Le prix Nobel de chimie a été décerné ce mercredi 7 octobre à Emmanuelle Charpentier et Jennifer Doudna, inventrices du "ciseau moléculaire" Crispr/Cas9, un outil de modification du génome. Invitée de France Inter, la chercheuse Française décrivait cette technologie révolutionnaire.

Ces ciseaux moléculaires, sorte de "couteau suisse de la génétique" comme elle l'appelle, permettent de programmer une protéine (Cas9) pour couper dans un ADN et y remplacer un gène dans son emplacement précis. Une manipulation génétique désormais accessible, "Ça prend quelques jours et c'est peu coûteux" reconnait la chercheuse dans cet entretien réalisé par Patrick Cohen sur France Inter le 22 mars 2016, alors qu'Emmanuelle Charpentier vient d'obtenir le prix "L'Oréal Unesco pour les femmes et les sciences 2016".

Sa codécouverte est d'autant plus incroyable qu'elle a été faite de manière inopinée alors qu'elle travaillait sur un phénomène qui permettait aux bactéries de se protéger contre l'attaque de virus. Dans le cadre de cette recherche, elle a découvert une enzyme exceptionnelle, utilisable pour faire des modifications du génome. En compagnie du journaliste, la microbiologiste évoque les potentialités extraordinaires de cette découverte : soigner des maladies génétiques, désactiver un virus, manipuler des cellules pour qu'elles ne reconnaissent plus un virus, agir sur le génome d'un moustique pour qu'il ne propage plus de maladie...

"Au niveau des applications, il y a des discussions à suivre au niveau des comités d'éthique"

La chercheuse précise néanmoins que ce type de manipulations poseraient des problèmes éthiques "ça ouvre pas mal de problèmes au niveau écosystème [...] ce sont des possibilités mais au niveau des applications réelles, il y a des discussions à suivre au niveau des comités d'éthique", précise-t-elle.

Patrick Cohen l'interroge ensuite, sans prononcer le mot, mais en se référant au film de science-fiction Bienvenue à Gattaca, sur les dangers d'eugénisme liés à sa découverte. Dans ce film, on pratique l'eugénisme à grande échelle : les gamètes des parents sont triés et sélectionnés afin de concevoir in vitro des enfants quasi parfaits. Bien qu'elle n'ait pas vu le film, la scientifique confirme "c'est la face sombre, inquiétante. Le but de la recherche fondamentale, c'est de pouvoir identifier des mécanismes qui peuvent être très révélateurs pour pouvoir développer des technologies, pour aider la médecine et pas pour ce genre d'applications".

Patrick Cohen souligne que des Chinois ont déjà pratiqué des manipulations sur des cellules humaines non viables qui ouvrent le chemin des manipulations de génome humain.

Emmanuelle Charpentier relativise, "il y a des études qui montrent que la technologie n'est pas prête pour effectuer ce genre de manipulation. Je pense que nous n'en sommes pas encore là. Maintenant il y a des discussions, des groupes scientifiques qui se forment pour discuter de ces problèmes éthiques, rassure-t-elle avant de poursuivre, pour essayer de comprendre ce que c'est vraiment que cette technologie Crispr/Cas9, les possibilités de cette technologie et aussi les dérives possibles".

Pour aller plus loin

Inter'Activ. Emmanuelle Charpentier répond aux auditeurs.

Florence Dartois

Rédaction Ina le 08/10/2020 à 15:13. Dernière mise à jour le 08/10/2020 à 16:50.
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