Une hausse des naissances de jumeaux dans le monde s'observe depuis plusieurs années. La gémellité, une relation souvent fusionnelle, à l'image de ce duo de soeurs inséparables, rencontré à Dourdan en 1977.

L'augmentation du recours à la PMA et le nombre des grossesses tardives, seraient deux des explications possibles de cet envol des naissances de jumeaux. Une hypothèse avancée par les chercheurs dans la revue spécialisée Human Reproduction"Plus de 1,6 million de paires de jumeaux naissent chaque année dans le monde", soit "près d’un bébé sur 40", selon cette étude publiée le 11 mars 2021. Depuis trente ans, le taux des naissances de jumeaux est passé de 9,1 à 12 pour 1000 accouchements.

Le 30 octobre 1977, pour sa rubrique La Lorgnette, diffusée dans Dimanche Martin, Pierre Bonte se rend à Dourdan, une petite ville située à quarante-quatre kilomètres au sud-ouest de Paris dans le département de l’Essonne. Il a rendez-vous avec deux demoiselles, de charmantes et inséparables jumelles de 88 ans.

Alice et Juliette Baubion vivent dans un appartement cosy où tout se décline par deux : les manteaux, les chapeaux et même les figurines de chat en porcelaine… Alice et Juliette sont de vraies jumelles nées en 1889, "l'année de l'inauguration de la tour Eiffel" précise fièrement Juliette avant d'ajouter, "ma mère est passée dessous et deux jours après nous naissions !"

Le duo partage les mêmes pensées, les mêmes goûts. Elles racontent une anecdote concernant un procès dans lequel elles devaient témoigner… au grand dam du juge qui n'arrivait pas à les différencier : "Alors je me suis représentée confie Alice, "il en était stupéfait." Juliette ajoute, "c'était l'hilarité, le président et puis les avocats, oh oh, oh !" Une belle pagaille dont l'évocation amusait toujours les sœurs ce jour-là. 

"Nous avons trouvé même un bigame !"

Inséparables, elles ne se sont jamais mariées, "et nous avons eu beaucoup de demandes" avoue malicieusement Alice, "des dentistes à Paris et même un avocat voyez-vous. Mais nous ne pouvions pas nous séparer…" Juliette ajoute sérieusement, "nous avons trouvé même un bigame ! Un monsieur qui était tailleur de diamants. Alors il voulait mais, Ah non, non !!"

Le 15 juin 1977, les jumelles avaient été invitées à l'Elysée par Valéry Giscard d'Estaing. Un événement relaté par le journal Le Monde. Alice visiblement très fière relate la rencontre d'une vie : "Nous avions la place d'honneur. Moi j'étais à gauche du Président de la République à table." Juliette déclare, "et moi, la présidente de la République à ma droite"

Alice se souvient de sa conversation avec le président à propos de son récent voyage en Egypte : "Mon président, est-ce que la présidente a bien supporté le climat ? Alors, il m'a dit : "Oui, oui." Elle lui demande ensuite s'il a été bien accueilli ? Il lui répond : "très bien accueilli, avec enthousiasme et l'on m'a bien écouté…"

"C'est la mort qui nous séparera"

Dans la rue, Pierre Bonte rejoint des deux dames devant l'église où elles ont été baptisées. Elles lui précisent qu'elles sont nées "le 12 mai et nous avons été baptisées le 14 mai".

Alice et Juliette étaient aussi des pianistes émérites dans leur jeunesse, "nous jouions du piano, toujours à quatre mains…", leur piano a dû être vendu et elles repensent à cette époque avec nostalgie : "Quand nous sommes revenues de la guerre de 18, nous n'avions pas d'argent… oh nous avons pleuré ! C'était notre passion ! C'était la musique. Oh le piano ! Et la danse… Et la danse… Et la danse… Oh, ce que nous avons pu danser !"

De retour à leur domicile Pierre Bonte remarque que tout est en double chez elle : les chaises, les lits, les bijoux… "et nous couchons ensemble…". "Dans le même lit ?" interroge le journaliste. En chœur, elles acquiescent "Ah toujours, toujours. Mais nous ne nous sommes jamais quittées monsieur, précise Alice, nous couchons ensemble, pourtant nous avons des lits individuels". Elle réaffirme avec force : "Nous ne nous sommes jamais quittées ! Jamais ! Nous nous quitterons à la mort, évidemment. C'est la mort qui nous séparera. Nous ne demandons qu'une chose monsieur, c'est de mourir ensemble." Juliette abonde dans son sens, "ça serait bien ! Disparaître le même jour ce serait parfait… la main dans la main. Parce que celle qui resterait monsieur, elle serait malheureuse, elle mourrait d'ennui". 

Florence Dartois

Rédaction Ina le 12/03/2021 à 11:40. Dernière mise à jour le 12/03/2021 à 15:49.
Economie et société