Bernard Stiegler, décédé le 7 août, militait pour une réforme en profondeur du système capitaliste et de l'outil numérique, de plus en plus prépondérant dans nos vies, le plus souvent pour le pire. Il s'en expliquait sur le plateau Des Mots de minuit, en 2012.

Le 24 octobre 2012, Bernard Stiegler est l'invité de Philippe Lefait sur le plateau Des Mots de minuit. Le philosophe, rappelant que son association Ars Industrialis avait annoncé dès 2005 que le « système consumériste du capitalisme contemporain allait s'écrouler » expose les différentes raisons qui l'amènent à critiquer le capitalisme : « C'est un système qui détruit le désir, la motivation, la foi dans l'avenir, l'attention, la confiance. » mais qui est aussi selon lui « toxique au niveau physique, c'est à dire environnemental » et  « sur le plan mental ». Enfin, la toxicité est également présente d'un point de vue purement « économique, puisque c'est un système qui ne marche qu'à la production et à la dissimulation d'insolvabilité », comme nous le rappelle l'exemple de la crise des subprimes. 

Prenant acte de la transformation numérique de la société, il en critique cependant sévèrement les manifestations les plus connues, comme les réseaux sociaux, à l'image de Facebook : « Facebook, pour moi, c'est une organisation, un réseau social, qui est extrêmement mauvais pour la vie sociale [...] En fait, c'est un réseau de désocialisation. »

La solution selon Bernard Stiegler réside dans la juste utilisation du Pharmakon, un terme qui chez les Grecs anciens signifiait à la fois le remède et le poison : « la toxicité revient toujours, je ne crois pas au paradis sur terre. Mais je crois qu'on peut transformer [la part] toxique [du numérique] vers quelque chose de plus positif ». 

Rédaction Ina le 10/08/2020 à 19:01. Dernière mise à jour le 11/08/2020 à 10:54.
Economie et société Sciences et techniques