Samedi dernier, la cathédrale de Nantes a été victime d'un incendie qui a complètement détruit son grand orgue du 17e siècle. En 1972, un autre feu l'avait ravagé. Après six ans de travaux, l'édifice religieux retrouvait son lustre. Visite.

28 janvier 1972, un incendie détruit partiellement la cathédrale de Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Nantes (Loire-Atlantique) dont la clé de voûte était plus grande que celle de Paris. A l'origine du sinistre, des travaux de chalumeau dans le transept nord de l'édifice. En l'espace d'une heure un foyer localisé sous le toit nord détruit la charpente. Le bilan est lourd : la charpente entièrement brûlée, la couverture effondrée et la nef du 15e siècle gravement endommagée.  Les Nantais sont catastrophés.

Une longue restauration de six ans débute. Ce reportage diffusé dans l'émission Reflets du 13 avril 1978 nous dévoile la cathédrale plus belle que jamais après sa restauration.

Un grand nettoyage a été entrepris et a permis à l'édifice de retrouver une seconde jeunesse. Par la mise en oeuvre de méthodes comparatives et historiques, la cathédrale resplendit d'une beauté jamais atteinte.

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"Il y a six ans de cela et aujourd'hui, il n'y paraît plus rien à l'extérieur ni dans la partie de la nef ouverte au public. Six ans de travaux qui ont redonné à cette cathédrale du 15ème siècle une beauté à laquelle, en fait, elle n'avait jamais atteint", précise le commentaire.

"Nous pensons qu'à la fin des travaux, nous aurons un ensemble exceptionnel, de grande qualité et esthétiquement très intéressant"

"Ces travaux de restauration sont effectivement très importants, bien qu'ils ne soient sans commune mesure avec les travaux consécutifs aux bombardements après la guerre. Ici, nous avons eu des dégâts très importants dans la mesure où la charpente et la couverture n'existaient plus. La charpente a entièrement brûlé et la couverture était donc effondrée. Mais heureusement, les voûtes qui sont très solides, n'ont pratiquement pas souffert de l'incendie, alors que dans la plupart des grands édifices qui ont été bombardés pendant la guerre, les voûtes étaient effondrées et une partie des murs, des tours même étaient très endommagés. Alors qu'ici ce n'est pas le cas. Donc ce sont des travaux importants qui se situent entre les travaux de restauration habituels que nous faisons, des travaux de restauration de charpente-couverture, par exemple, et les travaux consécutifs à des gros dommages de guerre", déclare Jean-Claude Groussard, conservateur général des bâtiments de France sur des images des équipes affairés à restaurer les lieux. 

Il poursuit, "nous sommes satisfaits parce que les travaux sont très bien faits, qui sont qui sont excellents et qu'ils donneront à la cathédrale un visage qu'elle n'a sans doute jamais connu, car depuis le 15ème siècle, que la nef est construite, elle n'a certainement jamais connu de grand nettoyage comme elle a connu après notre intervention. Et le chœur est un chœur récent qui date du 19ème et qui n'a jamais été complètement terminé. Nous pensons qu'à la fin des travaux, nous aurons un ensemble exceptionnel, de grande qualité et esthétiquement très intéressant, car il aura été entièrement nettoyé et pratiquement remis à neuf.

"Ces structures ont tenu parce que ce sont des voûtes du 17ème siècle qui sont beaucoup plus épaisses que les voûtes que l'on construisait au 13ème."

Sur un air joué par le grand orgue de la cathédrale et des images de la nef, le commentaire précise, "hormis la charpente entièrement refaite à neuf, l'essentiel des travaux de restauration a porté sur les voûtes de la cathédrale, dont les pierres ont souffert lors de l'incendie. Et c'est le plus spectaculaire, sur la réfection des joints et le nettoyage des parements intérieurs qui ont fait ressortir la merveilleuse blondeur du tuffeau". 

Pierre Prunet, architecte en chef des Monuments Historiques explique pourquoi les structures ont tenu lors de l'incendie, "ces structures ont tenu parce que ce sont des voûtes du 17ème siècle qui sont beaucoup plus épaisses que les voûtes que l'on construisait au 13ème. Il est certain que si on avait eu des voûtes minces, telles qu'on les conservait à la grande époque de la construction gothique, nous les aurions perdues.  Le journaliste l'interroge : "l'art gothique est un art d'équilibre, une architecture d'équilibre. C'est un équilibre fragile ?"

