Christine Lagarde a été désignée présidente de la Banque centrale européenne (BCE) par les chefs d'Etat réunis en Conseil européen extraordinaire, mardi 2 juillet. Une consécration pour la présidente du FMI et ancienne ministre de l'économie, qui a pourtant construit sa carrière internationale au plus haut niveau dans un autre domaine que celui de l'économie et de la finance : le droit. En 1999, les Français découvraient au JT cette femme qui accédait à la présidence du cabinet d'avocats américain Baker & McKenzie...

L'actuelle présidente du Fonds monétaire international (FMI) depuis 2011 n'est pas la seule femme à accéder à l'un des plus hauts postes de l'Union européenne. Le Conseil a également porté son choix sur l'Allemande Ursula Von der Leyden pour présider la Commission. Enfin, le Belge Charles Michel devrait hériter de la présidence du Conseil, tandis que le socialiste catalan Josep Borrell est proposé pour devenir le Haut représentant des Affaires étrangères.  

Même si ces quatre désignations doivent encore recevoir la validation définitive par un vote du Parlement européen, les dirigeants de l'UE semblent enfin être parvenus à un compromis qui ménage une place de choix au couple franco-allemand. Parmi les nombreuses analyses qui ont accompagné la nomination tant attendue de ces postes de pouvoir au sein de l'UE, certaines voix se font entendre quant à la pertinence de nommer Christine Lagarde à la tête de la BCE. 

Succéder à Mario Draghi et Jean-Claude Trichet

« Christine Lagarde a toutes les compétences et les qualités requises pour diriger la BCE », a jugé Emmanuel Macron qui place ainsi une Française à un poste occupé naguère, pendant deux mandats, par l'ancien gouverneur de la banque de France, Jean-Claude Trichet (2003-2011), avant que celui-ci ne soit remplacé par l'Italien Mario Draghi (2011-2019), qui, lui aussi au cours de deux mandats, aura poursuivi la politique de sauvegarde et de consolidation de la zone euro initiée par son prédécesseur. 

Ne pas être, comme tous ses prédécesseurs avant elle à la direction de la BCE, une banquière centrale, c'est la principale critique que certains spécialistes des questions européennes émettent vis-à-vis de Christine Lagarde.

Une juriste de formation, spécialiste du droit social

Celle qui fut ministre de l'économie de Nicolas Sarkozy entre 2007 et 2011, avant de rejoindre Washington pour occuper le prestigieux poste de directrice du FMI, est en effet une juriste de formation.

Avocate au barreau de Paris, elle travaille pendant vingt cinq ans au département de droit social du bureau parisien du cabinet d'avocats d'affaires Baker & McKenzie, l'un des plus importants et prestigieux au monde. Après y avoir gravi les échelons, Christine Lagarde est nommée en 1999 au poste de présidente, direction qu'elle assume depuis le siège américain du groupe, à Chicago.

C'est la première fois qu'une telle société de juristes est présidée par une femme. Un poste auquel Christine Lagarde parvient sans encombres, tant son professionnalisme et ses qualités sont reconnus de ses pairs. A sa nomination, la nouvelle PDG juge que ce monde hautement compétitif qui est le sien est désormais un « monde dans lequel les compétences priment sur les a priori ». 

Une entrée en politique au plus haut niveau

En 2005, Christine Lagarde fait son entrée en politique en intégrant le gouvernement de Dominique de Villepin comme ministre déléguée au Commerce extérieur. Après l'élection de Nicolas Sarkozy en 2007, elle devient sa ministre de l'Economie et des Finances, un poste qui la place au premier rang de la gestion de la crise financière qui secoue bientôt l'économie mondiale.

En 2007, c'est sous sa responsabilité de ministre de l'Economie qu'un recours est fait à une procédure arbitrale dans le cadre du différent qui oppose Bernard Tapie au Crédit Lyonnais. L'arbitrage débouche sur un versement de 400 millions d'euros à Bernard Tapie, lui valant en 2016 d'être condamnée pour « négligence » par la Cour de justice de la République, avec dispense de peine. 

Après « l'affaire Strauss-Kahn » de 2011 qui conduit à la démission de l'ancien ministre de Lionel Jospin de la direction du FMI, Christine Lagarde le remplace à la tête de la prestigieuse organisation financière internationale, à un moment crucial où l'Europe est engluée dans la crise des dettes publiques.

A ce titre, elle fait partie de la « troïka », avec la BCE et la Commission, qui se penche au chevet de la Grèce, exprimant un avis moins intransigeant que ses partenaires européens, et notamment allemands, en militant par exemple en faveur d'un rééchelonnement de la dette grecque.

Ses nombreuses expériences internationales valent à Christine Lagarde une solide connaissance des arcanes des institutions européennes et de ses acteurs. Appréciée aussi bien d'Emmanuel Macron que d'Angela Merkel, elle constitue un choix politique de premier plan. Le couple franco-allemand parie ainsi sur le succès de ses expériences passées pour pallier à son manque d'expérience des marchés financiers et du fonctionnement très spécifique des banques centrales.

Cyrille Beyer

Rédaction Ina le 03/07/2019 à 12:18. Dernière mise à jour le 30/07/2019 à 12:06.
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