Philippe Bouvard, né le 6 décembre 1929, a longtemps été un pilier incontournable des médias. Hyperactif, il cumulait alors les casquettes de journaliste, écrivain, humoriste et présentateur…. En 1977, il se dévoilait dans un autoportrait original.

Le 30 avril 1977, pour l'émission L'homme en question, Philippe Bouvard se livre à un exercice périlleux, celui de dresser son propre portrait. Dans ce monologue caustique, sans faux-semblant, mais avec une bonne dose d'humour et d'autodérision, l'homme des médias nous entraîne dans le tourbillon de son quotidien, entre plateau télé, scène de théâtre, maison d'édition et studio radio... Un vrai marathon !

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"A la télévision, ce qui est drôle, c'est de regarder les gens vous regarder à la télévision…"

Pour débuter cette incursion, la caméra suit le journaliste dans sa DS équipée en bureau, avec bar et télévision intégrée. Il y travaille pour ne pas perdre de temps dans les embouteillages parisiens explique-t-il. Dans son bureau à France Soir, il déclare : "contrairement à ce que des esprits chagrins écrivent : je ne suis pas le journaliste le mieux payé. Je suis seulement celui qui travaille le plus."

Petit détour ensuite par son bureau au théâtre Michel. On y joue sa pièce : Au Plaisir Madame. Sans flagornerie, l'auteur précise que : "C'est une pièce conçue pour divertir le public."

Plus tard, le voilà qui arrive chez ses éditeurs : "si je suis un mauvais père, un mauvais mari, un mauvais fils, un mauvais journaliste, un mauvais citoyen, un mauvais confrère, je dois être un bon auteur… entendez par là que je livre ponctuellement et à domicile." Il apporte cette fois-là les manuscrits de Et si je disais tout et de Lettre ouverte aux hypocrites.

"Je ne possède aucun diplôme, alors pour compenser, je possède une bibliothèque..."

A son domicile, nous découvrons son immense bibliothèque. Autodidacte, Philippe Bouvard précise : "je ne possède aucun diplôme, alors pour compenser, je possède une bibliothèque avec beaucoup de livres. Je reçois une dizaine de bouquins tous les matins mais ceux que je préfère, on ne me les envoie jamais… Cette bibliothèque est aussi un rêve d'enfant."  Autre particularité du lieu : une échelle qui lui permet d'accéder aux rayonnages du haut, où il a placé un ouvrage de Massillon "que tout bibliophile sérieux possède mais ne lit jamais…."

Ses œuvres à lui représentent : "15 kilos et 11 livres. Mais, il ne se considère pas comme un homme de Lettres pour autant, il ironise : "Même si j'arrive un jour à passer le cap des 50 livres publiés, je ne serai toujours pas écrivain mais seulement un journaliste qui rédige parfois des articles de 300 pages".

La camera s'arrête un instant sur une table de poker qui trône au milieu de la pièce, le journaliste confie : "Sur cette table j'ai longtemps perdu tout ce que j'avais gagné à mon bureau... et puis j'ai supprimé le poker comme le reste."

Pour se ressourcer, direction la Normandie où il possède une maison de campagne avec un immense terrain à l'utilité bien particulière : "la seule façon d'oublier qu'on sera un jour six pieds sous terre, c'est de faire pousser des légumes et du gazon… enclave bénie où les tracteurs remplacent les détracteurs…" Un havre de paix qu'il partage avec sa femme et son chien Miel, chien abandonné qu'il a recueilli et sur lequel il confie : "c'est un ami. Un ami sûr et pas encombrant. Il ne m'avais jamais jusqu'à aujourd'hui demandé de parler de lui."

"Je fais de la télévision comme je vais chez le dentiste..."

Retour à Paris, à RTL où il fait de la radio depuis plus de 10 ans. Les ondes lui permettent : "de montrer mon âme sans montrer mon visage".

Ce boulimique de travail officie aussi dans un hebdomadaire, à l'Express : "seul moyen de prendre un peu de recul et… de ne pas aller au plus simple, au plus évident ou au plus facile. Pendant 25 ans, j'ai écrit sans réfléchir, alors j'essaye maintenant, parfois, de réfléchir sans écrire."

Direction les studios de télévision où il anime alors l'émission L'Huile sur le feu : "La télévision, c'est à la fois mon point fort et mon point faible." Un point fort car la télé a un impact immédiat et massif et un point faible  : "car je ne suis pas vraiment fait pour la télévision… parce que je n'ai pas d'aisance et que dès que la petite lumière rouge s'allume, je me sens un autre. Je fais de la télévision comme je vais chez le dentiste parce que je peux respirer un grand coup chaque fois que c'est fini. Parce que c'est chaque fois un combat que je livre plus contre moi-même, que contre ceux que professionnellement, je suis chargé d'agresser. J'ai eu longtemps le trac, je ne l'ai plus depuis que ma présence l'inflige aux autres…. Pendant 50 minutes, je vais être un autre et vivre dans un rêve."

"Je ne veux pas que vous pensiez… qu'ayant choisi le surmenage comme la forme la plus rentable du suicide, je suis un garçon qui ne se pose pas de questions."

Il termine ce portrait par une auto-interview : Philippe Bouvard, vous aimez-vous ? Tout le monde dit et répète que vous êtes méchant ! Vous vous attaquez volontiers à plus faible que vous ? Quel est votre rêve ? "Vivre aussi vieux et longtemps que mes victimes. J'y suis presque parvenu… " Quelle est votre devise ? Avez-vous des "nègres" ? Pourquoi exhibez-vous des signes extérieurs ? Aimez-vous l'argent ? Pourquoi écrivez-vous n'importe quoi ? Pourquoi travaillez-vous 14 heures par jour ? Essayez-vous parfois de vous faire pardonner de ce que vous gagnez ? Etes-vous vraiment un ambitieux ? Peut-on vous confier un secret ? Vous souciez-vous du qu'en dira-t-on ? Pourquoi appréciez-vous autant les plaisanteries de mauvais goût ?

Pourquoi m'avez-vous accordé cet entretien ?

Rédaction Ina le 04/12/2019 à 15:01.
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