Partout en France les policiers jettent leur menottes au sol pour marquer leur opposition à la décision du ministre de l'Intérieur d'interdire désormais l'usage de la technique de l'étranglement lors d'une interpellation. Une technique apprise lors de leur formation. Découvrons comment on formait les policiers dans les années 1970... direction Reims.

Y aurait-il un problème de formation ? Comment se pratiquait-elle autrefois ? Quelles étaient les pratiques d'immobilisation et de défense enseignées aux policiers dans les années 1970 ? En 1979, le journal télévisé de TF1 réalisait un reportage dans les emprises de l'Ecole de police de Reims.

A l'époque, il était de coutume d'appeler les policiers "gardiens de la paix", à l'instar du lancement de ce sujet : "Les rapports avec les gardiens de la paix, les agents, comme on a coutume de les appeler couramment, ne sont pas toujours aussi bons que le public le souhaiterait. Il est bien évident que la tâche des gardiens de la paix au milieu des échappements de voitures, dans les grandes agglomérations, le fait qu'ils soient dehors par n'importe quel temps ne prédispose pas toujours à la bonne humeur. Mais, on a souvent tendance à citer en exemple l'Angleterre, où les policiers et la population semblent beaucoup mieux s'entendre qu'en France. A qui la faute? On dit souvent qu'il s'agit d'un problème de formation. Jean-Pierre About a donc mené sa petite enquête à l'Ecole de formation des policiers."

Sur des images d'élèves en marche réglementaire, le journaliste précise quelques chiffres sur la promotion 1979, "Cette année, la police nationale a formé 3.000 élèves gardiens de la paix dans six écoles à Paris, à Châtelguyon, à Vannes, à Sens, à Fos-sur-Mer et ici A Reims. Ces 3.000 gardiens de la paix, dont 50 femmes, ont été recrutés à l'issue d'un concours où se sont présentés près de 50.000 candidats. Le niveau des élèves se situe entre le BEPC et le baccalauréat."

"Pour qu'il y ait légitime défense, il faut  qu'il y ait d'abord agression."

En salle de cours, une jeune femme définit la légitime défense, "Pour qu'il y ait légitime défense, il faut  qu'il y ait d'abord agression. Il faut que cette agression soit réelle. Il faut qu'il y ait une nécessité actuelle de se défendre ou de défendre autrui."

Le commentaire poursuit : "la formation s'étend sur neuf mois : cinq mois de scolarité, quatre mois de stage. Au cours de sa scolarité, l'élève gardien de la paix reçoit une formation générale et juridique. On lui apprend à faire face à toutes les situations dans lesquelles il va se trouver en contact avec le public."

"Ce n'est pas un métier de répression, mais plutôt de protection."

Hors du cours, le journaliste interroge l'une des 50 recrues féminines sur l'image du policier dans la société, malheureusement négative selon elle, "le policier est là pour taper sur les gens ou pour mettre des timbres-amendes alors que ce n'est pas du tout ça".

Le journaliste interroge encore, "est-ce que vous pensez que le gardien de la paix est un citoyen comme les autres ou bien qu'il a davantage de droits que les autres citoyens ?"

Un jeune policier lui répond, "Ben non. C'est un citoyen d'accord, mais qu'il ait d'avantage de droits, certainement pas ! Tout au contraire, c'est à dire qu'il faut qu'il se conforme à certaines règles. Il doit donner l'exemple aux autres citoyens".

La jeune femme enchaîne, "ce n'est pas un métier de répression, mais plutôt de protection. Nous apprenons à aider les gens à résoudre leurs problèmes".

Sur des images d'exercices, le journaliste poursuit sa description de la formation reçue par les policiers : "au cours du stage, les professeurs de l'École des gardiens de la paix organisent des rallyes, c'est-à-dire que les élèves sont confrontés à des situations qu'ils ne connaissent pas à l'avance. Par exemple, ces trois gardiens de la paix en patrouille aperçoivent une estafette dont la conduite leur semble bizarre. Ils doivent l'intercepter et vérifier l'état du conducteur en pratiquant un alcootest. Au cours de ces travaux pratiques, le professeur note la manière dont les gardiens de la paix se sont présentés, leur comportement. Si l'alcootest a été bien effectué. En cas d'accident, les élèves gardiens de la paix apprennent à dévier la circulation, à organiser les secours aux blessés et à effectuer des mesures pour établir un constat. Des gardiens de la paix interviennent également lorsque l'ordre public est troublé. Ils doivent juger rapidement de la situation. On leur apprend qu'ils n'ont pas le droit à l'erreur. Cette année, 188 policiers ont été exclus ou révoqués à la suite de ce que l'on a appelé des bavures, c'est à dire des erreurs d'appréciation."

