Des chercheurs tirent aujourd’hui la sonnette d’alarme après la découverte d’un virus qui affecte 10,4 % des travailleurs d’élevages porcins en Chine. En 2009, une épidémie s'était déclarée au Mexique et étendue mondialement provoquant la l'inquiétude. Chronique d'une catastrophe sanitaire, entre panique et polémique.

Avril 2009. Le virus de la grippe A, dite porcine, ou H1N1 fait son apparition au Mexique. En juin, la pandémie est mondiale. Très contagieuse voire mortelle, la maladie provoque un vent de panique. Le 25 mai 2009, les médias relayent une information anxiogène : un nouveau virus grippal est apparu dans un élevage porcin mexicain et commence à s'étendre dans le pays et aux États-Unis. La souche est passée du porc à l'homme et la pandémie menace. La grippe se répand depuis le petit village de La Gloria, berceau de la grippe A. Visite des lieux, le 30 avril.

H1N1, un virus ancien

Rapidement, les scientifiques établissent que ce nouveau pathogène est un descendant du terrible agent H1N1 de la grippe espagnole de 1918 (Responsable de 20 à 50 millions de victimes dans le monde). La proximité génétique des humains et des porcs facilite le passage du virus entre les deux espèces. Le 25 ami, ce reportage fait le point sur les risques de mutation et de transmission à l'homme.

Une infection galopante

Le 26 avril, Mexico prend des mesures drastiques pour enrayer l'épidémie… sans grands résultats. La grippe est très contagieuse et semble toucher prioritairement les jeunes adultes.

La maladie touche désormais les pays riverains, dont les États-Unis où les premiers patients apparaissent.

Fin avril, les cas suspects de "grippe mexicaine" se multiplient, les pays européens sont touchés. Les États-Unis déplorent un premier mort. En France, la ministre de la Santé Roselyne Bachelot envisage de demander la suspension des vols européens vers le Mexique.

Le 2 mai 2009, on dénombre deux patients français reconnus porteurs du virus. Reportage à l'hôpital Necker.

Les niveaux d'alerte

Un plan sanitaire est mis en place. La procédure à suivre est définie en fonction de paliers définis par un niveau d'alerte fixé par l'OMS (de 1 à 6). Lorsque que l'on atteint le niveau 3 (contamination de l'homme), du matériel médical et des antiviraux sont stockés, une cellule d'information est créée et des barrières sanitaires établies aux frontières. Au niveau 4 (transmission entre humain), les liaisons aériennes et maritimes peuvent être suspendues avec de possibles quarantaines, les personnels de santé sont mobilisés et les institutions scolaires fermées. Le point sur les mesures de prévention prévues.

L'État français stocke plusieurs millions de vaccins exclusivement réservés aux hôpitaux (Tamiflu et Relenza). Côté masques, pas de restriction, près de deux milliards de masques sont fabriqués.

En quelques semaines, les stades 5 (extensions aux pays voisins) et 6 (pandémie mondiale) sont atteints. A ce niveau, les transports en commun peuvent être interrompus, les personnels de l'état mobilisés, les rassemblements interdits et l'on peut également aussi procéder à des évacuations.

Le plan français

Mi-juillet, la France ne compte que 481 malades confirmés mais le gouvernement français décide d'anticiper l'aggravation de la pandémie prévue pour la rentrée 2009. Roselyne Bachelot annonce que le gouvernement a commandé 94 millions de doses de vaccin à trois laboratoires pour un coût d'un milliard d'euros.

Le 22 juillet, ce sont désormais les médecins traitants, et non plus le Samu, qui gèrent l'épidémie.

Fin juillet, François Fillon rassure : la France est prête. Antiviraux, masques et vaccins seront suffisants quelque soit l'ampleur de l'épidémie.

La campagne de vaccination

Début septembre, le vaccin n'est pas encore prêt en quantité suffisante, l'état décide de prioriser la population à vacciner. 15 millions de Français sont concernés par cette première vague de vaccination (femmes enceintes, enfants entre six mois et deux ans, malades chroniques et personnels exposés).

Les français prioritaires, septembre 2009

Automne 2009. Il apparaît que le H1N1 est moins mortel que la grippe saisonnière! Il est par contre plus contagieux. Aurait-on surestimé la dangerosité du virus porcin?

novembre 2009, le gouvernement lance malgré tout une grande opération de vaccination à échelle nationale. Les Français sont réticents. Le personnel soignant est également réticent : 10 % seulement des infirmières sont vaccinées.

Le jour de l'ouverture des centres de vaccination, les Français boudent…

Pourtant, les centres sont rapidement débordés. En cause, une mauvaise organisation (manque de personnel, d'amplitude horaire…)

Un grand fiasco

En janvier 2010, alors que l'OMS annonce la fin de la pandémie, le bilan français est plutôt mitigé : sur les 87 millions de vaccins achetés, seuls 5 millions ont été utilisés… Certains parlent déjà de gaspillage des deniers publics. Le pays essaye de revendre les doses à d'autres nations…

La polémique selon laquelle le gouvernement aurait été trop alarmiste enfle de jour en jour.

La facture de la grippe H1N1 est salée : 21 grandes villes réclament le remboursement à l'État des frais engagés pour la campagne vaccinale.

Juillet 2007. Le gouvernement décide alors de réaliser un rapport parlementaire sur la gestion de la crise de la grippe A. Bernard Debré, député UMP, dénonce "une mascarade destinée à camoufler les manquements de l'état dans cette affaire".

Le principe de précaution aura coûté très cher au pays : 950 millions d'euros. Seuls 9% des Français se sont fait vacciner. Bilan un an après, en février 2010.

30 novembre 2011, deux ans plus tard, le surplus des vaccins inutilisés, désormais périmés, est détruit.

Florence Dartois

Rédaction Ina le 09/06/2014 à 10:51. Dernière mise à jour le 01/07/2020 à 13:01.
Médecine, Santé