Giorgio de Chirico, la peinture métaphysique, est à voir au musée de l'Orangerie du 16 septembre au 14 décembre. Giorgio de Chirico, décédé le 20 novembre 1978, est mondialement connu pour sa première période « métaphysique », empreinte de mystère et d'originalité formelle, qui a fortement inspiré l'art moderne et les surréalistes. Pourtant, au cours des années 1920, la rupture brutale avec l'Avant-garde parisienne marque l'éloignement d'un artiste qui choisit, jusqu'à sa mort, de s'adonner à l'étude des peintres anciens.

Giorgio de Chirico, peintre italien né en Grèce en 1888 et décédé à Rome en 1978, fut un artiste surréaliste majeur… jusqu’en 1928. Et plus après ! Car le groupe surréaliste, qui fut subjugué par la modernité de sa première période « métaphysique » des années 1910, le rejeta par la suite. En 1926, André Breton qualifiait ainsi l'évolution de sa peinture d'une manière abrupte : « Chirico, en continuant de peindre, n'a fait depuis dix ans que mésuser d'un pouvoir surnaturel… Cette escroquerie au miracle n'a que trop duré ».

De la métaphysique moderne à l'étude des classiques

Le jugement était sans appel : d’inspirateur du mouvement surréaliste, Chirico était devenu largement indésirable au sein de ce cercle d’artistes établis principalement à Paris et symbolisant la nouvelle modernité européenne.

On comprend mieux le jugement qu'à son tour le peintre italien devait porter rétrospectivement sur le groupe tout au long des interviews qu'il donnait à la télévision et à la radio au cours des années 1960 et 1970.

En 1977, répondant à une interview télévisée avec son humeur taciturne habituelle, il qualifiait ainsi André Breton de « soi-disant poète », le décrivant comme un « garçon plutôt gros qui se donnait beaucoup d'importance, un homme comme un autre », chez qui « mis à part son activité liée aux tableaux » il n'avait « rien remarqué d'important ».

Puis, élargissant sa critique, il jugeait le mouvement surréaliste « sans aucune valeur ». La valeur semblait selon lui se trouver dans l'étude du passé : « Pourquoi voulez-vous que j’aime les peintres surréalistes ? Moi j’aime les peintres anciens ! »

Au cours des années 1920, Giorgio de Chirico s'intéressa en effet de plus en plus à la peinture classique. Italien d'origine, ayant passé toute sa jeunesse en Grèce, il voyait dans ce patrimoine ancien un sommet de l'art occidental qu'il tenta, non de prolonger, mais d'étudier.

C'est ce retour à « l'ancien » qui provoqua l'incompréhension de ses contemporains, et notamment des surréalistes, suscitant chez le principal intéressé une apparente indifférence. Dans une interview donnée en 1964, Giorgio de Chirico déclarait ainsi aimer autant les deux deux parties de son oeuvre, ajoutant que « de toute façon », ses contemporains « ne comprenaient rien et n'aimaient pas l'art moderne ». 

« Je crois même que Cézanne avait déclaré qu'il ne pouvait pas peindre »

Giorgio de Chirico n'aura pas été tendre avec les grands noms de l'art moderne. Après avoir à longueur d'interviews écorné la réputation des membres du groupe surréaliste, d'André Breton à Paul Eluard, il s'en prenait aussi à Paul Cézanne (1839-1906), considéré comme le « Père de l'art moderne » ou Van Gogh (1853-1890), artistes qu'il estimait avoir été « inventés par les marchands de tableau ». Avec une mention spéciale à Paul Cézanne : 

« Il n'existait pas en tant que peintre, je crois même que Cézanne avait déclaré qu'il ne pouvait pas peindre ; alors les gens de son époque disaient que c'était la modestie des génies, mais le génie n'a jamais été modeste ! ».

Une victime du sectarisme d'André Breton ou un brillant homme d'affaires ?

De ces relations très compliquées entre Giorgio de Chirico et ses contemporains transparaissent aussi les luttes d'ego que se livraient les artistes pour asseoir leur réputation.

Sans doute secrètement encore meurtri par le traitement plein de mépris que lui avait réservé André Breton, Giorgio de Chirico avait choisi d'assumer sa solitude, son isolement, son amour pour les classiques, tout en profitant à son tour de l'explosion du marché de l'art, vendant avec succès les innombrables oeuvres sorties de ses ateliers.

Cyrille Beyer

Rédaction Ina le 14/11/2018 à 15:07. Dernière mise à jour le 04/09/2020 à 18:32.
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