Boris Johnson, Premier ministre de la Grande Bretagne depuis cet été, vient de subir deux lourds revers au Parlement dans sa politique du Brexit sans accord. Retour sur la carrière de maire de Londres d'un dirigeant peu commun, connu pour ses "excentricités".

« Bojo », le surnom que lui ont donné ses compatriotes, vient de subir deux journées de revers au Parlement britannique. La rentrée du 3 septembre avait commencé par la perte de sa courte majorité d'une voix, avec la défection du député conservateur Phillip Lee. Les parlementaires ont ensuite réussi à faire passer assez largement une loi obligeant Boris Johnson à demander à Bruxelles un nouveau report du Brexit au 31 janvier 2020. De plus, le groupe de députés conservateurs « rebelles » à sa politique s'ajoute aux travaillistes, aux libéraux, aux verts et aux nationalistes écossais pour refuser pour le moment de nouvelles élections au 15 octobre, que Boris Johnson souhaite comme moyen de se sortir de ce mauvais pas. Pour le moment, le Premier ministre se trouve piégé à son propre jeu, et récolte par cette fronde des députés l'humiliation qu'il a fait subir au Parlement, le plus prestigieux de toutes les démocraties occidentales, en décidant sa suspension exceptionnelle.

Pour les sujets de Sa Gracieuse Majesté, Boris Johnson n’est en effet pas tout à fait un dirigeant comme les autres. Entré dans l’arène politique en 2001 en devenant député, il est élu maire de Londres, à 43 ans, sans grande expérience du pouvoir. C’est dans le journalisme qu’il débute sa carrière. Et notamment comme correspondant bruxellois du journal conservateur The Daily Telegraph, entre 1989 et 1994. Habitué des exagérations et approximations qui dépeignent sous un teint peu flatteur le visage de la capitale européenne et les administrations communautaires, ses chroniques font alors le bonheur des Eurosceptiques britanniques – et notamment de la Première ministre Margaret Thatcher.

Lorsqu’il bat le maire de Londres Ken Livingstone en 2008, Boris Johnson est décrit sur France 2 comme un homme « excentrique », au « programme et à l’esprit très britannique ». Sous ses deux mandats – Johnson est réélu en 2012 – il n’aura de cesse en effet de conforter cette image d’un homme politique habitué aux boutades et aux bons mots. Populaire, il symbolise la réussite des JO londoniens (obtenus par son prédécesseur à la mairie) et d’une ville qui tire son épingle du jeu dans la crise économique mondiale en profitant de la mondialisation. Libéral affirmé, il milite pour un taux d’imposition limité et tente d’attirer les grandes fortunes dans sa ville.

En 2012, en déclarant de façon provocante qu’en France, « depuis 1789, il n’y a pas eu une telle terreur, et une telle tyrannie », il invite les riches Français à rejoindre le Royaume-Uni, taclant au passage le Président François Hollande. A la question de ses ambitions de prendre un jour la suite de David Cameron, il botte en touche, estimant « avoir plus de chances d’être décapité par un frisbee ou de [se] réincarner en olive que de devenir Premier ministre ».

En cette année 2013 se profile déjà la question du référendum du Brexit, que le Premier ministre David Cameron promet à ses électeurs à la condition d'être réélu en 2015. Une promesse électorale que Boris Johnson semble alors prendre avec modération, se déclarant pour le « remain » : « je voterai pour rester à condition de faire certains changements ».

Mais Boris Johnson a t-il senti le vent de l'opinion tourner ? Toujours est-il qu'il décide de militer pour le « Brexit ». Une campagne tonitruante qui éclipse celle des « pro remain », divisant et affaiblissant considérablement le parti conservateur. 

A l'annonce des résultats du référendum, le 24 juin 2016, Boris Johnson a gagné son pari, et semble plus proche que jamais du 10 Downing Street. Mais contrecarré par une partie des conservateurs qui ne lui font aucune confiance, il doit se contenter du poste de ministre des Affaires étrangères de Theresa May, un poste qu'il abandonne en 2018 pour signifier son opposition à la teneur des négociations avec Bruxelles.

Boris Johnson incarne alors la branche la plus intransigeante du parti conservateur vis-à-vis de Bruxelles.

La réalité semble pourtant bien différente des promesses et assurances de Boris Johnson. De nombreux responsables européens et britanniques ont rappelé l’impossibilité de renégocier l’accord du Brexit, et d'épineuses questions vont très vite surgir sur son chemin, à commencer par la question de la frontière nord-irlandaise.

Rédaction Ina le 22/07/2019 à 16:05. Dernière mise à jour le 05/09/2019 à 10:48.
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