Depuis l'annonce de la candidature d'Abdul Aziz Bouteflika à l'élection présidentielle, le 10 février 2019 et sa confirmation le 3 mars suivant, les Algériens manifestent pour s'opposer à ce cinquième mandat d'un président qu'ils n'ont pas revu depuis son AVC en 2013. Retour en 1999, date de sa première élection, lorsqu'il promettait de ne pas s'imposer au peuple.

En 1999, l'élection de Abdul Aziz Bouteflika à la succession du président Zeroual provoquait une crise politique et le retrait de six des sept candidats à l'élection, dénonçant les "fraudes" relevées dans les bureaux de vote itinérants, au profit de l'élection de Bouteflika, le seul candidat resté en lice. Face à la crise, Bouteflika déclarait alors qu'il tiendrait compte de l'importance du nombre des électeurs qui se seraient exprimés dans les urnes. 

Quelques heures avant la clôture du scrutin, Abdul Aziz Bouteflika recevait une équipe de France 2. Il acceptait de répondre à l'envoyé Spécial de France 2, Thierry Thuillier, à Alger. Il répondait d'abord à une question sur la crise politique en cours et revenait sur l'abandon de ses concurrents.

"La décision des six est inexplicable pour moi ... par rapport aux enjeux de la République, c'est une absence totale de maturité."

Vous pensiez, avant de vous présenter, que ce serait aussi difficile ?

"Je n'ai pas eu l'impression que c'était compliqué ou difficile. Ce qui est compliqué ou difficile, ce sont des choses que je ne peux pas expliquer. Mais tout ce que je peux expliquer n'est pas compliqué ou difficile. La décision des six est inexplicable pour moi ... par rapport aux enjeux de la République, c'est une absence totale de maturité. J'ai l'impression que c'est un combat de boxe qui s'est terminé par le jet de l'éponge. C'est un K.O. technique. Je ne sais pas, les gens étaient sur un ring et ils ont décidé subitement de ne plus boxer. Abandonner, on donne l'impression d'avoir gagné. Alors ce n'est pas mon problème. C'est quand même un peu fort. Il faut être Algérien pour oser des choses comme ça.

"Je ne suis pas un chercheur de pouvoir, pas plus que quelqu'un qui est atteint de messianisme politique."

Abdul Aziz Bouteflika se remettait alors à la décision des Algériens dans les urnes. Il attendait cependant un soutien sans équivoque des électeurs tout en expliquant qu'il se plierait à leur choix sans oublier de les infantiliser dans ses propos.

"Si je n'ai pas un soutien franc et massif du peuple algérien, je ne suis pas chargé de faire son bonheur malgré lui... Je considère qu'il doit être heureux dans sa médiocrité. Après tout, je ne suis pas chargé de faire son bonheur malgré lui. Je sais rentrer chez moi, c'est ce que j'ai fait pendant vingt ans. Je ne suis pas un chercheur de pouvoir, pas plus que quelqu'un qui est atteint de messianisme politique. Je sais que mon pays a besoin de quelqu'un mais je ne m'imposerai pas au peuple. Si le peuple est bien, ça veut dire que c'est moi qui apprécie mal la situation."

"Quand j'aurai tous les éléments de négociation… je prendrai ma décision."

Face au choix qui s'imposait à lui, il affirmait son indépendance d'esprit et tenait à prendre sa décision seul et sans pression.

Est-ce une décision qui doit être rapide ?

"Quand j'aurai tous les éléments de négociation, je m'enfermerai tout seul dans une pièce et seul, je prendrai ma décision. Et selon le cas, je ferai ou ne ferai aucun commentaire."

Ainsi débutait vingt ans de gouvernance, désormais contestée par les Algériens qui n'ont pas revu leur président depuis 2013, date de son AVC et de sa dernière apparition en public. Abdul Aziz Bouteflika qui a officiellement déclaré sa candidature le dimanche 3 mars 2019 est loin des propos qu'il tenait en 1999 lorsqu'il déclarait "Je ne m'imposerai pas au peuple."

Rédaction Ina le 04/03/2019 à 10:47. Dernière mise à jour le 04/03/2019 à 11:50.
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