Le Phocéa, l'ancien voilier de luxe de Bernard Tapie, a coulé ce week-end en Malaisie, après avoir été ravagé par un incendie. Visite de ce yacht mythique en 1997, alors qu'il était amarré à Antibes en attente d'un nouveau propriétaire.

Le 14 mars 1997, Thalassa diffuse un reportage consacré au Phocéa. Le navire, alors amarré sur le quai des milliardaires à Antibes depuis trois ans, est en attente d'un nouveau propriétaire. 

Le navire naît en 1976 des rêves du navigateur Alain Colas, promoteur des monocoques géants, qui confie sa conception à l'architecte naval Michel Bigoin. Baptisé Club Méditerranée, le voilier participe à la Transat anglaise de 1976, puis finit oublié à Tahiti après la mort d'Alain Colas en 1978.

Abandonné, rouillé, le navire tape dans l'oeil de Bernard Tapie, en 1982, qui le rachète à la veuve du navigateur et le rebaptise Phocéa. Pour le restaurer, l'homme d'affaires fait à nouveau appel à Michel Bigoin, qui se souvient : « La philosophie de Tapie, c'était de sauver le bateau d'Alain Collas ». Une volonté de conservation, mais également de transformation, pour le « confort » du propriétaire et de ses futurs invités de marque, le puissant voilier va se transformer en hôtel flottant. Sans jamais oublier une « performance » encore « augmentée ». 

Le fier voilier de 72 mètres de long, avec ses 4 mats de 30 mètres de haut, va subir 4 ans de travaux, pour 68 millions de francs. A la clé, un record du monde de la traversée de l'Atlantique en monocoque, en juin 1988. Sous le commandement de Tapie, le navire franchit l'océan avec des pointes à plus de trente noeuds en huit jours, entre New York et la France. Le record datant de 1905 est pulvérisé de quatre jours. 

Après cet exploit sportif, l'homme d'affaires le plus médiatique de France va faire profiter de son bateau à ses invités de marque. Un navire tout en confort, avec son « salon décoré d'une commode Boule et d'un tableau de papillon signé Dubuffet » pouvant se transformer en un clin d'oeil en « boîte de nuit ». Un confort rendu possible grâce à une conception qui rend invisibles tous les câblages et tuyaux nécessaires.  

Au pont inférieur, on trouve « une dizaine de cabines doubles avec chacune sa salle de bains sur mesure, adaptée à la forme de la coque ». Un luxe qui est à l'origine du mythe du Phocéa : « Marbre, or, tableaux de maîtres ont beaucoup fait jaser. Pourtant ce qui surprend à première vue, c'est la relative sobriété du décor. »

Racheté en 1997 par la femme d'affaires libanaise Mouna Ayoub, le Phocéa est racheté par Xavier Niel, puis envoyé en 2013 en Thaïlande pour y subir des réparations. L'actuel propriétaire du bateau demeure inconnu.

Rédaction Ina le 22/02/2021 à 18:26. Dernière mise à jour le 23/02/2021 à 11:15.
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