Boris Johnson, atteint par le SARS-CoV-2, a été placé lundi soir en soins intensifs. Premier ministre du Royaume-Uni depuis juillet 2019, il tient la promesse du parti conservateur de réaliser le Brexit au plus vite, le pays sortant de l'UE le 31 janvier 2020. Retour sur l'ascension politique d'un homme connu pour sa fougue et ses excentricités.

Premier ministre du Royaume-Uni depuis le 24 juillet 2019, Boris Johnson n’a eu de cesse de répéter ce slogan, tel un mantra : « Let’s get Brexit done » (« Mettons en œuvre le Brexit »). Le successeur de Theresa May au 10 Downing Street réussit finalement là où cette dernière avait échoué. Conforté par une majorité absolue du parti conservateur aux élections législatives du 12 décembre 2019, le gouvernement de Boris Johnson honore sa promesse faite aux Britanniques : le Royaume-Uni quitte l’Union européenne au 31 janvier 2020.

Si Boris Johnson a bien mis en œuvre, coûte que coûte, le résultat du référendum de juin 2016, c’est justement ce même Brexit qui lui aura permis d’accéder aux plus hautes fonctions du pays, quitte à travestir souvent la réalité, fidèle en cela aux «excentricités» et exagérations auxquelles il a habitué ses compatriotes depuis près de trente ans.

Un journaliste qui prend ses aises avec la réalité

Pour les Britanniques, Boris Johnson n’est en effet pas tout à fait un dirigeant comme les autres. Débutant sa carrière comme journaliste correspondant du Daily Telegraph à Bruxelles, entre 1989 et 1994, il se fait connaître par des articles où il mêle exagération et humour pour décrire le fonctionnement des institutions européennes.

Une irrévérence qui fait le bonheur de l’élite conservatrice britannique à une époque où le parti conservateur, historiquement pro-européen, laisse justement cette posture aux travaillistes pour emprunter de plus en plus une position nationaliste, plus dure vis-à-vis de l’intégration européenne.

Selon le journal Le Monde, certains de ses articles ne craignent pas le mensonge éhonté, comme lorsque il dénonce des lois européennes accusées de « normaliser les cercueils et les préservatifs, d’interdire aux enfants de moins de huit ans de gonfler des ballons, et d’empêcher de recycler des sachets de thé ».

Flamboyant maire de Londres

En 2001, « Bojo », le surnom que lui ont donné ses compatriotes, réalise ses premiers pas dans l’arène politique en se faisant élire député, puis monte dans l’appareil du parti conservateur jusqu’à se présenter, en 2008, à la mairie de Londres, face au travailliste Ken Livingstone. La confrontation est décrite par la presse tabloïd britannique de l’époque comme un duel entre le « cinglé gauchiste et le clown de droite ». France 2 présente Boris Johnson comme un homme « excentrique », au « programme et à l’esprit très britannique ».

« Clown de droite », « excentrique », ces qualificatifs collent à la peau de Boris Johnson qui, au cours de ses deux mandats à la mairie de Londres – il est réélu en 2012 – jouit d'une popularité croissante et peut se targuer d'un bilan plutôt positif.

Dans un reportage de 2012 qui suit sa campagne électorale, des habitants d'un quartier populaire de l'Est londonien, théâtre d'émeutes en 2011, témoignent de sa popularité : « Il fait de son mieux, et pour tout le monde, donc on l'aime vraiment bien ».

Cette même année, il est désigné « l'homme politique le plus populaire de Grande-Bretagne ». Ses deux mandats auront été marqués par l'organisation réussie des Jeux Olympiques et par une multiplication de projets de développement dans une ville bouillonnante de dynamisme. Mais ses gaffes, parfois insultantes, font tout autant parler de lui.

Un humour qui vire parfois à l'insulte diplomatique

Ainsi Boris Johnson dénonce, quelques semaines avant le référendum sur le Brexit, « l’hypocrisie » d’un Barack Obama se prononçant pour l’appartenance du Royaume-Uni à l’UE, positionnement que Johnson explique par « l'aversion ancestrale de l'Empire britannique d'un président en partie kenyan ». En 2008, il compare Hillary Clinton, alors candidate à l’élection présidentielle américaine, à une « infirmière sadique dans un hôpital psychiatrique ».

Bien avant, ses propos insultants vis-à-vis des Africains avaient choqué. En 2002, dans sa chronique du Daily Telegraph, il avait ainsi évoqué les « foules en liesse de négrillons » du Commonwealth agitant des drapeaux devant la reine d’Angleterre.

