Théodore Monod est mort le 22 novembre 2000. Scientifique, naturaliste, biologiste et explorateur, l'érudit aimait à réfléchir sur la condition humaine. En 1992, il proposait de remplacer le PNB par la notion de "bonheur national brut".

Le 27 décembre 1992, dans l'émission Conscience Terre, Théodore Monod développe une idée originale, celle du "bonheur national brut" en lieu et place du Produit national brut (PNB).

"La raison d’Etat, ça permet tout"

"Pour les hommes politiques, 500 ans, c’est l’éternité pour eux. Pour nous, c’est demain matin, 500 ans dans l’histoire de la Terre, de la vie et du Monde. 500 ans... Les erreurs d’aujourd’hui se paieront dans 500 ans bien entendu. C’est dès maintenant qu’il faudrait être raisonnable. Mais je ne crois pas que ce sera facile à obtenir. Mais il faut essayer quand même. Il faut quand même, ne fusse pour l’historien. Il ne faut pas que dans 1000 ans ou 2000 ans, dans 3000 ans, on puisse affirmer qu’il n’y a eu aucune protestation, aucune voix contraire à la raison d’Etat. La raison d’Etat, ça permet tout. Même le terrorisme international, comme on l’a vu il n’y a pas tellement longtemps.

"Je vais demander qu’on essaye de calculer le bonheur national brut"

Alors il y a aussi un autre aspect de la question : il y a une façon d’évaluer la santé économique d’un pays, ça s’appelle le calcul du produit national brut (PNB). Or le PNB, paraît-il, je ne suis pas compétent, mais je crois avoir entendu dire que le calcul du PNB, c’est l’addition de tout ce qui se fait, tout ce qui se produit à l’intérieur d’un pays, nuisances comprises d’ailleurs. On ne peut pas défalquer les nuisances. Ce qui voudrait dire, ce qui est assez pittoresque, c’est que si l’alcoolisme augmentait encore en France […] ça s’inscrirait favorablement dans le PNB. Pourquoi ? Bah parce qu’il faudrait beaucoup plus de jambes de bois, il y aurait beaucoup plus d’accidents automobiles, il faudrait beaucoup plus de flics etc. Alors moi, j’ai une autre idée. Je vais proposer une autre idée. Je vais demander à ce qu’on essaye de calculer le bonheur national brut. Il paraît que c’est très difficile. Et je ne pense pas, on sait jamais, qu’on aille dans cette direction là. Mais ça serait quand même satisfaisant pour l’esprit et pour le cœur, surtout pour le cœur ».

Rédaction Ina le 15/05/2020 à 17:09. Dernière mise à jour le 13/11/2020 à 16:37.
Economie et société