L'architecte confirme, "qui dit équilibre, dit forcément fragilité. À partir du moment où un événement intervient dans l'équilibre d'un monument. Cet équilibre étant rompu, il y a forcément création de désordre ou d'effondrement. En fait, ça n'a pas eu lieu ici parce que cet équilibre n'a jamais été rompu du fait, comme je vous l'ai dit, de l'épaisseur des voûtes qui ont bien résisté au choc de l'incendie".

Des images nous transportent à présent dans la nouvelle charpente, "elle est composée de voiles refends en béton armé formant des murs coupe-feu et de panneaux préfabriqués en béton armé, avec chevronnages de chêne et une couverture d'ardoises d'Angers. Désormais, toutes les précautions semblent bien avoir été prises contre le feu, ajoute le commentaire sur des images d'ouvriers à l'ouvrage. Les travaux se poursuivent sur les voûtes du transept et du chœur. C'est la partie non ouverte aux fidèles. Il s'agit, comme cela a été fait sur la voûte de la nef centrale, de remplacer les pierres endommagées par le feu en 1972. Même les joints utilisés ici sont les mêmes qu'au 15e siècle, un mélange de chaux grasse et de sable. Le journaliste ajoute, "la pierre de Bourré, ce tuffeau qui constitue le parement intérieur de la cathédrale, résiste mal aux ans. Pierre Brunet a demandé en 1966 la réouverture d'une carrière de tuffeau situé à Saint-Cyr-en-Bourg, dans le Maine-et-Loire. Et depuis cette date, c'est cette pierre qui est utilisée avec des résultats satisfaisants par une entreprise nantaise qui a retrouvé, à quelques machines près, les gestes des tailleurs de pierres des constructeurs de cathédrales. Maurice Menguy, natif du Gard modèle, cette pierre tendre depuis le début de la restauration de la cathédrale Saint-Pierre. Son métier, dont il est l'un des derniers représentants, l'a mené à travers la France, de cathédrales en églises romanes, sur la plupart des grands chantiers de restauration. Et ses outils, les ciseaux, herminette, gouge, le maillet, ce sont les emblèmes des compagnons du Moyen-Âge. Avant d'utiliser ce tuffeau du Maine-et-Loire, plusieurs essais avaient permis d'éliminer d'autres pierres, notamment le tuffeau d'origine de Bourueil, la pierre de Sireuil et la pierre de Richemont. Des jeux de multiples ornementations de la cathédrale, dégradés par l'âge et la pollution, ont été renouvelés. Des moulures, pignons, balustrades, fenestrages, des meneaux ou encore des pinacles, toute cette dentelle de pierre blanche caractéristique de l'art gothique. Malheureusement plus atteinte ces dix dernières années que depuis les quatre siècles précédents.

"Le grand orgue n'a absolument pas souffert de l'incendie..."

Le commentaire évoque ensuite les grandes orgues, mis en place au 17ème siècle, ils n'ont "absolument pas souffert de l'incendie. Et cela grâce à une particularité des voûtes de la première travée de la nef. Leur épaisseur exceptionnelle avec une couverture de schiste scellée directement sur l'extrado, c'est une technique qui était courante en art roman mais unique ici pour du gothique tardif".

Le journaliste aborde ensuite la restauration de la nef, "la restauration des clés de voûte de la nef et des collatéraux illustre bien le genre de difficultés que peut rencontrer un architecte des monuments historiques. Dans la nef, quatre clés manquent. Elles n'ont pas été refaites, en grande partie à cause de l'absence de document descriptif. Dans le collatéral sud. Les nouvelles clés reproduisent celles du 15ème siècle. Mais dans une chapelle de ce collatéral sud, la clé a été fabriquée en fils et plaques de cuivre, solutions originales pour suggérer l'ancienne clé qui figurait, elle, la couronne d'Anne de Bretagne. Quant aux autres clés de voûte dans la partie encore en travaux, il faudra changer celles qui sont fissurées. La restauration doit donc mettre en oeuvre plusieurs méthodes comparatives et historiques.

