Il s'appelait Heinz Barth. En 1995, cet Allemand touchait une pension en tant que victime de guerre. Alors que c'était l'ancien bourreau d'Oradour-sur-Glane.

Une situation difficile à expliquer, un malaise, comme le rapporte ce reportage diffusé au JT de France 3 Limoges en 1995. Malaise qui se poursuit aujourd’hui. En France, 54 personnes touchent une pension pour leur action au sein du régime nazi, selon le ministère allemand du travail. Elles seraient plus de 2000 dans le monde. Une gratification qui remonte à une loi allemande de 1951, permettant aux victimes de guerre allemandes de toucher une indemnité. Seules les personnes touchées par une invalidité et qui n'ont pas été condamnées pour crimes de guerre sont censées pouvoir en bénéficier.

C'était le cas de l'ancien bourreau allemand d'Oradour-sur-Glane, Heinz Barth, aujourd'hui décédé. Le 10 juin 1944, 642 habitants d’Oradour-sur-Glane sont tués par les nazis. Il s’agit du plus grand massacre de civils commis par les armées allemandes. En 1992, cet ancien officier subalterne allemand de la Waffen-SS, condamné à la perpétuité par la justice de la RDA en 1983, bénéficiait de cette pension d'un montant de 2850 francs en tant que mutilé de guerre. Une situation qui révoltait les habitants d'Oradour-sur-Glane dont voici quelques extraits diffusés dans le journal de France 3 Limoges en 1995.

"Ce n'est pas normal. Il faut lui enlever la pension."

"Il faut l'ignorer et ne pas lui faire de publicité. On ne devrait pas parler de ces gens-là"

"On devrait faire quelque chose pour les gens comme ça qui touchent une pension pour avoir tué tout le monde. C'est une honte, nous sommes révoltés."

Des témoignages partagés par Robert Hédras, rescapé du massacre d'Oradour-sur-Glane : "Ce qui m'écœure, c'est que les criminels de guerre sont aussi bien considérés si ce n'est plus que les victimes. Je pense que pour les victimes, on les abaisse encore plus." De son côté, Jean-Marcel Darthout, président de l'association des familles des victimes d'Oradour, appelait au calme : "Pas de haine mais il ne faut pas oublier non plus. Je n'ai aucune haine contre cet homme-là, il a été condamné. Restons-en là."

D'anciens nazis ou collaborateurs étrangers du régime d'Adolf Hitler ainsi que des personnes enrôlées de force ont pu bénéficier également de cette pension. Selon le quotidien flamand DeMorgen, 27 belges continuent par exemple à toucher cette pension en 2019. Une pension qui peut aller de 425 à 1275 euros par mois et qui n'est pas taxée par l'Etat belge. 

Heinz Barth, quant à lui, continuera à toucher cette pension jusqu'en 2000 avant de mourir en 2007. En 2019, 1532 personnes en bénéficiaient encore en Europe tandis que 409 en Amérique la touchaient.

                                                                                                                                           Jérémie Gapin

Rédaction Ina le 01/03/2019 à 14:07. Dernière mise à jour le 01/03/2019 à 14:32.
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