Le Parlement européen a exclu, jeudi 10 septembre, la dirigeante birmane Aung San Suu Kyi de la "communauté" des lauréats du prix Sakharov des droits de l’homme. Un prix reçu en 1990 mais qu'elle n'avait pu venir chercher que 23 ans plus tard.

Cette exclusion est une sanction pour "son inaction et son acceptation des crimes en cours contre la communauté rohingya". Un camouflet pour celle qui apparaissait, en 1990, comme la protectrice de la liberté de penser.

Assignée à résidence par la junte militaire birmane durant 15 ans, Aung San Suu Kyi n'avait pu venir le chercher personnellement son prix qu'en 2013, soit 23 ans après sa nomination.

Le 22 octobre 2013, le Soir 3 journal diffuse les images de la remise de cette récompense honorifique, en main propre, au Parlement européen à Strasbourg. L'opposante birmane est alors applaudie de longues minutes "à tout rompre par les eurodéputés".

Figure de l'opposition pacifique face à la dictature militaire de son pays, elle prône alors la réconciliation, "le principal objectif de notre mouvement démocratique est de nous amener à la réconciliation nationale. Ce qui signifie réconcilier les militaires et la population civile qui aspire à la démocratie". Après toute ces années, elle remercie "ceux qui nous ont soutenu et ont cru suffisamment en nous".

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Le reportage revient ensuite sur son destin. Élue à la tête du pays en 1990, elle est assignée à résidence par la junte militaire 15 longues années, "elle est élue députée en 2012 et ne regrette rien".

L'opposante ne renie rien, "J'ai fait un choix, en connaissance de cause, et je n'ai jamais dit que c'était une épreuve ou un sacrifice mais bien un choix personnel".

Son objectif d'alors, ce sont les présidentielles de 2015, mais un obstacle constitutionnel s'opposait alors à son élection : elle n'avait pas fait son service militaire, comme l'expliquait l'eurodéputée EELV, Nicole Kiil-Nielsen, "ce qui exclut d'emblée les femmes". Autre obstacle de poids, son époux est étranger et ses enfants ont la double nationalité.

Malgré cette disposition constitutionnelle l'empêchant de devenir présidente de la République, en 2015, elle sera nommée ministre des Affaires étrangères, conseillère spéciale de l'État et porte-parole de la Présidence, lui conférant le rôle de chef de gouvernement de facto. Malgré une transition démocratique en cours, le gouvernement qu'elle dirige doit composer avec une armée toujours très puissante.

Créé en 1988, le prix Sakhavov est une "contribution exceptionnelle à la lutte pour les droits de l’homme dans le monde", or la leader birmane a été critiquée pour son mutisme concernant la répression qui sévit à l'encontre 750 000 Rohingya qui ont dû fuir, depuis août 2017, les exactions de l’armée birmane et de milices bouddhistes. Une répression qualifiée par l’ONU de "nettoyage ethnique".

Rédaction Ina le 11/09/2020 à 15:57. Dernière mise à jour le 11/09/2020 à 15:59.
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