Nicolas Sarkozy vient d'être mis en examen pour "association de malfaiteurs" dans l'affaire des soupçons de financements libyens de sa campagne électorale de 2007. Interrogé à ce sujet par le journaliste David Pujadas en 2016, lors du débat qui opposait les candidats de la droite à l'élection primaire pour la présidentielle, l'ancien chef de l'Etat choisissait l'indignation.

David Pujadas s'adresse à Nicolas Sarkozy et lui demande : "Autre actualité, une question simplement peut-être. Vous en avez vous-même parlé hier soir, Nicolas Sarkozy. Avez-vous, oui ou non, reçu de l'argent liquide pour financer votre campagne de 2007, comme l'a affirmé l'intermédiaire Ziad Takieddine? Pas seulement dans les médias, mais à la justice française aussi."

Réponse de Sarkozy : "Quelle indignité! Nous sommes sur le service public. Vous n'avez pas honte, vous n'avez pas  honte de donner écho à un homme qui a fait de la prison. Qui a été condamné à d'innombrables reprises pour diffamation et qui est un menteur. Ce n'est pas l'idée, voyez-vous que je me fais du service public. C'est une honte."

Ce vendredi, après cette mise en examen, Nicolas Sarkozy a de nouveau réagi avec véhémence : " Mon innocence est à nouveau bafouée par une décision qui ne rapporte pas la moindre preuve d'un quelconque financement illicite. Je finirai par prouver ma parfaite innocence. J'y mettrai toute la détermination et l'énergie dont je suis capable. L'injustice ne gagnera pas."

Rappel des faits

Le 31 janvier, les magistrats avaient mis en examen pour "association de malfaiteurs" l'un de ses anciens collaborateurs, Thierry Gaubert, soupçonné d'avoir touché des fonds provenant du régime libyen de Kadhafi qui auraient pu alimenter la campagne de Nicolas Sarkozy.

Par un réquisitoire supplétif signé fin janvier, le Parquet national financier avait élargi les investigations à ces faits d'"association de malfaiteurs", ouvrant la voie à des mises en examen de nouveaux suspects ainsi qu'à une aggravation des poursuites contre les protagonistes déjà impliqués, dont Nicolas Sarkozy.

L'ancien chef de l'État avait déjà été mis en examen en mars 2018 pour "corruption passive", "recel de détournement de fonds publics" et "financement illégal de campagne". Il avait également été placé sous contrôle judiciaire.

Lors de sa dernière audition, en juin 2019, Nicolas Sarkozy avait dénoncé un "complot" puis refusé de répondre aux questions des magistrats instructeurs, le temps de l'examen de recours visant à faire annuler l'enquête.

Une enquête qui avait été ouverte après la publication par Mediapart en 2012, dans l'entre-deux tours de la présidentielle, d'un document censé prouver que la campagne victorieuse de Nicolas Sarkozy avait été financée par le régime de Mouammar Kadhafi. Témoignages de dignitaires libyens, notes des services secrets de Tripoli, accusations d'un intermédiaire... En sept ans de travail, les magistrats ont réuni une somme d'indices troublants qui ont donné corps à la thèse selon laquelle la campagne de Nicolas Sarkozy avait été financée par le régime de Mouammar Kadhafi. Toutefois, aucune preuve matérielle indiscutable n'a pour l'heure été trouvée, même si des mouvements de fonds suspects ont conduit à neuf mises en examen à ce jour.

En novembre 2016, l'homme d'affaires Ziad Takieddine - un des mis en examen dans cette affaire et en fuite depuis sa condamnation en juin dans le volet financier de l'affaire Karachi - avait affirmé avoir remis entre fin 2006 et début 2007 cinq millions d'euros à Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, et à son directeur de cabinet Claude Guéant.

(Avec AFP)

Rédaction Ina le 16/10/2020 à 12:44. Dernière mise à jour le 16/10/2020 à 19:43.
Politique