d'entre eux n'a dit qu'il s'agissait de quelqu'un d'autre », explique Emilie Robbe, conservateur en chef du patrimoine au musée de l'Armée. Mais surtout, ces intimes sont stupéfaits par son état de conservation : « Ils ont tous été stupéfaits par la préservation des traits de l'empereur. »

Il ne fait aujourd'hui plus aucun doute que le corps qui repose dans le sarcophage monumental des Invalides, composé de 18 tonnes de porphyre rouge de Sibérie posées sur un socle massif de granit, est bien celui de l'empereur Napoléon Bonaparte, empereur des Français. Pour accueillir son tombeau sous le Dôme, l'architecte Visconti effectue d’importants travaux d’excavation. Le corps de l'Empereur Napoléon Ier y est finalement déposé le 2 avril 1861.

Pour aller plus loin : 

Cérémonies du bi-centenaire de la naissance de Napoléon aux Tuileries et aux Invalides avec des  grognards, un sujet du "Journal de Paris" du 23 mars 1969.

Un micro-trottoir de touristes français et étrangers sur leur sentiment après la visite du tombeau de Napoléon, un sujet de "Eté magazine" diffusé sur l'ORTF le 9 août 1969.

Rédaction Ina le 05/05/2021 à 16:33. Dernière mise à jour le 05/05/2021 à 17:26.
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