La projection du film Apocalypse Now Final Cut, en présence de Francis Ford Coppola, clôture le Festival Lumière 2019 à Lyon. Remontons le temps pour retrouver le réalisateur à Cannes en 1979. A l'époque, en compagnie de ses producteurs, il évoquait la fabrication et le financement de ce projet fou.

Apocalypse Now, réalisé par Francis Ford Coppola, est sorti en 1979. Ce film est une adaptation libre de la nouvelle de Joseph Conrad, Au cœur des ténèbres (Heart of Darkness), parue en 1899. Ce film retrace l'épopée du capitaine Willard à la recherche du colonel Kurtz dans le Vietnam en guerre. Après l'un des tournages les plus éprouvants de l'histoire du cinéma, Coppola défend son film à Cannes où il est en compétition. Il considère déjà son film comme un chef-d'œuvre... Ici en compagnie de ses producteurs et distributeurs, il raconte comment il est parvenu à financer ce film titanesque. Bien avant le "crowd founding", le cinéaste était parvenu à réaliser un financement (15 milliards de francs) plutôt avant-gardiste !

"Sans cette formule de financement original, nous n'aurions jamais pu faire ce film. Tout ça parce que nous avons eu tellement d'ennuis, tellement de pépins, tellement de catastrophes pendant le tournage. Le film lui-même a été une véritable guerre.

Coppola souligne que ce "multi-financement a sauvé le film : "Et normalement une grande compagnie aurait dit : "ça va comme ça arrêtez les frais". Mais comme j'avais le contrôle du film grâce aux distributeurs européens, orientaux, et bien j'ai pu le continuer. Le reste, c'était mon argent et on a pu continuer et le terminer".

Et, à ses yeux, le pari est gagné !

"Et c'était exactement le film que je voulais faire à ce moment de ma vie et j'en suis très fier. Je pense moi que ce film est une œuvre d'art. J'ai pu faire le film que je voulais. Il aura du succès ou pas, ça nous le verrons dans l'avenir. Mais je crois profondément que dans cinq ou dix ans on parlera encore de ce film alors qu'il y en aura des tas d'autres dont personne ne se souviendra."

Le réalisateur plaisante ensuite sur le fait qu'il a promis à tous ses producteurs et diffuseurs de venir personnellement présenter le film dans leur pays.

D'ailleurs, un distributeur grec qui a importé 17 000 films explique en français que c'est le plus grand film qu'il ait jamais vu. Il exhibe fièrement le contrat dans lequel Coppola s'engage à venir assister à la Première en Grèce. Le cinéaste confirme : "Oui, oui, je viendrais partout !"

Se tournant vers la caméra, à l'image d'un réalisateur sur un tournage, il s'exclame : "Cut" pour stopper le reportage mais le cameraman continue à tourner. Coppola fait alors mine de partir. La caméra le suit… il s'étonne : "Il ne coupe toujours pas !" Le réalisateur plaisante en s'adressant au cameraman : "Ecoutez, je suis un homme marié. Vous devez couper" et il saisit une femme qu'il fait semblant d'embrasser. Toute l'assistance s'amuse de ce petit jeu : "Il ne veut pas couper !" Et de conclure : "Vous savez ce que ça coûte une pellicule ?" C'est sur cet argument pécuniaire que s'achève ce reportage original.

La conférence de presse à Cannes

Salle des fêtes : conférence de presse à Cannes de Francis Ford Coppola avec ses enfants. Il raconte la réaction d'un ancien vétéran du Vietnam qui préconisait d'aller voir le film pour se rendre compte de ce qui s'était passé là-bas. Il veut que le spectateur, en sortant du film, ait eu l'impression d'avoir vraiment vécu cette guerre. A noter, un gros plan sur Sofia Coppola, future réalisatrice de "Lost in Translation". (26 mai 1979) 

Conférence de presse de Francis Ford Coppola pour "Apocalypse now". (En anglais non traduit et non sous-titré) Le cinéaste donne une conférence de presse, entouré de ses enfants et prédit la transformation du cinéma qui va devenir "électronique" : "in my opinion, the cinema is the most potent force in modern times..."...."the cinema would be electronic, it would be digital... and it will create dreams and hallucinations of the future, of the world." Il s'interroge ensuite sur la possibilité de faire un film sur l'ambiguïté sans être ambigu : "Le film est une notion de l'intelligence qui nous gouverne… Un lien entre l'homme primitif qui est en nous et l'homme divin". Son film évoque en quelque sorte la philosophie du bien et du mal telle que l'envisage Nietzsche : "C'est l'histoire d'un homme qui va au-delà de l'humanité, qui va trop loin et qui est détruit. C'est un acte sacrifitionnel". Son désir était que l'Amérique regarde cette horreur en face et qu'elle accepte que ce soit son reflet : "Yes, it is my face !" Et seulement à partir de ce moment-là, elle pourra évoluer vers un nouvel âge : "We're talking about a new age in the world!"

Ce film n'est pas un simple film de guerre, c'est un voyage métaphysique où il veut entraîner le spectateur. Il est parti d'un film de guerre dont le spectateur a l'habitude, et l'a pris par la main pour l'emmener dans un endroit où il n'est jamais allé. C'est de cette manière qu'il a fait le film : Il a commencé par un film classique de guerre, puis il est passé par des étapes de plus en plus étranges et inconnues. Il veut que le spectateur fasse le même voyage initiatique que lui. (Actualités de FR3, 19 mai 1979)  

Le film a obtenu, entre autres distinctions, la Palme d'or du Festival de Cannes 1979.

Pour aller plus loin

Présentation d'Apocalypse now à Cannes. En compétition au festival de Cannes, le film de Francis Ford Coppola fait couler beaucoup d'encre. Résumé du film et extrait d'une conférence de presse où Coppola explique que son équipe et lui-même sont devenus fous, comme ses personnages, lors du tournage. (JT dernière de TF1,19 mai 1979) 

Microtrottoir dans le JT de Normandie de FR3 en janvier 1980.

Ciné regards : Pierre Salinger à propos du tournage de folie du film "Apocalypse now". "Plus ils avançaient dans la jungle, plus ils devenaient fous…" (23 septembre 1970) 

Ciné regards : Pierre Salinger raconte le propos du film. (23 septembre 1970) 

Présentation au festival de Cannes de la version "Director's cut" remontée du film avec 53 minutes supplémentaires. (JT de 20h00 de France 2, 11 mai 2001)

Florence Dartois

Rédaction Ina le 09/10/2019 à 14:27. Dernière mise à jour le 18/10/2019 à 09:28.
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