Octobre 1985, Vital Heurtebize est victime d'un grave accident. Inanimé, il observe son corps allongé sur l'herbe, le poète vit une expérience de mort imminente qui va profondément le transformer. Quatre ans plus tard, il acceptera de raconter les détails de son aventure spirituelle.

Le 15 mai 1989, le Magazine de l'étrange de France Régions 3 Montpellier propose aux téléspectateurs un reportage de Paul-René Di Nitto intitulé Le voyage de lumière. Une enquête sur les expériences de mort imminente (EMI ou NDE en anglais) à travers le témoignage d'un homme, poète de profession, Vital Heurtebize. Une incursion aux frontières de la mort que le fondateur des éditions La Nouvelle Pléiade accepte de raconter pour la première fois à la télévision.

Ce périple, le président de Poètes sans Frontières l'a posé sur le papier dans son recueil de textes intitulé Le jardin du père. Cette expérience de mort imminente est survenue en octobre 1985 à la suite d'un accident. Pendant deux minutes, il est sorti de son corps couché dans l'herbe et l'a observé de l'extérieur.

"Cet homme tranquille qui rentre chez lui dans cette petite maison plantée sur les collines de Fitou, au-dessus des étangs et de la mer latine, se veut d'abord un poète. Mais il n'en est pas moins un homme de responsabilités dans les fonctions officielles qu'il occupe. Cependant, la poésie qui l'habite depuis toujours, il a beaucoup publié, lui a fait porter sur les choses et sur les gens un autre regard. Il y a tout juste quatre ans, un événement indicible s'est produit dans l'existence de Vital Heurtebize. Cet événement qui a changé sa vie, il a gardé longtemps secret, par pudeur, par crainte du ridicule, peut-être, jusqu'au jour où, le poète a pris le pas sur l'homme. Vital Heurtebize raconte cette singulière aventure dans "Le jardin du père".

"j'ai vu mourir mon corps sur l'herbe de la route. Pourquoi ce déploiement ? Et pour qui ce brancard? Ce cadavre, pour moi, ne faisait aucun doute. J'ai vu mes yeux à l'extérieur de mon regard".

Cette phrase, c'est la première strophe d'un poème mais c'est également une histoire vraie qu'il raconte ici avec humilité, presque craintif. "C'était en octobre 1985, j'ai eu un très grave accident. Il faut dire que j'étais à cette époque-là très fatigué et que j'avais des pertes de conscience assez souvent. C'est ce qui m'est arrivé au volant de ma voiture. Donc, je n'ai pas souvenir de l'accident, mais par contre, j'ai le souvenir de ce que je raconte dans ce poème-là".  

Le journaliste rappelle les circonstances de l'accident, "Vous avez perdu le contrôle de votre véhicule. Celui-ci a fait plusieurs tonneaux…"  Vital Heurtebize, le regard perdu dans son souvenir acquiesce et poursuit, "Et puis, je suis allé dans le fossé. Arrive sur ces entrefaites, un couple en voiture dont le mari était docteur. C'est lui qui m'a sorti de la voiture. Il m'aurait ranimé parce que je ne sais pas. On n'a pas pu savoir. On ne sait pas le nom de ce docteur, ni de sa compagne. Il m'a ranimé. Et ma fille qui me suivait en voiture à quelques minutes, est arrivée alors que c'était fini... On n'a jamais pu savoir qui m'avait sorti du véhicule, qui m'avait soigné, mais j'ai été réanimé".

"On ne sait pas non plus le temps qui s'est écoulé entre l'accident et votre retour à la vie ?" lui demande le journaliste.

"On l'évalue à deux minutes puisque ma fille me suivait et quand elle est arrivée, l'accident venait de se passer et on venait de me sortir. La personne lui a dit : Éloignez-vous, ce n'est pas la peine, il est en train de revenir à lui".

"Alors, pendant ces deux minutes. Que s'est-il passé pour vous?"

"C'est ce que je raconte un petit peu là. Effectivement, je me suis vu, aussi curieux et incroyable que cela puisse paraître, je me suis vu couché dans l'herbe comme si j'étais au-dessus de moi !"

Le journaliste insiste, "Vous voyiez votre corps?"