Durant son deuxième mandat de maire de Londres, de 2012 à 2016, il tacle bruyamment la politique fiscale du Président François Hollande, déclarant de façon provocante qu’il n’y « à pas eu en France depuis 1789 une telle terreur, une telle tyrannie » et  observant qu’il « semble bien que les sans-culottes aient pris le pouvoir à Paris ».

Une façon pour lui de séduire les Français fortunés à le rejoindre à Londres, ville-monde qui compte une communauté française forte de près de 300 000 personnes.

Comme maire, la City retient tout particulièrement son attention et il s’efforce de défendre son statut privilégié de place forte de la finance mondiale. Ainsi en 2013, Le Monde rapporte son opposition à un texte européen sur le plafonnement des bonus des traders, y voyant une « vengeance contre Londres », et prévenant son instigateur, l'eurodéputé belge Philippe Lamberts, qu’il « ne se laissera pas faire ».

De défenseur modéré du « remain » à farouche partisan du « leave »

En 2013 se profile déjà la question du référendum du Brexit, que le Premier ministre David Cameron promet à ses électeurs à la condition d'être réélu en 2015. Une promesse électorale que Boris Johnson semble alors prendre avec modération, se déclarant sur le plateau du JT de France 2 pour le « remain » : « Je voterai pour rester à condition de faire certains changements ».

Mais Boris Johnson a t-il senti le vent de l'opinion louvoyer ? En 2016, il tourne le dos à son ami David Cameron et décide de militer, contre la ligne officielle de son parti, pour le Brexit. Une campagne tonitruante qui éclipse celle des pro-UE, divisant et affaiblissant considérablement le parti conservateur. Une campagne marquée aussi par de nombreux mensonges, dénoncés par ce reportage de l'Oeil du 20 heures de France 2, diffusé la veille du référendum.

Un passage décevant au ministère des Affaires étrangères

A l'annonce des résultats du référendum, le 24 juin 2016, Boris Johnson semble embarrassé, bien qu'il ait gagné son pari. Il semble alors plus proche que jamais du 10, Downing Street. Mais il est contrecarré par une partie des conservateurs et doit se contenter du poste de ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement formé par Theresa May.

Une nomination jugée sévèrement par Jenny Jones, députée du Green party à la Chambre des Lords : « Je suis absolument sidérée, je peux vous dire que quiconque connaît un tout petit peu Boris Johnson est complètement désorienté par le fait qu’il obtienne un poste de cette importance ».

Boris Johnson va rester malgré tout deux ans à la tête de la diplomatie britannique. Le 9 juillet 2018, en compagnie du ministre du Brexit David Davis, il donne sa démission à Theresa May pour des raisons politiques. En se désolidarisant de ses propositions sur le Brexit, il veut paraître aux yeux des Britanniques et du parti conservateur comme le successeur attitré de la Première ministre. Il attend son heure.

Selon The Guardian, son départ du Foreign office n'est pas regretté de la part de collaborateurs critiques de son manque d'engagement.

L'homme du Brexit

Perçu cependant par le parti conservateur comme le leader à même de réaliser le Brexit après l’échec final de Theresa May, Boris Johnson est finalement désigné chef du parti des Tories le 24 juillet 2019, devenant de ce fait, selon la coutume britannique, Premier ministre.

Son programme, c’est le Brexit. Une promesse destinée aux Britanniques, et plus particulièrement aux 51,9% d’entre eux qui ont voté oui au référendum du 23 juin 2016, afin de prendre le contre-pied du Parlement de Londres qui freine des deux pieds à l’idée de quitter l’UE.

Après l’annonce par le Premier ministre en fin d’été d’une suspension exceptionnelle du Parlement de plusieurs semaines à la rentrée, les députés se rebellent. Le camp conservateur semble prêt de l’éclatement après l’exclusion du parti de 21 députés Tories hostiles à un « hard Brexit ».

Contraint par son Parlement de demander à Bruxelles un nouveau report du Brexit, Boris Johnson réussit néanmoins son pari en remportant une majorité écrasante aux élections législatives du 12 décembre 2019. Au soir du 31 janvier 2020, le Royaume-Uni tourne une nouvelle page de son histoire en quittant l’Union européenne.

Cyrille Beyer

Rédaction Ina le 22/07/2019 à 16:05. Dernière mise à jour le 08/04/2020 à 10:43.
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