En Inde, l'afflux de morts provoqué par la nouvelle vague de COVID-19 engorge les crématoriums car dans ce pays hindouiste, les funérailles consistent essentiellement dans la crémation des corps. Ce reportage réalisé à Delhi au début des années 90 décrit ce rite.

Dans les villes, les bûchers à ciel ouvert se multiplient. Ces crématoriums en plein air, généralement placés près d’un cours d’eau, font déjà partie du paysage indien, mais cette fois-ci, le nombre de morts sature le système et les crématoriums ne parviennent plus à répondre à la demande. A New Delhi, une ville de quelques 20 millions d’habitants, les autorités ont dû ajouter des bûchers supplémentaires, notamment dans des parcs et des stationnements. Les feux brûlent 24 heures sur 24 à certains endroits.

La crémation est une tradition religieuse pratiquée par les Hindouistes qui respectent le Dharma, un ordre universel cosmique, qui confère à l’âme humaine son immortalité, et détermine le cycle des réincarnations. L'hindouisme considère la mort comme un passage. La transmigration de l’âme ne peut se faire qu'à la suite d'un rituel bien précis dont le bûcher est le point central. En Inde, les défunts sont enroulés dans un linceul blanc. Le corps doit être purifié par l'eau, puis le feu. D'abord aspergé, il est ensuite placé sur un brancard surplombant un bûcher. Le feu mettra entre six et neuf heures à transformer le corps en cendres. C'est à ce moment-là, selon la tradition hindouiste, que l’âme quitte l'enveloppe charnelle pour s'élever vers un niveau vibratoire supérieur. Les cendres sont recueillies et seront jetées le plus rapidement possible dans le fleuve Gange, ou un autre cours d’eau.

"Il faut entre 3 et 6 m3 de bois par opération"

Ce reportage de 1993 nous fait suivre la crémation d'un jeune étudiant de 20 ans, mort la veille, et brûlé en plein air dans l'un des nombreux crématoires à ciel ouvert de New Delhi. Le commentaire précise que cette tradition pose un problème écologique à l'Inde par sa "forte incidence sur la déforestation dont souffre le pays". A l'époque, le gouvernement indien tente d'ailleurs de remédier à ce problème en construisant de plus en plus de crématoires électriques ou au gaz, mais la majorité des familles préfère continuer à brûler ses proches en plein air et au bois. Les images s'attardent sur la préparation du bûcher et du linceul du défunt : "Après avoir enduit le linceul de l'huile sacrée et déversé de l'encens sur le corps, la crémation pourra commencer". A Delhi, il existe alors une cinquantaine de crématorium en plein air, "on y brûle cinq à six corps par jour. La crémation durera 48 heures, un proche viendra chercher les cendres qui seront déversées à Bénarès, dans le Gange, le fleuve sacré des Hindous"

Selon les chiffres officiels, l'Inde a enregistré plus de 3 000 décès en 24 heures mercredi 28 avril 2021. Les bûchers, rituel hindou, devraient continuer à se multiplier.

Florence Dartois

Pour aller plus loin :

Trésors : l'Inde fabuleuse. Les rites de la crémation. A Bénarès, présentation des différentes étapes de la crémation et des symboliques de ce rite. (12 avril 1970) 

Un voyage en Inde. Crémation en Inde : le brûleur de morts. Sur les bords du Gange, rencontre avec le détenteur du feu sacré, en charge des crémations. Il explique avoir hérité cette charge de son père. Il rappelle que le prix dépend de la situation du défunt. Images de la purification par immersion dans l'eau puis par le feu. (9 mars 1976) 

Soir 3 journal : des crémations par milliers suite à un séisme qui a fait 15 000 morts (29 décembre 2004)

Quelques funérailles de personnalités indiennes :

Les cendres de Gandhi sont immergées (Actualités Françaises, 1948)

Jawaharlal Nehru (1964) 

Indira Gandhi (1976) 

Rajiv Gandhi (1991) 

Rédaction Ina le 29/04/2021 à 17:44. Dernière mise à jour le 30/04/2021 à 09:14.
Economie et société