"Absolument, absolument ! Avec même cette personne qui était sur moi en train de s'affairer à me sortir d'affaire... ça se passe un petit peu comme dans un monde d'ombres. Je vois sa silhouette, c'est tout. A la suite de ça, on est comme emporté et je me suis senti vraiment tirer en arrière à une vitesse vertigineuse. Dans une sorte de tunnel. Tout était noir, mais ce n'était pas du tout désagréable. Comme un courant d'air frais qui passait et on est emporté à une vitesse assez vertigineuse".

"Et vous aviez la sensation d'être vivant  ? De n'être plus vivant ?" l'interroge encore le journaliste.

"Ecoutez, quand je repense à ça, je me dis effectivement, je me suis vu mort, mais sur le moment, tout se passe très vite. Enfin, disons que même si vous voulez, je ne saurais pas vous le raconter. C'est après coup qu'on pense à toutes ces choses-là".

Paul-René Di Nitto  lui demande de préciser ce qu'il a observé, "votre corps que vous regardiez de haut peut-être, comment il était ? Ensanglanté ?"

"J'avais la sensation de baigner dans le sang. Or, on m'a dit, tu n'as pas saigné. Et trois semaines après, lorsqu'on est allé récupérer le véhicule, ma veste qui m'avait été enlevée et qui avait été jetée dans la voiture, je l'ai retrouvé, elle était maculée de sang, toute ensanglantée, donc j'avais bien saigné".

"On a l'impression d'avoir franchi certaines limites et d'arriver dans un autre univers..."

"Alors, vous vous êtes senti emporté comme par un tourbillon ?"

Le fondateur en 1961 de la revue L’Étrave confirme, "un tourbillon à une grande vitesse, avec une sorte d'air frais tout autour. Et puis, ça débouche. On voit arriver au loin comme une lumière, une lumière assez intense, d'abord, bleutée, ensuite, très, très blanche, très lumineuse, très intense. Et on entre dans cette lumière d'une manière comme on entrerait dans un monde irréel. On baigne, là, on est bien. C'est ce que je dirais, c'est la plénitude".

Le journaliste lui demande ensuite d'évoquer les personnes aperçues dans la lumière, "Ces personnes qui baignent dans cette lumière et qui paraissent captées mentalement quelque chose comme des paroles, des paroles mentales en quelque sorte ?"

Le poète couronné quatre fois par l'Académie Française confirme, "on a des appels, si vous voulez. Moi, j'appelle ça comme des voix qui appellent, qui vous inviteraient à venir. On est comme accueilli dans cette sorte de monde où on arrive. C'est vraiment une impression de passage. Parce que qu'on a l'impression d'avoir franchi certaines limites et d'arriver dans un autre univers. C'est tout à fait difficile, voire impossible presque à décrire. Moi, ce poème, il ne me plaît pas parce qu'il ne dit que très mal, très mal ce que j'ai connu". 

"Vous n'avez pas parlé à vos médecins de ce qui s'est passé" précise le journaliste, il lui demande pourquoi.

Pesant ses mots, celui qui composera quarante-deux recueils poétiques, s'explique sur ce point visiblement compliqué pour lui, "non. Ben vous savez, j'ai accepté de vous en parler à vous, parce que d'abord, votre émission, que je connais, me passionne d'une part, et puis parce que dans ce cadre-là, si vous voulez c'est vous, on en a l'air… je ne sais pas. Si certaines personnes qui me connaissent m'entendent vous raconter cette histoire, elles vont dire : bon Heurtebize, il n'a plus tout à fait sa tête ! Ce qui n'est pas le cas, croyez-le ! Je suis sain d'esprit. C'est pour ça que je n'en n'ai pas parlé trop. Je me suis peut-être mis à en parler plus, et surtout à mieux gérer et m'y référer souvent, c'est depuis que j'ai eu cette opération et que j'ai eu accès à ce genre de témoignages aussi où j'ai vu que je n'étais pas le seul à avoir vécu ça".

"Nous le prenons comme un fait, comme un fait clinique, comme quelque chose qui s'est peut être passé pour le patient. Mais nous n'avons pas d'explications médicales".

