La décapitation du professeur d'Histoire Samuel Paty à Conflans-Sainte-Honorine, vendredi, relance l'affaire des caricatures de Mahomet. Publiées par Charlie Hebdo, elles en avaient fait une cible du djihadisme. Une affaire débutée au Danemark.

Il s'agit de douze dessins satiriques, publiés initialement par le quotidien danois Jyllands-Posten le 30 septembre 2005, puis repris par Charlie Hebdo en 2006. Ces caricatures montraient le prophète Mahomet portant une bombe en guise de turban, ou encore armé d’un couteau flanqué de deux femmes voilées de noir.

"Un dessinateur danois représentant Mahomet en terroriste, coiffé d'un turban en forme de bombe. De l'Algérie au Koweït, les manifestations boycottent, menacent, prennent un peu plus d'ampleur chaque jour. Les autorités danoises sont embarrassées. Le magazine présente ses regrets, mais pas d'excuses."

Le 31 janvier 2006, le Journal de 20 heures de France 2 de David Pujadas consacre un sujet à l'affaire de cette caricature qui enflamme désormais le monde musulman.

Le commentaire décrit les dessins incriminés sur des images de violentes manifestations, "le prophète Mahomet, une bombe sur la tête en guise de turban. Mahomet, un poignard à la main, entre deux femmes voilées. Ces caricatures, publiées il y a quatre mois dans deux journaux danois et norvégien, ulcère les musulmans du monde entier. Dans les rues du Proche-Orient, on brûle les drapeaux danois et norvégien. Des menaces proférées contre les citoyens scandinaves et les appels au boycott des produits danois se multiplient".

Puis suit un microtrottoir, "le prophète est sacré, explique cet Égyptien. C'est lui qui nous a enseigné l'islam. C'est une ligne rouge".

Pour Odon Vallet, historien des religions, les caricaturistes ont brisé un tabou en représentant le visage du prophète. "Dans la tradition musulmane comme dans la tradition juive, il n'y a pas d'images possibles avec un visage humain parce que l'image en grec se dit idole. C'est donc quelque chose qui risquerait de conduire à une adoration d'un homme. Et le prophète Mohammed est un homme très sain, mais ça n'est pas Dieu".

Le journaliste précise, "En réponse des excuses publiées hier par le rédacteur en chef du journal danois, mais pas d'excuses officielles du premier ministre danois, comme le demandent certains pays arabes, le Danemark invoque la liberté d'expression. C'est au nom de cette même liberté que le journal Charlie Hebdo a publié, il y a deux ans, cette caricature de Mahomet : un verre d'alcool et un cigare à la main. Un dessin qui lui a valu des centaines de lettres de menaces".

Philippe Val, alors directeur de la publication de Charlie Hebdo déclare, "Le droit à la caricature, le droit à la représentation, ça fonde presque. Ça fait partie des fondements même de nos libertés. Si on touche ça, tout va être faussé. Tout se fausse dans la société".

"Aujourd'hui, la presse danoise subit elle aussi des menaces, à Copenhague ce soir, le journal qui avait publié les caricatures a dû être évacué. Victime d'une alerte à la bombe" conclut le journaliste.

Rappel des faits

Le 3 février 2006, le 20h00 de France 2 diffuse une chronologie de la publication des caricatures de Mahomet depuis celle du Danemark, le 30 septembre 2005 par le journal Jyllands-Posten. Il avait  publié 12 caricatures pour illustrer un débat sur la liberté de la presse concernant l'Islam.

Fleming Rose, responsable des pages culture dénonce alors une campagne de mensonge organisée au Proche-Orient, orchestrée par des imams qui vivent au Danemark.

Un an plus tard le 6 février 2007, à l'occasion du procès de Charlie Hebdo pour sa publication des fameuses caricatures de Mahomet, intenté par deux des plus importantes associations musulmanes, le 20h00 de France 2 diffuse une nouvelle rétrospective sur les précédents de cas litigieux et blasphématoires.

Pour Philippe Val, "c'est un procès médiéval".

Rédaction Ina le 02/09/2020 à 09:26. Dernière mise à jour le 19/10/2020 à 10:57.
Médias