"Il faut que nous évitions la bavure à tout prix !"

Dans son bureau, Claude Martinez, le directeur de l'Ecole de police de Reims donne sa définition de la bavure policière : "la bavure est une erreur qui est commise dans le cadre de la fonction, comme une erreur que pourrait commettre un autre fonctionnaire ou un autre agent de n'importe quel corps de métier. Il est certain que chez nous, dans la police, cela ne pardonne pas parce que bien souvent, c'est lourd de conséquences. Il faut que nous évitions la bavure à tout prix !"

Sur des images d'exercices d'arrestation, le journaliste poursuit : "à l'école des gardiens de la paix, les officiers apprennent aux élèves à affronter la nouvelle criminalité. Le gardien de la paix est le plus exposé puisqu'il ne sait pas lorsqu'il intervient, s'il a affaire à d'honnêtes citoyens ou à des gangsters. Cette année, 15 gardiens de la paix ont été tués et 835 ont été blessés dans l'exercice de leur métier."

Claude Martinez définit ensuite les qualités inhérentes aux bons policiers : "d'abord, il faut qu'ils fassent preuve de sang-froid et il faut qu'ils en arrivent à faire le distinguo entre l'honnête citoyen, qui n'aura pas marqué l'arrêt à une de leurs injonctions et par contre, le malfrat lorsqu'il se manifestera et lorsqu'il tire sur les policiers. Si les policiers et les gardiens de la paix répondent, ils doivent répondre dans de bonnes conditions parce qu'il est en état de légitime défense, et si les malfrats n'hésitent pas à tirer sur des gardiens de la paix, je crois qu'en retour, le gardien de la paix doit être apte à répondre coup pour coup et surtout répondre dans les meilleures conditions de sécurité pour lui-même."

Retour en entraînement, où les policiers apprennent les bases de la self-défense. Dans la salle de tir, l'ambiance est à la concentration comme le souligne le commentaire. Ici plus qu'ailleurs, la rigueur n'est pas en option. "Les élèves doivent être en parfaite condition physique au cours de leur scolarité. Ils sont initiés par des moniteurs à la self-défense et au maniement des armes. Tir de précision, tir instinctif, on leur apprend à faire usage de leurs armes avec le maximum de précautions pour eux et surtout pour les autres chambres à canon".

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"On n'entre pas dans ce métier de policier pour être aimé…"

Claude Martinez aborde à présent les difficultés du métier de policier auxquelles seront confrontés les élèves à leur sortie de l'école : "Ils entrent chez nous pour faire un métier, un métier difficile et qui n'est pas toujours facile à réaliser, ayant un rôle répressif. " Le directeur cherche des mots choisis pour décrire leurs responsabilités avant de poursuivre : " lorsque le gardien de la paix intervient pour relever une contravention, évidemment, il n'est pas toujours aimé. Mais on n'entre pas dans ce métier de policier pour être aimé. Je crois que ce qui est le plus important à mes yeux, c'est de faire son métier le plus honnêtement possible, de le bien faire. Et puis, le reste suit. La population, le public admet certains inconvénients qui peuvent résulter d'actions de police si ces actions sont parfaitement justifiées et si elles ont pour but l'arrestation d'un malfaiteur ou une autre action de police qui améliorera leur sécurité d'une façon générale."

Le journaliste conclut à son tout en soulignant le rôle protecteur de la police dans la société, "le gardien de la paix a pour mission essentielle de veiller à la sécurité des Français face à une criminalité croissante. Il a également un travail répressif qui lui donne souvent l'impression d'être mal aimé par la population."

Florence Dartois

Rédaction Ina le 12/06/2020 à 12:07. Dernière mise à jour le 12/06/2020 à 12:22.
Economie et société