Un libraire a retrouvé les premiers textes de jeunesse de Michel Houellebecq, inconnus jusqu'alors. En 1998, son second roman Les particules élémentaires fait polémique. Pas de quoi le déstabiliser. Dans cette interview, il évoque son état d’esprit d'alors, plutôt cabotin.

"Un monstre non, mais quelqu'un qui dérange, oui" !

Lors de la rentrée littéraire de 1998, un roman fait sensation, Les particules élémentaires, c'est le second livre du discret Michel Houellebecq. Le 10 septembre 1998, le Soir 3 part à la rencontre de cet auteur qui alimente déjà la polémique.

Il reçoit la journaliste à son domicile, installé nonchalamment sur son petit canapé violet. Presque intimidé, il évoque son écriture, la part de lui-même dans ses livres et le sexe…

Sourire charmant, voix empreinte de timidité, le romancier se défend d'être aussi sulfureux que son roman pourrait le laisser penser, "dans la vie je suis connu pour être plein d'humour, un type drôle. Je ne suis pas un monstre !"

Le commentaire souligne cependant l'aspect dépressif de l'écrivain qui paraît ce jour-là plutôt enjoué, "il s'acharne à démontrer que cette fin de siècle est la fin de tout… Du sexe, des illusions et des idéologies…"

Lui, voit plutôt dans son œuvre une tentative d'éclaircissement de ses pensées, "Je fais des choses qui partent dans tous les sens mais j'essaye quand même que ce soit intéressant à lire".

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La journaliste lui pose la question que nombre de lecteurs aimeraient poser, "vous avez vécu tout ce que vous racontez" ?

Un petit sourire amusé s'affiche sur son visage, "ben, heureusement que non ! Il rit, "un peu, un peu. Mais il n'y a pas que la vie dans la vie..." déclare-t-il laissant planer une part de mystère.

La journaliste souligne le pessimisme ambiant de son roman, un pessimisme réel ? "On a l'impression que vous ne croyez plus à la vie, ni au sexe…"

Une fois de plus, l'écrivain qui s'avoue "maniaco-dépressif", répondra par une boutade, "mais si ! Il y a au moins deux passages sexuels dans le livre qui se passent très bien !" plaisante-t-il.

Pour conclure l'interview, la journaliste lui demande, "à quoi croyez-vous" ?

Sans réfléchir, Michel Houellebecq répond du tac au tac, "à la compassion. Parce que ça suffit comme valeur".

Les deux textes de jeunesse qui viennent d'être exhumés proviennent d'une revue fondée par le romancier alors qu'il était étudiant, la revue Karamazov : un poème, Variation 14 et une courte nouvelle d'anticipation, Message de Hensley à Badington. Un exemplaire de cette revue sera présenté la semaine prochaine au Salon du Livre rare.

Rédaction Ina le 10/09/2020 à 11:21. Dernière mise à jour le 10/09/2020 à 11:43.
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