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"Restaurer, c'est l'acte par lequel on consolide et on permet à un monument de survivre"

L'architecte explique ensuite en quoi consiste une restauration, "la restauration ça a fait l'objet de longs exposés au moment du colloque qui s'est tenu à Paris sur la Charte de Venise l'année dernière. En fait, c'est l'acte par lequel on consolide et on permet à un monument de survivre. En un mot, nous recevons un patrimoine, dégradé, quelquefois affecté par l'usure du temps, par les insultes des hommes, par les sinistres, par les incendies, par les guerres et ce patrimoine, il nous arrive évidemment dans un état comme un grand malade. Nous sommes un petit peu des médecins et nous devons lui donner son maximum de chances de survie. C'est ainsi en restaurant que l'on a pu sauver. C'est ainsi que Viollet-le-duc a sauvé Vézelay et qu'il a sauvé de très grands monuments français".

"Pierre Prunet, est-ce qu'il y a un lien psychologique pour vous entre l'oeuvre de vos prédécesseurs et les architectes qui ont travaillé dans cette cathédrale et vous même ce que vous y faites depuis 14 ans maintenant ? lui demande le journaliste.

"Oui, bien sûr, confirme l'architecte, c'est même un lien qui est très précieux parce que sans ce lien, je pense que l'on ne comprendrait rien à l'oeuvre que l'on est chargé de restaurer. Je pense que le fait d'avoir étudié sinon la vie, du moins le travail de ceux qui m'ont précédé, est ici absolument capital pour essayer de comprendre ce qu'ils ont fait donc pour essayer de restituer leur pensée".

"Justement, quels documents aviez vous à votre disposition pour rester fidèle à ce que ces architectes avaient conçu à l'époque"?

"Les documents, nous en avions beaucoup plus que sur le château d'ailleurs, nous en avons très peu. Les documents consistent dans une série de relevés qui ont été faits par un architecte nantais au début du 19ème siècle, qui sont de très beaux plans, des ensembles, des dessins, des coupes et qui montrent la cathédrale avant la construction du chœur. C’est-à-dire, qui présente le monument roman, la chapelle, l'abside romane tel que l'ont connu les gens du 19ème, et notamment Mérimée qui est passé en Bretagne au moment de la démolition de cette abside et il écrit dans ses rapports : l'abside romane de la cathédrale de Nantes est en cours de démolition et cela se fait dans l'indifférence générale"

Sur des airs joués par l'orgue, le commentaire conclut, "curieux destin que celui de cette cathédrale Saint-Pierre de Nantes, sur laquelle des milliers d'hommes auront travaillé pendant près d'un demi millénaire. Depuis 1434, lorsque les six pierres angulaires des porches ont été posées sous la direction de Guillaume de Don Martin, le premier architecte de l'édifice. Aujourd'hui, l'oeuvre n'est pas achevée et les pierres de cette cathédrale n'ont jamais été aussi vivantes"

Pour aller plus loin

Coulisses : avant l'inauguration de la cathédrale de Nantes. 13 ans après le terrible incendie qui ravagea la charpente, le curé, père Michel Bonnet présente sa cathédrale et notamment l'importance de son orgue et de son organiste Félix Moreau. Enfin les préparatifs pour l'inauguration continuent et on assiste aux répétitions de la chorale de Nantes. (3 mai 1985)

Magazine : restauration de la cathédrale de Nantes. 13 ans après l'incendie de la cathédrale Saint-Pierre de Nantes, les travaux de restauration s'achèvent.Retour sur l'histoire de cet édifice, la catastrophe de 1972 et la restauration intérieure et extérieure qui a suivie. Interviews du Père Michel Bonnet, de l'organiste Félix Moreau, et de l'architecte en chef des monuments historiques Pierre Prunet. (17 mai 1985)

19/20  JT soir Pays de la Loire : les 30 ans de la cathédrale incendiée. En 1972, la cathédrale de Nantes était ravagée par un incendie. Le toit est parti en fumée. Cette cathédrale avait subi auparavant 2 autres incendies. (28 janvier 2002)

Florence Dartois

Rédaction Ina le 20/07/2020 à 10:17. Dernière mise à jour le 20/07/2020 à 14:45.
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