Notre-Dame, le témoignage d'amour de Ken Follett à la cathédrale parisienne, écrit en réaction à l’incendie dramatique du 15 avril, sort aujourd’hui en librairie. Un sujet familier pour l’auteur gallois aux millions d’exemplaires vendus, passionné par l’histoire architecturale du Moyen Age, et dont le plus grand succès, Les Piliers de la Terre, raconte les débuts des cathédrales dans l’Angleterre du XIIe siècle. Rencontre avec un auteur épicurien, à l’éducation puritaine, grand amateur de Shakespeare et de James Bond, francophile et musicien à ses heures perdues…

Ken Follett est né le 5 juin 1949 à Cardiff, au Pays-de-Galles. C'est dans le journalisme qu'il débute sa carrière, mais très vite, ses talents de conteur l'amènent à écrire des livres d'espionnage. Dès 1978, il rencontre le succès éditorial, avec l'Arme à l'Oeil, traduit en français en 1980. Une langue que l'auteur maîtrise parfaitement, bien que prononcée avec un charmant accent britannique.

« Il faut que son coeur batte »

Son credo d'écrivain, il le récite avec cette définition qui montre à quel point il tient à se concentrer sur la plaisir du lecteur, sur le déroulement de l'action, plutôt que sur un style littéraire qu'il ne prétend pas posséder : « Il faut que le lecteur s’inquiète, qu’il ait peur, qu’il pleure peut-être même un petit peu, que son cœur batte ». Le plus important pour Ken Follett, qui revendique avec fierté et lucidité son aspect « populaire », ce sont les « émotions qui vous attrapent quand vous lisez ». 

Son succès, Ken Follett, le doit donc à ses histoires, racontées avec une efficacité, un rythme, qui s'apparente aux séries télévisées, aux scénarios de film. « Travaillant tous les jours, parfois le weekend », Ken Follett s'attelle surtout à vérifier que « sur chaque page, il y ait quelque chose qui donne envie de tourner la page pour découvrir la suivante ».

La matière de ses milliers de pages, c'est son imagination bien sur, mais également une riche et solide documentation historique, qu'il puise dans les sources écrites, ainsi que dans son expérience de journaliste. C'est ainsi que dans le roman prenant pour cadre la Guerre froide, Aux portes de l'éternité, il se souvient des confidences intimes données par une ancienne amante du président Kennedy, souvenirs précis qui lui font dire avec malice que dans son roman, « les détails des scènes d'amour sont authentiques ». 

Une passion pour Shakespeare... et Ian Fleming ! 

Le travail littéraire de Ken Follett est surtout réputé pour ses deux vastes fresques historiques. La première a pour cadre ce Moyen Age qui le fascine depuis des décennies. Avec Les Piliers de la Terre, écrit en 1989, il acquiert une renommée internationale qui le place au premier rang des écrivains à succès. En 2008 et 2017, il donne une suite à ce roman historique, avec respectivement Un monde sans fin, et Une colonne de feu. 

Passionné d'histoire, Ken Follett s'attelle à une autre vaste fresque historique, racontant cette fois-ci le XXe siècle. Ce sera la trilogie Le siècle, commencée en 2010 avec La Chute des géants, qui prend pour cadre la Première guerre mondiale, puis L'hiver du monde, en 2012, racontant la Deuxième guerre mondiale, et enfin le déjà cité Aux portes de l'éternité, en 2014, avec pour toile de fond la Guerre froide. 

Un travail titanesque, ambitieux, qu'il doit beaucoup à sa passion pour Shakespeare, le premier, selon lui, à avoir dépeint l'histoire de tout un siècle, le XVe, à travers ses pièces historiques. Ken Follett raconte les avoir toutes vues en un long weekend de quatre jours, au Round Theater de Londres : « Peut-être pensez vous que c’est trop de Shakespeare, mais non, c’était un moment formidable, et j’ai vu qu'il était possible de raconter l’histoire d’un siècle entier ».

A cette source éminemment classique et universelle, Ken Follett ajoute volontiers celle d'un auteur plus moderne, et délicieusement britannique, Ian Fleming, l'auteur des fameux James Bond.

Ken Follett, un écrivain épicurien, « riche » et « heureux de payer beaucoup d'impôts »

Son succès, Ken Follett ne s'en cache pas, lui apporte un grand confort matériel, dont il jouit à travers « les voyages, les beaux costumes et les bons vins ». En homme de gauche, dont l'épouse fut ministre de l'égalité des chances au sein du gouvernement travailliste de Gordon Brown, il apprécie « payer beaucoup d'impôts ». Ken Follett semble doté de ce caractère à toute épreuve qui fait de lui un éternel optimiste qui sait prendre la vie du bon côté, avouant ne jamais avoir été concerné par les problèmes de dépression.

Quand il n'écrit pas, Ken Follett est sur scène avec la basse de son groupe Damn right, I got the blues !

Il ne faut donc pas prendre pour argent comptant le titre de son groupe de musique, fondé il y a une vingtaine d'années avec des amis, Damn right I got the blues ! L'autre grande passion de Ken Follett après l'écriture, c'est bien la musique ! L'auteur à succès y joue de la basse, et chante : « cela me détend », confesse-t-il, « l’exercice de la musique est spontané, le contraire de l’écriture ».

Sa pratique de la musique est ancienne, et date de son adolescence. Ken Follet s'achète une guitare à 14 ans, qu'il ne quitte plus. Pour lui, c'est comme un premier jouet dans sa vie, puisque son enfance sera marquée par le profond puritanisme de ses parents, qui lui prodiguent une éducation austère, loin des amusements des petits garçons de son âge.

Une éducation puritaine, tempérée par les histoires de son enfance

Qui l'eût cru, devant la prodigalité de cet auteur, amateur des bonnes choses de la vie ? Son enfance est en effet marquée par une éducation puritaine et empreinte de la rigueur de la religion protestante de ses parents : « nous n’avions pas la télé chez nous, défense [était faite] d’aller au cinéma, pas de radio, le rock-and-roll tout à fait défendu, dangereux ».

Un cadre sérieux, mais tempéré par l'imagination de sa mère, qui lui racontait toutes sortes d'histoires, souvent inspirées de la Bible, mais pas systématiquement : « oui des histoires, des chansons, des poèmes, ma mère était très imaginative. Il y avait quand même dans la Bible des histoires incroyables, Jésus, le Diable, je croyais qu’il existait vraiment »...

Aujourd'hui, cela fait bien longtemps que Ken Follett ne croit plus en la réalité des Enfers. Mais il continue avec un plaisir diabolique à insuffler dans ses écrits le souffle de la grande histoire et des épopées qui font la matrice de l'existence humaine.

Cyrille Beyer

Rédaction Ina le 13/06/2019 à 14:40. Dernière mise à jour le 17/07/2019 à 11:45.
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