C'est un symbole fort que vient de prendre le Parlement européen. Réunis à Strasbourg, les députés ont voté à 448 voix contre 197 une résolution demandant au Conseil européen - l'institution qui réunit à Bruxelles les chefs d'Etat et de gouvernements des Etats membres de l'UE - d'ouvrir une procédure de sanction contre la Hongrie. C'est la première fois qu'une telle initiative est votée au Parlement.

La Hongrie de Vikctor Orban est mise à l'index par le Parlement pour non respect de l'Etat de droit. 

Dès son retour au pouvoir, le 29 mai 2010 (après avoir déjà gouverné le pays entre 1998 et 2002), Viktor Orban inquiète déjà l'Union européenne, dont la Hongrie est membre depuis 2004. Son projet de loi sur l'organisation des médias prévoit un contrôle accru de l'Etat sur l'information, impose aux journalistes de révéler leurs sources lorsqu'il s'agit de la "sécurité de l'Etat", menace la presse de lourdes sanctions économiques "pour des chaines de télévision qui auraient porté atteinte à l'intérêt public".

En janvier 2011, lorsque la Hongrie prend la présidence tournante de l'Union européenne pour six mois, il se retrouve de fait à la tête d'une institution dont les valeurs sont en contradiction avec sa tentative de contrôler les médias de son pays.

"En démocratie, ce sont les médias qui contrôlent le gouvernement, pas le gouvernement qui contrôle les médias"

Martin Schulz, Président des socialistes européens, à l'adresse de Viktor Orban, le 11 janvier 2011

Son premier discours au sein du Parlement européen est donc houleux. Il est notamment apostrophé par Daniel Cohn-Bendit, qui le compare à un "Chavez européen" et par Martin Schulz, le Président du groupe PSE, qui lui fait remarquer qu'en démocratie, "ce sont les médias qui contrôlent le gouvernement, pas le gouvernement qui contrôle les médias". 

Mais le vote actuel du Parlement pourrait bien rester symbolique. En effet, il convient maintenant au Conseil européen de prendre une décision à l'unanimité concernant la Hongrie. Et dans ce dossier, Vicktor Orban bénéficie du soutien de la Pologne qui mène une politique proche de la sienne en matière de remise en cause de l'Etat de droit.

En réalité, au-delà de la décision attendue du Conseil européen, la résolution du Parlement européen aura surtout permis de clarifier un enjeu de taille pour les futures élections européennes en 2019 : Vickor Orban, traditionnellement affilié au parti populaire européen (PPE), aura finalement été "lâché" par sa famille politique.

Le parti populaire, premier en nombre de sièges au Parlement, lui reproche d'être allé trop loin et de tenir des positions définitivement incompatibles avec la construction d'une Europe toujours plus intégrée et respectueuse des principes de l'Etat de droit.

Rédaction Ina le 12/09/2018 à 18:00. Dernière mise à jour le 12/09/2018 à 18:28.
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