Le commentaire précise ce phénomène courant chez les victimes d'une EMI : le silence de peur de passer pour fou, "ce témoignage n'est pas unique, des malades en traitement, des accidentés ont vécu de telles expériences, mais ils se confient peu. Certains, pourtant, ont parlé à leur médecin de ces visions, entre guillemets, mais les médecins, à quelques exceptions près, ne souhaitent pas engager le dialogue sur ce sujet. Certains admettent pourtant que la mort et la période qui la précède reste pour eux un mystère. Médicalement, un individu est mort lorsque son cerveau n'est plus irrigué au-delà de quatre minutes. Cela dit, les faits sont têtus et nombre de médecins américains, notamment, ont enregistré des témoignages des expériences de NDE, proches de la mort qui défient bien des théories. Pour nous, un chirurgien de Montpellier, le professeur Joyeux, a accepté d'évoquer ce vécu aux frontières de l'invisible, dont certains de ses patients paraissent se souvenir.

"La plupart du temps, ils ne se souviennent de rien. Ils disent "bon, il y a une lacune dans ma vie de quinze jours, de trois semaines, d'un mois. Mais il n'est pas rare quand même qu'il y ait des malades qui se remémorent des états que nous appelons un peu, des états particuliers. Ces états particuliers ce sont des états où effectivement, ils disent qu'ils ont quitté leur corps, qu'ils étaient au-dessus d'eux, qu'ils ont été en correspondance avec parfois des personnes de leur famille qui sont déjà partis depuis quelque temps, qui sont déjà morts depuis quelque temps, comme s'ils avaient été en observation, au-dessus de leur maladie, au-dessus de leur corps. C'est très difficile à interpréter. Si vous voulez, nous sommes obligés de prendre en considération ce qui nous est dit, parce que le malade n'a pas intérêt à mentir. On ne voit pas pourquoi il nous mentirait ou il nous raconterait des histoires, donc nous le prenons comme un fait, comme un fait clinique, comme quelque chose qui s'est peut être passé pour le patient. Mais nous n'avons pas d'explications médicales. Il est encore bien des choses à découvrir. Oui, certainement. Vous savez la recherche, en l'An 6000, on cherchera encore beaucoup de choses, mais on progresse tous les jours. Modestement, mais tous les jours".

"On a pourtant l'impression que quelquefois, les médecins ne veulent pas franchir certaines frontières à partir du moment où on va au-delà de certaines règles bien scientifiques qu'on ne veut pas franchir ce pas ? souligne le journaliste.

Le professeur Joyeux semble quant à lui ouvert et curieux face à cette expérience insolite vécue par certains patients. "Ce n'est pas en tout cas mes objectifs. Moi, je crois qu'il ne faut pas hésiter à chercher et à s'ouvrir toujours vers l'extérieur, même si parfois, on doit se remettre complètement en question. Nous devons nous remettre en question !"

"Nous ne sommes là que pour nous préparer à un recommencement..."

"Depuis ce fugitif rendez-vous hors du temps, Vital Heurtebize est devenu un autre homme, déclare le reporter, ce chrétien […] a puisé dans cette aventure […] de nouveaux ferments d'approfondissement de sa foi. Le spiritualiste et le poète se sont ainsi rejoints dans une méditation nouvelle enrichie par cette lumière venue d'ailleurs, et cette introspection a souvent pour cadre cet ermitage wisigothique.

"C'est un lieu de sérénité, de calme, de paix, j'y viens le plus souvent possible. Je suis reçu par le père François qui m'aime bien aussi. Je viens ici, je pense, j'écris, je suis bien".

Une sérénité qui s'est amplifiée après son aventure, ce qu'il confirme volontiers "Oui, c'est un changement qui s'opère à notre insu. Mais si vous voulez avant, j'avais des comportements, des emportements… même à la limite, on peut regretter certaines choses que l'on a faites, alors que depuis, je vois les choses avec un certain recul. Les êtres aussi, leurs actions. Bon, on est presque prêt à pardonner. Et on voudrait surtout être pardonné soi-même. La vie est un vaste champ d'amour, presque".

"Vous étiez croyant, vous l'êtes resté. Est-ce que vous regardez la vie et l'amour autrement maintenant?"

