Le pape François a accompli durant trois jours, du 5 au 7 mars, un voyage historique en Irak. Dimanche 7 mars, le Souverain pontife prononçait une prière à Mossoul, ville martyre qui fut la capitale du Califat islamique en 2014. En 1990, cette ville du nord de l'Irak était encore l'un des principaux foyers du christianisme dans le pays.

C'est un voyage d'ores et déjà qualifié d'historique que le pape François a effectué en Irak. Durant trois jours, le chef de l'Eglise catholique a marché « sur les pas d'Abraham » dans le berceau de la civilisation, et sur une terre touchée par le christianisme dès le Ier siècle de notre ère. 

Un déplacement que le Souverain pontife à tenu à honorer malgré les risques sécuritaires et sanitaires élevés dans un pays déchiré par des années de guerre et touché par la pandémie de Covid-19, et auquel ses prédécesseurs Jean-Paul II et Benoît XVI ont longtemps rêvé. 

Dimanche 7 mars, le pape s'est rendu à Mossoul, la grande ville du nord de l'Irak. Devant une église en ruines, le chef de l'église catholique a prié en souvenir des victimes de la guerre en Irak et a condamné sans appel les violences commises au nom de la religion. Le fanatisme, Mossoul ne le connaît que trop bien. Entre 2014 et 2017, Daech installe dans la deuxième ville d'Irak la capitale de son éphémère califat islamique. Maîtres de la ville, les islamistes se livrent à un vandalisme en règle qui a particulièrement ciblé le patrimoine chrétien.

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Le pape François s'adresse aux fidèles à côté des ruines de l'église catholique syriaque de l'Immaculée conception (al-Tahira-l-Kubra) à Mossoul, le 7 mars 2021. Crédit AFP

Le 24 décembre 1990, un reportage d'Antenne 2 s'intéresse à la communauté chrétienne de la ville. Celle-ci représente alors 20% de la population. Les 32 églises cohabitent avec les 104 mosquées. Dans certaines rues, la voix du muezzin se confond avec les psalmodies de la messe. 

Mais en cette fin d'année 1990, six mois après l'invasion du Koweït par l'armée de Saddam Hussein et alors que se profile l'intervention américaine, l'inquiétude pointe chez les Chrétiens de Mossoul. Dans le calme de l'église latine des Dominicains, le père Najib se veut néanmoins rassurant et explique se « sentir chez [soi], comme les autres [les musulmans] se sentent chez eux » : « On a pas peur de pratiquer notre religion. On se sent tout à fait libre dans ce pays ».

Face aux appels au « Djihad » proférés par Saddam Hussein pour fédérer les musulmans contre l'intervention militaire occidentale, le père Najib préfère nuancer : « On [les Irakiens] a jamais parlé du Djihad dans le vrai sens du mot, sinon que pour donner un peu de poids par rapport à ce qu'il se passe actuellement ».

Le religieux préfère mettre en avant le sang versé par les chrétiens pour la défense de leur pays : « Durant la guerre irano-irakienne, les chrétiens ont participé réellement [à l'effort de guerre], ils ont donné beaucoup de martyrs, comme nos frères musulmans. On ne sent pas vraiment la différence dans le sens où on défend notre pays ».

Selon un article publié par Le Figaro en 2019, la population chrétienne a diminué de 90% en une génération, passant de 1,5 million en 2003 au moment de l'intervention américaine à moins de 150 000 en 2019.

Pour aller plus loin : 

En 1990, un reportage de Soir 3 sur la communauté chrétienne de Jordanie, très critique envers l'attitude occidentale vis-à-vis du monde arabe.

Les Fils d'Abraham : En 2000, alors que le pape Jean-Paul II rêve d'un voyage en Irak, Mediterraneo, une collection coproduite par France Télévisions et la Rai, part à la rencontre des Chrétiens de ce pays. 

En 2004, un an après la chute de Saddam Hussein, reportage de FR3 sur les Chrétiens d'Irak, qui représentent alors 3% de la population du pays.

En 2008, après l'assassinat d'un prêtre en plein centre de Bagdad, enquête du JT de F2 sur une communauté « oubliée ».

Cyrille Beyer

Rédaction Ina le 08/03/2021 à 19:03. Dernière mise à jour le 06/05/2021 à 19:05.
Economie et société