"Adieu les cons", le nouveau film d'Albert Dupontel sort en salles ce mercredi. Un film de l'acteur-réalisateur est toujours un événement, encore faut-il aller le voir. C'est ce qu'aurait dû faire ce journaliste en 2009, avant d'interviewer le réalisateur, plutôt agacé par ce manque de professionnalisme…

Le 14 octobre 2009, Laurent Bignolas doit interviewer pour le 19/20 de France 3 Albert Dupontel. Ce dernier n'est pas en plateau mais en duplex du festival du film de Beauvais. Le réalisateur vient présenter son nouveau film intitulé, Le vilain. Mais l'entretien va mal débuter lorsque Laurent Bignolas avoue à Albert Dupontel, en préambule de son interview, qu'il n'a pas eu le temps de voit le film… Un aveu qui assombrit le visage de l'acteur… et qui va plomber tout l'entretien jusqu'à son dénouement inattendu.

"Albert Dupontel bonsoir ! Pardon pour commencer de ne pas avoir eu le temps de voir votre film. Je regrette, mais je peux vous dire que j'en ai déjà beaucoup entendu parler".

Visiblement très mécontent, Albert Dupontel va répondre de mauvais gré à la première question ironique du journaliste qui plaisante sur le titre "Vilain" et fait le parallèle avec le supposé mauvais caractère de l'acteur, ce qui ne va pas détendre l'atmosphère...

"Et bien alors, comme ça, vous êtes vilain. Vous nous avez fait des frayeurs, vous êtes arrivé tard, mais vous êtes vilain dans ce film ? Est-ce que ce ne serait pas par hasard, un tout petit peu, je dis, un poil autobiographique" ?

Après un lourd silence, Albert Dupontel, le visage impassible, les yeux plantés dans l'objectif de la caméra répond par un bref et définitif, "non, pas du tout, non".

Déstabilisé, le journaliste tente une nouvelle question au sujet du film cette fois, "Bon, ça veut dire que vous êtes investi dans un rôle. Ça vous plaisez de créer ce vilain ? Quelle est l'origine de cette histoire que vous mettez à l'écran aujourd'hui"?

Albert Dupontel, petit sourire ironique en coin et jambes agitées, trahissant sans doute son agacement, répond brièvement, "l'envie de faire un film avec Catherine Frot".

Laurent Bignolas, l'interroge alors sur l'actrice. Mais comment parler d'elle alors qu'il n'a pas vu le film ? Il se lance, "d'accord. Pari réussi, apparemment. Catherine Frot, paraît-il, est une formidable partenaire pour vous. Heu, comment est-ce que vous avez pu faire ? J'allais dire, pour être à la fois le partenaire devant la caméra et en même temps réalisateur derrière la caméra ? Ça devait être un boulot de dingue, non" ?

D'une voix blanche Albert Dupontel lâche, "non, en étant payé, tout simplement". Mais Laurent Bignolas qui n'a pas compris le fait répéter. Même réponse… Il tente maladroitement de relancer l'interview décidément mal engagée, "C'est ça qui est motivant ? Il n'y avait pas une envie artistique de création" ?

Mais l'acteur est bien décidé à continuer sa bouderie et assène le coup de grâce au journaliste, "non, moi, je mérite mon salaire, ce qui n'est pas votre cas, si vous ne voyez pas les films" !

Laurent Bignolas précise qu'il s'est excusé publiquement de cela et ajoute, "je n'ai pas vu le film tout simplement parce que j'ai un métier moi aussi justement, monsieur Dupontel…"

Coupant son interlocuteur, le réalisateur précise, "Moi aussi j'en ai un, je fais des films et c'est votre boulot de voir les films avant d'inviter les gens"!

Le journaliste ne peut qu'acquiescer "oui, oui…"

Sur ces entrefaites, l'acteur remercie le journaliste "Merci infiniment votre accueil. Merci beaucoup. Bonne soirée à vous". Il se lève, tourne le dos à la caméra pour retirer son oreillette et s'en va, laissant seul Laurent Bignolas face à son écran de retour pour conclure cette interview express….

"Bonne soirée à vous aussi et merci de nous avoir donné l'occasion de saluer très, très rapidement. L'occasion, c'était en fait le Festival du film de Beauvais. S'adressant aux spectateurs, il ajoute visiblement gêné, alors que son invité est déjà parti, "c'est amusant ce qui peut se passer sur un plateau de télévision. Et, Nooooooous allons nous quitter là-dessus. Il ne reste plus qu'à vous remercier".

Contrairement à ce journaliste malheureux, le public se précipitera certainement au cinéma, malgré la crise sanitaire et le couvre-feu, pour découvrir cette satire présentée comme à la fois drôle et désespérée de notre monde contemporain.

Pour aller plus loin

13 heures : Albert Dupontel évoque son rapport à la politique. Pourquoi il ne vote pas. "Je ne vote pas et je l'assume, je voterais le jour où les votes blancs seront validés..." ; "... il ne faut pas que les politiques se plaignent si on ne vote pas, c'est à eux de nous intéresser à la politique...". (20 septembre 2006) 

13 heures : Albert Dupontel : Albert Dupontel parle de son personnage dans "Président". (20 septembre 2006) 

Rédaction Ina le 20/10/2020 à 13:26. Dernière mise à jour le 21/10/2020 à 09:19.
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