"Oui. D'abord, la mort ne me fait plus peur. C'est un état. Je veux dire que ça n'a rien d'effrayant. C'est un passage, d'une part. Et puis surtout, c'est un recommencement. Moi, je l'ai vécu comme ça. Ici, nous ne sommes là que pour nous préparer à un recommencement. Je pense que si les gens arrivaient à se faire à cette idée. On aurait sur Terre, entre nous, des comportements autres que ce que l'on peut voir". 

"Est-ce que ce qui vous est arrivé vous a donné envie d'approfondir davantage les choses, d'aller plus loin ?"

"Oui, on a une autre approche donc nécessairement, on a une manière plus approfondie, dans des domaines particuliers, tout de même. Il y a des choses qui nous semble tout à fait puériles, qui ne nous intéressent plus et d'autres dans lesquelles on voudrait progresser".

"On a beaucoup plus de paix, plus de sérénité dans la vie de tous les jours..."

"Est-ce qui vous est arrivé d'en parler avec des gens qui s'intéressent aux religions?"

"Oui, alors eux l'expliquent autrement, selon la religion d'ailleurs, ils ne croient pas à certaines croyances, à l'existence de l'âme. Par conséquent, l'âme ne peut pas aller se balader comme on le dit. D'autre part, d'autres ne croient qu'à la résurrection… Je crois qu'il faut prendre là aussi un peu de recul et aborder ces questions-là avec plus de sagesse et en faisant appel à toutes les formes de pensée, à tous les courants de pensée, à ne pas s'engager simplement dans une manière de voir". 

"Pour vous, il n'y a aucun doute. La vie continue après la mort ?"

"Le passage sur Terre n'est qu'une parenthèse et on doit s'efforcer à être le mieux possible, mais surtout, dans cette optique de ce qui nous attend, et qui vraiment vaut la peine que la vie soit vécue. Il ne faudrait pas surtout pas dire quand on a vécu ce qui m'est arrivé qu'on n'a qu'un désir, c'est de vite s'en aller. Ce n'est pas ça du tout ! Au contraire ! Mais on a beaucoup plus de paix, plus de sérénité dans la vie de tous les jours, dans les actions quotidiennes".

"Et en poussant cette réflexion sur une autre vie. Est-ce que vous avez abordé certains problèmes, par exemple, comme ceux de la réincarnation?

"Oui, vous savez, c'est ce que je laissais un peu percevoir tout à l'heure, selon les modes de pensée ou les courants philosophiques ou religieux, cette perspective de la réincarnation ou de la résurrection est abordée. Moi, personnellement, je crois qu'on a une vie que l'on vit, comme je le dis, dans une parenthèse ici. Et puis, on se prépare à autre chose. Il y a un recommencement. Je dis une éternité. Moi, j'ai soif de recommencement".

"Ce témoignage que vous donnez aujourd'hui. Ce n'est pas facile de le faire passer. Vous avez quand même ce courage. Qu'est-ce qui vous y pousse ?"

"Je crois que pour ceux qui commencent à me connaître, je voudrais leur faire partager, ceux qui ne peuvent pas le partager, ce n'est pas leur faute. C'est ce que je vous disais tout à l'heure, quand dans le quotidien quelqu'un vous a fait mal ou vous fera du mal...? Vous n'avez plus de peine. Moi maintenant, j'ai plus de peine pour lui que pour moi. Je dis : il n'est pas mûr, il ne faut pas lui en vouloir. Le faire partager... Oui, mais tout le monde n'est pas prêt ou je ne sais pas si c'est le terme. En tout cas, ne fait pas la démarche pour partager. Alors, on partage avec qui veut". 

Bio express de Vital Heutebize

Vital Heurtebize, "Militant de la poésie" possède de nombreuses cordes à son arc: président de Poètes sans Frontières- Fondateur de la revue L'Etrave en 1961- Fondateur des éditions La Nouvelle Pléiade - Ancien Président de la Société des Poètes Français- Poète couronné quatre fois par l'Académie Française - Auteur de quarante-deux recueils poétiques.  
Mais encore... Professeur-Inspecteur honoraire, Commandeur des Palmes académiques, Chevalier des Arts et Lettres, Médaille d’honneur de la jeunesse, des sports et de l’Engagement associatif.

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Florence Dartois

Rédaction Ina le 27/08/2020 à 18:33. Dernière mise à jour le 27/08/2020 à 19:02.
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