Les ninjas possèdent leur journée internationale, chaque année, c'est le 5 décembre. Qui sont-ils ? Quel art martial pratiquent-ils ? Réponse dans ce reportage de 1986, année de son apparition en France.

Les ninjas étaient des mercenaires et des espions japonais, actifs jusqu'à la période d'Edo au 17e siècle. Ils ont toujours suscité fantasmes et fascination. Leurs techniques de combat continuent à être enseignées, il s'agit du ninjutsu. En 1986, cet art martial ancestral faisait son apparition en France.

"Les guerriers de l'invisible, les espions du Moyen-Âge, de tous les corps d'élite livrés par l'histoire du Japon, les plus extraordinaires sont sans doute les ninjas. Leur mission, elle donne froid dans le dos : espionner, saboter, voler, tuer. Ces belliqueux soldats avaient l'art de se battre et pour cela, utiliser le ninjutsu. Il a fait son apparition en France, il y a quelque six mois. C'est un Beauvaisien, Sylvain Guintard, délégué officiel ninjutsu pour la Francophonie, qui l'a importé".

Le 3 janvier 1986, le JT de FR3 Picardie propose donc un reportage tourné à Lans-en-Vercors où des adeptes du ninjutsu participent à un stage en pleine nature, dans des conditions extrêmes. Entraînements, combats et méditation s'enchaînent en salle et en extérieur.

"Aujourd'hui, cet art martial n'est plus destiné à former des guerriers. On peut s'en réjouir. Le but est plutôt d'aboutir à une élévation de l'esprit tout en développant les capacités du corps", précise la journaliste en plateau.

Dans une forêt enneigée, des ninjas vêtus de noir et masqués courent vers un objectif inconnu… ils dégainent une sarbacane et soufflent des projectiles vers une planche en bois. D'autres s'exercent au lancer d'armes de jet dont les shaken, étoiles métalliques tranchantes.

"Si les techniques sont inchangées, il n'est plus question de faire de l'espionnage..."

"L'histoire des ninjas a traversé les siècles, laissant derrière elle un voile de mystère et de crainte superstitieuse. Ces guerriers de l'invisible viennent du Japon féodal, employés par les seigneurs aux côtés des samouraïs, ils étaient occupés, tels des espions, à des tâches le plus souvent secrètes. En mission, ils utilisaient la ruse et les arts martiaux. De plus, ils savaient parfaitement se servir de toutes les armes blanches. Au Japon, l'enseignement de ninjutsu, l'art guerrier des ninjas, appartient encore à un nombre restreint limité. C'est pourquoi, en France, il y a seulement six mois que Sylvain Guitard, issu de l'école Togakure (Ryûe), enseigne le ninjutsu, un art qui, aujourd'hui allie techniques de combats et méditation".

Le professeur précise que "les techniques guerrières, comme vous avez pu le constater, sont des techniques qu'on appelle guerrières, rien à voir avec les techniques meurtrières. Donc, il n'est pas question de revenir comme avant. Si les techniques sont inchangées, il n'est plus question de faire de l'espionnage ou du contre-espionnage. C'est un art martial. Donc, au fur et à mesure que la pratique s'intensifie et que la pratique devient de plus en plus dure, eh bien, pour accéder à ce niveau de pratique. On demande aux gens d'avoir aussi un mental qui va avec le niveau de plus en plus dur. Donc, on fait des ascèses et énormément de méditation et c'est une méditation qui est particulière, puisqu'elle est issue de moines guerriers, les Yamaguchi, au Japon".

"Donc on demande aux gens qui pratiquent le ninjitsu d'être aussi résistants face à la douleur ?", lui demande la reporter.

"Résistants face à la douleur et surtout à avoir un état d'esprit particulier. Non plus un état d'esprit renfermé sur le soi du combattant : dureté, mais au contraire, une ouverture de cœur".

"Pour faire du ninjitsu, il ne faut pas être fou… mais ça aide !"

"Pour ne pas devenir des fous de ninjutsu, mais aussi et surtout pour se purifier et faire le plein d'énergie. Les ninjas pratiquent méditation et ascèse. Parmi ces ascèses, la marche sur les braises ou plus couramment, le passage sous des cascades. Ce jour-là, le thermomètre indiquait +2°C, quant à la température de l'eau, elle n'excèdait pas les 7 degrés", précise le commentaire.

Sylvain Guitard, entièrement vêtu de blanc pousse un cri, avant de se poster sous la cascade et de recevoir sans broncher les tonnes d'eau glacée.

Après l'exercice, la journaliste l'interroge, "Ça vous apporte quoi de passer sous la cascade ?"

Il répond "D'une part, la santé. Il n'y a jamais d'accident si c'est bien fait".

Un jeune "stagiaire", Patrick Cop, décrit son état d'esprit au moment de passer sous la cascade gelée.

"Bon, la cascade, on est obligé de s'y jeter parce qu'il y a les autres au départ, et puis la première fois est dure et puis après on ose". La journaliste lui fait remarquer que ça n'a pas l'air très facile et en effet, les images montrent le jeune homme complètement tétanisé...

Il remarque que "c'était la première fois que j'en faisais en hiver. C'est tout à fait différent sous un soleil de plomb ou avec de la glace autour de soi…".

La journaliste insiste, "tu ne crois pas qu'il faut être un peu fou ?".  "

Le jeune homme souriant lui répond en plaisantant, "je ne sais pas. Pour faire du ninjitsu, il ne faut pas être fou… mais ça aide ! Et si on ne l'est pas en commençant, on peut le devenir par la suite. Non, non c'est une blague mais je crois qu'il faut surtout un caractère volontaire. Et vouloir. Et croire en ce qu'on fait".

Pour aller plus loin

12-13 Côte d'Azur : démonstration de ninjitsu à Antibes. (19 juin 1989)

Dimanche Sports : les ninjas de Saintes. Sujet consacré à Bernard Bordas pratiquant l'art martial "ninja". (2 février 1992)

Florence Dartois

Rédaction Ina le 27/11/2020 à 12:32.
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