Afin de pérenniser la culture et les compétences des ninjas japonais, le dernier maître de la discipline vient de lancer une campagne de financement participatif pour ouvrir une école en ligne. Qui sont les ninjas. Quel art martial pratiquent-ils ? Réponse dans ce reportage de 1986, année de son apparition en France.

Jinichi Kawakami est considéré comme le dernier maître ninja au monde. début mai, il a lancé une campagne de financement participatif pour créer une école en ligne. Si son projet aboutit, la future académie Nindo proposera un enseignement à distance, rapporte le site d’actualités japonaises Sora News 24. Les ninjas étaient des mercenaires et des espions japonais, actifs jusqu'à la période d'Edo au 17e siècle. Ils ont toujours suscité fantasmes et fascination. Leurs techniques de combat continuent à être enseignées, il s'agit du ninjutsu. En 1986, cet art martial ancestral faisait son apparition en France.

"Les guerriers de l'invisible, les espions du Moyen-Âge, de tous les corps d'élite livrés par l'histoire du Japon, les plus extraordinaires sont sans doute les ninjas. Leur mission, elle donne froid dans le dos : espionner, saboter, voler, tuer. Ces belliqueux soldats avaient l'art de se battre et pour cela, utiliser le ninjutsu. Il a fait son apparition en France, il y a quelque six mois. C'est un Beauvaisien, Sylvain Guintard, délégué officiel ninjutsu pour la Francophonie, qui l'a importé".

Ainsi débutait ce sujet diffusé le 3 janvier 1986, le JT de FR3 Picardie. Le reportage, tourné à Lans-en-Vercors, présentait les adeptes du ninjutsu lors d'un stage en pleine nature, dans des conditions extrêmes. Entraînements, combats et méditation s'enchaînant en salle et en extérieur. "Aujourd'hui, cet art martial n'est plus destiné à former des guerriers. On peut s'en réjouir. Le but est plutôt d'aboutir à une élévation de l'esprit tout en développant les capacités du corps", précise la journaliste en plateau. Dans une forêt enneigée, des ninjas vêtus de noir et masqués courent vers un objectif inconnu… ils dégainent une sarbacane et soufflent des projectiles vers une planche en bois. D'autres s'exercent au lancer d'armes de jet dont les shaken, étoiles métalliques tranchantes.

"Si les techniques sont inchangées, il n'est plus question de faire de l'espionnage..."

L'histoire des ninjas a traversé les siècles, laissant derrière elle un voile de mystère et de crainte superstitieuse. Ces guerriers de l'invisible viennent du Japon féodal, employés par les seigneurs aux côtés des samouraïs, ils étaient occupés, tels des espions, à des tâches le plus souvent secrètes. En mission, ils utilisaient la ruse et les arts martiaux. De plus, ils savaient parfaitement se servir de toutes les armes blanches. Au Japon, l'enseignement de ninjutsu, l'art guerrier des ninjas, appartient encore à un nombre restreint limité. Sylvain Guitard enseigne la discipline depuis six mois en France. Issu de l'école Togakure (Ryûe), c'est un expert de cet art qui allie techniques de combats et méditation. Le professeur précise que, "les techniques guerrières, comme vous avez pu le constater, sont des techniques qu'on appelle guerrières, rien à voir avec les techniques meurtrières. Donc, il n'est pas question de revenir comme avant. Si les techniques sont inchangées, il n'est plus question de faire de l'espionnage ou du contre-espionnage. C'est un art martial. Donc, au fur et à mesure que la pratique s'intensifie et que la pratique devient de plus en plus dure, eh bien, pour accéder à ce niveau de pratique. On demande aux gens d'avoir aussi un mental qui va avec le niveau de plus en plus dur. Donc, on fait des ascèses et énormément de méditation et c'est une méditation qui est particulière, puisqu'elle est issue de moines guerriers, les Yamaguchi, au Japon".

Les apprentis ninjas doivent être résistants, il précise :"Résistants face à la douleur et surtout à avoir un état d'esprit particulier. Non plus un état d'esprit renfermé sur le soi du combattant : dureté, mais au contraire, une ouverture de cœur".

"Pour faire du ninjitsu, il ne faut pas être fou… mais ça aide !"

Pour se purifier et faire le plein d'énergie, les ninjas pratiquent la méditation et l'ascèse. Parmi ces ascèses, la marche sur les braises ou plus couramment, le passage sous des cascades. Ce jour-là, le thermomètre indiquait +2°C, quant à la température de l'eau, elle n’excède pas les 7 degrés. Sylvain Guitard, entièrement vêtu de blanc pousse un cri, avant de se poster sous la cascade et de recevoir sans broncher les tonnes d'eau glacée. Un jeune "stagiaire", Patrick Cop, décrit son état d'esprit au moment de passer sous la cascade gelée : "Bon, la cascade, on est obligé de s'y jeter parce qu'il y a les autres au départ, et puis la première fois est dure et puis après on ose". La journaliste lui fait remarquer que ça n'a pas l'air très facile et en effet, les images montrent le jeune homme complètement tétanisé... Pour lui c'est la première fois en plein hiver et sous la glace. Il a donc une bonne excuse et un bon grain de folie, ce qu'il dément en plaisantant : "Je ne sais pas. Pour faire du ninjitsu, il ne faut pas être fou… mais ça aide ! Et si on ne l'est pas en commençant, on peut le devenir par la suite. Non, non c'est une blague mais je crois qu'il faut surtout un caractère volontaire. Et vouloir. Et croire en ce qu'on fait".

Quoi qu'il en soit, si vous voulez aider Jinichi Kawakami à monter son école virtuelle. Rendez-vous sur la plateforme Kickstarter. Les Japonais espèrent recueillir 44 779 €, mercredi 2 juin, la cagnotte avait déjà dépassé les 8 000 €.

Florence Dartois

Pour aller plus loin :

12-13 Côte d'Azur : démonstration de ninjitsu à Antibes. (19 juin 1989)

Dimanche Sports : les ninjas de Saintes. Sujet consacré à Bernard Bordas pratiquant l'art martial "ninja". (2 février 1992)

Rédaction Ina le 27/11/2020 à 12:32. Dernière mise à jour le 07/06/2021 à 16:54.
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