Le résultat du concours "La Maestra" organisé à la Philharmonie de Paris est dévoilé ce vendredi. Cette première édition du Concours est exclusivement réservée  aux femmes. Douze cheffes d'orchestre ont été choisies parmi plus de deux cents candidates. Son instigatrice est Claire Gibault, l'une des rares cheffes d'orchestre professionnelle en France. Première femme à diriger à la Scala de Milan, elle est aujourd'hui à la tête du Paris Mozart Orchestra.

Le but de ce concours est de faire connaître et d’accompagner des femmes cheffes d’orchestre.

Le 7 janvier 1982, le JT Antenne 2 Midi dressait le portrait de Claire Gibault, qui dirigeait alors l'Orchestre de Chambéry et de la Savoie.

En plateau, Claire Gibault évoquait sa carrière, la direction d'orchestre et sa formation de Chambéry qui jouait notamment dans les usines. Après avoir visionné un reportage dans lequel elle dirigeait son orchestre, Philippe Labro l'interrogeait sur les difficultés pour une femme à exercer cette profession très masculine. Souriante, la musicienne ne souhaitait pas alors dresser un panorama trop sombre de la situation, au contraire.

"Claire Gibault, ce que l'on vient de voir là, il y a une harmonie très précise, effectivement, et un rapport tout à fait agréable entre vous et vos musiciens. Mais vous avez, pour arriver au stade auquel vous accédez aujourd'hui, sans doute connu et vécu des moments difficiles. Car j'imagine que, comme dans toute autre profession ou presque, le fait que vous étiez une femme qui essayait d'exercer un métier qui jusque il n'y a pas tellement longtemps, a été exercé par des hommes vous a posé des problèmes? Ou je me trompe "?

Avec un ton posé, la musicienne tempère, "oui ça pose d'abord des problèmes d'identité pour soi-même parce qu'on n'a pas de modèle. Et puis, quand on choisit ce métier à l'adolescence, c'est en complète inconscience des véritables difficultés et des responsabilités. Et puis, au début du métier, qu'on soit homme ou femme, on est tellement angoissé et concentré sur ses propres problèmes, ce qui est très nuisible, parce que c'est un métier où on doit être entièrement tourné vers les autres et je dois être beaucoup plus attentive aux problèmes de mes musiciens. Et c'est un métier de communication où on est sans arrêt en train d'échanger. C'est évident qu'au début, avec les problèmes techniques qu'on peut avoir, ce manque de maturité affective fait qu'on est quelquefois gaffeur. Et puis, ça s'apprend les relations avec une collectivité, c'est une des choses les plus passionnantes, les plus difficiles. C'est presque une sorte d'ascèse par moments"

Philippe Labro s'étonne qu'elle n'évoque pas d'avantage la question de la relation homme-femme dans son domaine d'activité, "Oui, mais vous semblez effacer le problème du rapport homme-femme" !

"Oh, franchement, si j'en ai eu.  Mais est-ce que c'était exactement dû au fait que je sois une femme ? Qu'est ce qui appartenait au fait que je sois un jeune chef d'orchestre ? Il y avait tellement de données. Et puis les mauvais souvenirs, on n'aime pas toujours les rappeler".

Georges Bégou aborde avec elle la question de la supposée force physique qui serait nécessaire à un directeur d'orchestre,  "en tout cas, parmi les données, il y a celles de la force physique. Parce qu'on peut se dire : Claire Gibault, très bien ! Une femme peut diriger une formation de 42 musiciens. Mozart très bien ! Pas de problème, mais pour Wagner ou Berlioz c'est autre chose. Il insiste, il faut vraiment une force physique importante" ! 

Cette fois, Claire Gibault dénie ce cliché trop souvent véhiculé à son goût.

"Oui, il faut une force physique. Mais il faut une grande résistance nerveuse surtout. Je trouve que franchement, les danseuses ont beaucoup plus de résistance physique que n'importe quel chef d'orchestre. Il ne faut pas mythifier là-dessus".

Philippe Labro revient sur la question de la très faible représentativité des femmes dans sa profession, "non, mais quand même, il y a une chose que je remarque, que je retiens, vous dîtes que vous n'avez pas eu de modèle. Il n'y a pas eu de précédent. A partir de quand il y a eu quelques femmes chefs d'orchestre en France ou ailleurs"? lui demande-t-il.

