Ce mercredi s'est ouvert en Calabre, dans le sud de l'Italie, un maxi-procès historique contre la 'Ndrangheta, l'une des mafias les plus puissantes au monde, qui supplante en influence la Cosa Nostra sicilienne au cours des années 1990. En 1989, une usine de Calabre osait dire non à la 'Ndrangheta.

Plus de 350 personnes, des responsables de ’Ndrangheta, ainsi que des fonctionnaires, des policiers, des entrepreneurs et des élus locaux, sont appelés à comparaître à ce procès hors norme qui se penche sur l'emprise de cette mafia sur le sud de l'Italie, et plus particulièrement la Calabre. Dans cette région, l'une des plus pauvres d'Europe, règne la loi du silence. La mafia y a pénétré les moindres recoins de la société et peu osent braver l'une des mafias les plus puissantes au monde, qui étend ses tentacules sur tous les continents et détient le monopole de l'entrée de la cocaïne en Europe, en collaboration avec les cartels sud-américains.

Créée au XIXe siècle - certains historiens parlant d'origines encore plus anciennes - la ’Ndrangheta pratique principalement au cours du XXe siècle le rapt et le racket dans sa province de Calabre, jusqu'à ce qu'elle commence à investir le marché du trafic international de drogue au cours des années 1980.

Au même moment, la puissante mafia sicilienne, la Cosa Nostra, subit les contre-coups de la politique du chef des parrains Toto Riina qui a voulu défier l'état italien. En réponse, de nombreux mafieux sont condamnés au maxi-procès de Palerme en 1986 et en 1987, tandis que l'assassinat des juges Falcone et Borsalino en 1992 près de Palerme relance les efforts anti-mafia du gouvernement italien.

La ’Ndrangheta commence à faire parler d'elle dans les médias. Le 5 décembre 1989, un reportage d'Antenne 2 s'intéresse à la résistance d'une usine d'eau minérale et de sodas, "La Mangiatorella", située dans les montagnes calabraises, qui refuse son racket et ses intimidations. La direction refuse de payer la « dîme » de « 5 millions de francs », en accord avec les syndicats et tout le personnel. Alors la mafia réagit.

En quelques mois, durant l'année 1987, les réservoirs de l'usine sautent, provoquant des « millions de dégâts ». En août 1988, la ’Ndrangheta fait parvenir une nouvelle menace à l'usine, par lettre : « L'entreprise gagne de l'argent, elle refuse de payer l'impôt, elle doit fermer, la prochaine fois nous ferons chanter les fusils à canon sciés. »

Pour protéger les ouvriers qui sont clairement désignés comme futures cibles, la police décide de les escorter depuis leur résidence jusqu'à leur lieu de travail et « surveille l'usine par des hommes en armes 24h/24. »

L'un d'eux, Cosimo Tassone, évoque une situation désespérée : « La situation est grave. L'Etat ne peut tout de même pas envoyer des carabiniers ou des policiers à chaque type qui a une petite usine [...] C'est pour ça qu'ici, ou les gens payent, ou ils sautent. »

Malgré cette chape de plomb, le directeur de l'usine, Pasquale Frederico, veut rester optimiste : « Si on veut que l'entreprise se développe, si on veut que la région se développe, si on veut que ce pays puisse se développer, alors je crois que c'est la seule attitude possible. »

Mais la violence est omniprésente. Rien qu'en 1989, « la mafia calabraise a tué plus de 300 personnes ».

Choisissant par la suite de faire prospérer ses activités illicites à l'échelle planétaire plutôt que de rechercher une confrontation directe avec les institutions italiennes, la Ndrangheta est parvenue à un poids économique considérable. Selon Wikipedia, reprenant un article du quotidien italien Ilsole24ore, la mafia calabraise aurait généré en 2013 un chiffre d'affaires de 53 milliards d'euros, soit près de 3,4% du PIB italien. 

Rédaction Ina le 13/01/2021 à 19:51. Dernière mise à jour le 13/01/2021 à 20:02.
Economie et société