"C'est un cadeau que je fais à mon fils, à mes enfants en général..." On connait peu le Guy Bedos intime, et notamment le père qu'il fut. En 1980, en compagnie d'Anne Sinclair et d'Elisabeth Badinter, il évoquait sa vision de la paternité qu'il prenait très à coeur, au point d'incarner le modèle du "nouveau père".

Le 23 octobre 1980, Anne Sinclair recevait sur le plateau de l'émission L'invité du jeudi l'humoriste Guy Bedos et la philosophe féministe Elisabeth Badinter. Ensemble, ils évoquaient la paternité, à l'occasion de la sortie du livre de Guy Bedos, En attendant la bombe. Sous la forme d'un journal intime, l'artiste relatait la première année de son fils Nicolas.

Guy Bedos, un "papa poule"

"C'est un cadeau que je fais à mon fils, à mes enfants en général, parce que c'est finalement un chant d'amour paternel. C'est vrai, j'avais envie, j'avais besoin de faire ça. Ça vient aussi du fait que sur scène, je suis voué à être l'affreux Jojo, le type qui dit des horreurs sur tout, y compris les enfants. Mais ce n'est pas faux non plus. Le premier sketch que j'ai écrit pour mon prochain spectacle s'appelle "Putain de gosses" et il n'y a pas à ce point une dichotomie entre les deux personnes : le bon père que je crois être, et puis le type qui explose parce que son gosse l'empêche de dormir, qui l'emmerde et il est très content le père, de ne pas allaiter."

Au cours de la discussion, Elisabeth Badinter souligne que Guy Bedos incarne ces "nouveaux pères aux gestes de tendresse" qui s'occupent vraiment de leur bébé. Guy Bedos se définit comme un "jeune et un vieux père" et décrit l'évolution de son statut de père entre la naissance de sa première fille, qui avait 23 ans à l'époque, et celle de Nicolas. Ils abordent ensemble la question de l'allaitement, de la présence paternelle à l'accouchement "ça me paraissait naturel d'être là (…) avant ça ne se faisait pas." Ils évoquent également la pression sociale pour la présence du père à la naissance ou celle de l'allaitement pour la mère.

Dans ce journal, Anne Sinclair souligne que Guy Bedos commente aussi l'air du temps, son quotidien, son observation de la société et même ses rêves.

Faire rire, un exercice périlleux

Il aborde enfin la difficulté à faire rire, un exercice de plus en plus difficile, "il y a une morale du rire. Il faut savoir de quoi on veut faire rire et qui on veut faire rire. Et il y a une rigolade que je n'aime pas. J'essaye de faire rire avec des choses qui ne sont pas drôles. Ça me paraît important parce que ça venge des tas de gens de ce qui leur arrivent et puis peut-être que quelquefois ça les éclaire un peu. Mais bon, je m'inscris dans une sorte de tradition."

Naître dans un monde en péril

Ce livre, c'est une manière pour lui de fixer quelques moments heureux en attendant "la bombe", le cataclysme. "Toute l'année ça a été ça. C'est l'année de naissance de mon gosse. Bon, je ne veux pas entamer de polémique avec Michel Debré. C'est très gentil de demander aux femmes de faire des enfants mais il faut voir dans quel monde ! Et c'est les mêmes qui votent pour la force de frappe, le nucléaire etc. Je voudrais qu'on m'explique parce que ça me paraît complètement contradictoire !"

Rédaction Ina le 29/05/2020 à 11:21. Dernière mise à jour le 29/05/2020 à 11:27.
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