"Depuis quand même une cinquantaine d'années ! Il y a eu Eddie Salkin, une genevoise et puis, il y a eu un orchestre féminin pour lequel Albert Roussel a écrit une Sinfonietta, c'était en 1920. Il y a actuellement, avant moi au Conservatoire, il y a une femme qui a eu, je crois, une dizaine d'années avant moi, un premier prix de direction d'orchestre qui est Aviva Einhorn et qui est aussi journaliste à Europe Numéro 1. Et puis, on en connaît quelques-unes actuellement"

Les journalistes lui de mandent de préciser, insistant bien sur la faible proportion de femmes, "il y en a à peu près combien ? Trois en plus de vous en France ? Quatre au total "?

"Oui, mais il y en a d'autres aussi que je ne connais pas. Maintenant, dans tous les cours de direction d'orchestre, il y a quelques jeunes femmes. Et puis, à l'étranger, il y a beaucoup de choses. Ecoutez au Métropolitan Opéra de New York, il y a quelques semaines, c'était une femme qui dirigeait toute les représentations, aussi bien La Bohème, Rigoletto, tous les grands opéras du répertoire et Verdi et Wagner" !

Selon les chiffres de la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques, en France, les cheffes d’orchestre ne représentent que 4 % des effectifs. Au niveau mondial, la situation est identique, avec seulement 48 orchestres symphoniques permanents dirigés par des femmes, sur 778 (soit 6 %). En France sur les 30 orchestres permanents, il n'y a qu'une femme nommé depuis le 1er septembre 2020, Debora Waldman. 

Pour aller plus loin

Voir tout le reportage 

Comté actualités : concours de jeunes chefs d'orchestre de Besançon : Claire Gibault et Guy Condette. Extraits du concours de Claire Gibault et Guy Condette, lauréat du concours des non professionnels. Depuis 19 ans, le concours récompense chaque année deux chefs d'orchestre : un professionnel et un non professionnel. Cette année-là, 35 candidats se présentaient. Claire Gibault arrivait en demi-finale (3 septembre 1969) 

Chemins de la musique : Nadia Boulanger : comment ressent-on la musique ? Echange entre Louis Leprince-Ringuet et Nadia Boulanger sur la perception de la musique, son interprétation, et l'analyse de l'écriture du Kyrie d'Igor Stravinsky. (29 octobre 1973) 

Chemins de la musique : Nadia Boulanger : le don de l'expression d'une œuvre. Nadia Boulanger s'adresse à ses élèves sur ce qui fait une bonne interprétation : le fait d'être "doué", d'avoir une bonne technique, et surtout de transmettre toute la "lumière" d'une oeuvre. (12 novembre 1973) 

F2 Le Journal 13H00 : Claire Gibault, cheffe d'orchestre. L'orchestre de l'Opéra de Lyon est dirigé par Claire Gibault, une des rares femmes chef d'orchestre. (20 avril 1996) 

Samedi avec vous : La voix est libre-Grand Paris. Zahia Ziouani. Laura Massis reçoit comme invitée Zahia Ziouani, chef d'orchestre et pour la sortie de son livre "D'une rive à l'autre" Elle parle de son l'actualité et de son travail de Chef d'orchestre Zahia Ziouani a étudié la direction d'orchestre auprès du Maestro Sergiù Celibidache. Depuis 1998, elle dirige l'orchestre Symphonique Divertimento réunissant 70 musiciens de la région Ile de France, et en est la directrice musicale. En 2007, elle est nommée premier chef d'orchestre invitée de l'orchestre National d'Algérie. Elle est également chef d'orchestre associée de l'ensemble Instrumental Densités 93. Très sensible aux problématiques d'accès à la culture de tous les publics, Zahia Ziouani se consacre à des actions et projets ambitieux permettant de sensibiliser les publics à la promotion de la musique symphonique et lyrique. Elle est associée à la direction artistique et pédagogique du projet DEMOS (Dispositif d'éducation Musicale à vocation Sociale). (9 mai 2015)

Rédaction Ina le 17/09/2020 à 15:14.
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