Ce mardi, la Réserve mondiale de semences du Svalbard accueille une précieuse cargaison de graines. Depuis 2008, cette "Arche de Noé végétale" protège les graines de tous les continents. Retour sur son inauguration en 2008.

"C'est un drôle d'endroit, très loin au Nord avec des dizaines de Norvégiens frigorifiés qui affrontent le froid en chantant." Ainsi débute le reportage diffusé dans le 13h00 de France 2 du 26 février 2008. Ce qui ressemble à un "enfer glacé", c'est en fait une réserve mondiale de graines, qui cette nuit-là, est inaugurée au son des chants traditionnels. Une réserve enfouie dans une montagne de Longyearbyen, chef-lieu de l'archipel norvégien du Svalbard (Spitzberg), à 1.000 km du pôle Nord. Cette "Arche de Noé verte" doit héberger les graines des principales cultures vivrières mondiales, véritable cocon pour la diversité végétale menacée par catastrophes naturelles, guerres et changement climatique.

De l'extérieur, on observe peu de choses : "Une porte monumentale qui se dresse non loin de la ville. C'est l'entrée d'un tunnel de 120 mètres, creusés dans la roche, avec au bout, derrière cette porte, trois chambres fortes réfrigérées". Cette réserve de semences pourra accueillir jusqu'à 4,5 millions d'échantillons, deux fois plus que le nombre de variétés existant dans le monde.

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Carey Fowler, directeur du fonds mondial pour la biodiversité des plantes explique le but de ce centre : "Nous devons préserver la diversité des semences. Nous avons besoin de toutes les différentes plantes car elles sont à la base de toutes les nouvelles variétés. Et il y a toujours des maladies, des fléaux et un nouveau climat qui arrive".

Par caisses entières, les graines sont acheminées dans ce grenier glacé. De tous les continents, ces semences ont été préparées minutieusement, "placées dans des emballages sous vide et envoyées en Arctique. Un échantillon de référence pour toutes les plantes qui nourrissent l'humanité, sous toutes leurs formes, dûment classées, répertoriées, inventoriées".

Wangari Maathai, Prix Nobel de la Paix, souligne qu'"en cent ans, l'Afrique a perdu beaucoup de ses graines, de ses semences, à cause de l'importation venant d'autres continents. Il faut donc agir".

Le reportage montre ensuite des images de la fabrication du bunker. Durant l'hiver polaire, il a fallu creuser la montagne et refroidir l'intérieur de la réserve "pour atteindre la température idéale."

Dag Brox, ingénieur, rappelle qu'"avec le temps la roche tout autour va se refroidir. L'avantage, c'est que même si le système tombe en panne, la température finira par s'élever lentement mais sans dépasser la température de moins 4 degrés".

"Le grenier du Spitzberg est conçu comme une chambre forte protégée pour des centaines, voire des milliers d'années, du monde extérieur, des guerres, des épidémies. Avec dans ce coffre froid l'espoir pour l'humanité de survivre à de grandes catastrophes."

Dans ce reportage diffusé dans le 19-20 de France 3 du même jour, nous retrouvons Wangari Maathai, la militante kenyane, frigorifiée : "Je ne pense pas qu'il soit possible d'expliquer aux Africains comment il fait froid ici. Plaisante-t-elle avant de poursuivre : C'est très important de préserver nos variétés de graines, car tout peut arriver. C'est bien de savoir qu'il y a un endroit au monde où l'on peut retrouver nos espèces originelles".

Des images de synthèse montrent l'installation, creusée à 130 mètres au-dessus du niveau de la mer.

Carey Fowler, directeur du fonds mondial pour la biodiversité souligne que "par le passé lorsque des accidents, des guerres ou des désastres intervenaient, des espèces ont disparu. C'est ainsi que les dinosaures se sont éteints. Nous allons empêcher ces extinctions grâce à cette chambre forte sécurisée qui sera le plan B".

Suivent quelques images de l'installation des caisses contenant les semences sur de grands rayonnages. "On attend des graines des 1400 banques de gènes qui existent dans le monde", précise le commentaire.

Mais les écologistes, comme Allain Bougrain-Dubourg, président de la Ligue pour la protection des oiseaux, alertent sur les effets pervers : "Le danger, c'est que l'on pourrait considérer qu'à partir du moment où l'on a le grenier du vivant, on pourrait continuer d'agir en dégradant la nature puisqu'on a à notre disposition la capacité à la régénérer et ça, c'est extrêmement dangereux."

Les semences ainsi conservées pourraient rester fertiles plus de 20 000 ans.

Bien que conçue pour résister à une chute d'avion ou à un missile nucléaire, la plus grande réserve mondiale de semences n'a peut-être pas été conçue pour résister au réchauffement climatique. Dix ans après son inauguration, en mars 2018, la réserve subissait des infiltrations d'eau. En cause ? La fonte du pergélisol, ce sol qui était censé rester gelé en permanence et contribuer ainsi au maintien de la température idéale de l'arche végétale à -18°C, à l'intérieur de la chambre forte.

En réaction, la Norvège annonçait le déblocage de 100 millions de couronnes (environ 10 millions d'euros) pour améliorer les conditions de conservation des précieuses graines.

"On veut être sûrs que la chambre forte renfermant les semences reste froide toute l'année, même si les températures continuent à augmenter au Svalbard", expliquait alors à l'AFP le ministre norvégien de l'Agriculture, Jon Georg Dale.

Grâce à cette cure de jouvence, le tunnel d'accès allait être renforcé et un cabanon dressé pour abriter le matériel technique et éloigner ainsi toute source de chaleur susceptible d'accélérer la fonte du pergélisol.

Pour aller plus loin

13h15 le dimanche : Le grenier à graines du Spitzberg. Visite de l'immense réserve de graines construite dans une montagne de la péninsule du Svalbard. Les graines de tous pays, même la Corée, y sont référencées et entreposées sur des étagères. (9 juin 2013) 

Livraison de semences à Svalbard. Reportage de Claire Colnet et Valérie Lucas, sur cette terre entourée par la Banquise, et où les ours blancs vivent en liberté. Une réserve mondiale de semences dont l'objectif est d'assurer la sauvegarde de toutes les variétés... En 2015, des chercheurs syriens sont venus rechercher des semences qui avaient disparues à cause de la guerre… (20 juin 2016)

Rédaction Ina le 24/02/2020 à 15:41. Dernière mise à jour le 24/02/2020 à 16:15.
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