« Breton était un garçon, plutôt gros, il se donnait beaucoup d’importance, c’était un homme comme un autre, à part son activité liée aux tableaux, […] je n’ai rien remarqué en lui d’important […]. Je pense que le surréalisme n’a aucune valeur, aucune […] ; pourquoi voulez-vous que j’aime les peintres surréalistes, moi j’aime les peintres anciens ! »

Qu’on se le dise, Giorgio de Chirico, peintre italien né en Grèce en 1888 et décédé à Rome en 1978, fut un artiste surréaliste… jusqu’en 1928 ! Et plus après ! Car le groupe surréaliste, qui fut subjugué par sa modernité, par sa première période dite « métaphysique » des années 1910, qui l’inspira tant, le rejeta par la suite. En 1926, André Breton, le « pape » des surréalistes, qualifiait ainsi l’attitude de Giorgio de Chirico de sa manière abrupte : « Chirico, en continuant de peindre, n'a fait depuis dix ans que mésuser d'un pouvoir surnaturel… Cette escroquerie au miracle n'a que trop duré ». Le jugement était sans appel : Giorgio de Chrico, d’inspirateur du mouvement surréaliste, était devenu largement indésirable au sein de ce cercle d’artistes établis principalement à Paris et symbolisant la nouvelle modernité artistique européenne.

Giorgio de Chirico, de la métaphysique moderne à l'étude des classiques...

Au cours des années 1920, Giorgio de Chirico s'intéresse de plus en plus à la peinture classique. Italien d'origine, ayant passé toute sa jeunesse en Grèce, il voit dans ce patrimoine classique un sommet de l'art occidental qu'il tente, non de prolonger, mais d'étudier. Il rompt ainsi radicalement avec sa première période « métaphysique » qui semblait, par sa modernité, rompre avec tout héritage traditionnel. C'est ce retour à « l'ancien » qui provoque l'incompréhension de ses contemporains, et notamment des surréalistes. Dans cette interview de 1964, il déclarait aimer autant ces deux périodes de sa carrière, ajoutant que de toute façon, ses contemporains « ne comprenaient rien et n'aimaient pas l'art moderne ». 

« Je crois même que Cézanne avait déclaré qu'il ne pouvait pas peindre »

Giorgio de Chirico, interviewé en 1977

Il faut dire que Giorgio de Chirico n'aura pas été tendre avec les grands noms de l'art moderne. Après avoir à longueur d'interviews écorné la réputation des membres du groupe surréaliste, d'André Breton à Paul Eluard, il s'en prenait aussi à d'autres noms réputés de l'Art, comme Paul Cézanne (1839-1906), considéré comme le « Père de l'art moderne » ou Van Gogh (1853-1890), artistes qu'il estimait avoir été « inventés par les marchands de tableau ». Avec une mention spéciale à Paul Cézanne : 

« Il n'existait pas en tant que peintre, je crois même que Cézanne avait déclaré qu'il ne pouvait pas peindre ; alors les gens de son époque disaient que c'était la modestie des génies, mais le génie n'a jamais été modeste ! ».

Une victime du sectarisme d'André Breton et un brillant homme d'affaires ?

De ces relations très compliquées entre Giorgio de Chirico, pourtant un peintre essentiel de la modernité, avec ses contemporains, transparaissent aussi les luttes d'ego que se livraient les artistes pour asseoir leur réputation. Visiblement encore meurtri par le traitement plein de mépris qui lui avait réservé André Breton, Giorgio de Chirico avait choisi d'assumer sa solitude, son isolement, son amour pour les classiques, tout en profitant à son tour de l'explosion du marché de l'art, vendant avec succès les innombrables oeuvres sorties de ses ateliers.

Rédaction Ina le 14/11/2018 à 15:07. Dernière mise à jour le 16/11/2018 à 17:22.
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