Le comité de 150 citoyens qui a travaillé sur le climat a présenté ce dimanche ses 150 propositions au gouvernement, parmi celles-ci, la diminution de la vitesse sur autoroute à 110km/h. 74% des Français seraient contre. Une réflexion déjà menée en 1979…

Les trois quarts des Français (74%) sont opposés à l'abaissement à 110 km/h de la vitesse maximale sur autoroute, selon un sondage Odoxa-Dentsu consulting pour franceinfo et Le Figaro publié jeudi 25 juin.

Le 29 mai 1979, le Journal de 20H d'Antenne 2 diffusait une enquête sur les conséquences d'un éventuel projet du gouvernement de réduction de la vitesse à 110 km/h sur les autoroutes face aux risques de pénurie de pétrole.

"Depuis l'avènement du gaspi, les conducteurs devraient avoir les yeux rivés sur ce compteur qui indique la consommation instantanée de leur voiture. Réduire la vitesse de 130 à 110 km/h sur autoroute et de 90 à 80 km/h sur route, cela relève de l'économie draconienne. Le jeu en vaut-il la chandelle? Les autorités n'en sont pas convaincues puisqu'elles viennent de démentir ces rumeurs de nouvelles limitations." Précise d'emblée le commentaire.

Henri Lévy, le PDG de Elf France souligne les possibilités d'économies d'énergie que l'on pourrait ainsi réaliser : "Si une telle décision était prise, le profit pour le pays pourrait atteindre annuellement 300000 m3 ou plus de 100 000 tonnes de carburant. C'est un chiffre considérable. Pour fixer les idées, avec 200 000 tonnes de fioul domestique, donc 200 000 tonnes de pétrole. Vous pouvez chauffer quelque chose comme tous les logements d'une ville comme Toulouse ou Bordeaux, 300.000 habitants."

Le commentaire poursuit, "Aujourd'hui dans le monde, la vitesse est un peu partout limitée. L'exemple des Etats-Unis est le plus important puisqu'elle est fixée à 96 km heure, presque dans tous les États. En Grande-Bretagne, elle est 110 sur autoroute et de 96 sur route. En Italie, la vitesse est modulée en fonction de la cylindrée. En Allemagne Fédérale, en revanche, elle est libre sur autoroute, est fixée à 100 km heure sur route. Les contrôles en France, mobilisent des forces importantes qui pourraient difficilement faire face à de nouvelles mesures".

Ce que confirme le commandant Nicolas de la direction de la gendarmerie sur les problèmes que cela poserait à la gendarmerie. 

"Il est certain que si on devait appliquer avec rigueur cette nouvelle réglementation, on le ferait bien sûr, encore qu'avec rigueur, certainement pas. Il faut, comme toujours, tenir compte des circonstances locales et notamment de la bonne foi des gens. Mais il faudra là faire un peu plus de service, car qu'actuellement, ce qui pour nous, posera quelques problèmes".

Peu d'enthousiasme donc du côté de la gendarmerie, le journaliste poursuit : "Si de nouvelles mesures devaient être prises, mise à part les conducteurs, ce sont bien sûr les constructeurs qui seraient touchés. Ils n'hésitent d'ailleurs pas à le faire savoir. Pour eux, ce serait un faux problème. Les voitures françaises consomment aujourd'hui moins que ne devront consommer les voitures américaines en 1985. En quelques années, les moteurs à performances égales se sont montrés moins gourmands de 10%."

Pour Marc Ouin, vice-président de la chambre syndicale des constructeurs français, ce serait un risque pour la construction automobile.

"Les voitures particulières en France ne consomment que moins de 15% du total des produits pétroliers qui sont consommés dans ce pays. La vitesse représente bien-sûr quelque chose là-dedans, mais on arriverait à une économie absolument ridicule, avec en regard de cela, des risques vraiment très sérieux de caractères économique et social sur le fonctionnement de l'industrie. J'ajoute que l'automobile à elle seule, par ses exportations, paye la moitié de la facture pétrolière française. Alors mettre à mal cette industrie, c'est également quelque chose qui mérite réflexion".

Et le journaliste visiblement perplexe de conclure : "en fait, même si elle a été démentie, cette information aura au moins suscité une réaction psychologique. Les autorités craignent que les réserves de fioul lourd ne soient pas reconstituées d'ici au mois de septembre. L'hiver risque d'être froid dans les appartements. Il faut d’ores-et-déjà s'y préparer. Quant aux nouvelles générations de voitures économes, elles ne verront pas le jour avant sept ou huit ans. La solution d'ici là est peut-être de faire peur…"

Rédaction Ina le 19/06/2020 à 18:35. Dernière mise à jour le 26/06/2020 à 10:08.
Economie et société