France 3 diffuse ce lundi, la comédie de Francis Veber avec Pierre Richard et Michel Bouquet dans les rôles principaux. Découvrons quelle ambiance régnait sur le tournage du premier long métrage de Francis Veber en tant que réalisateur.

Le 15 novembre 1976, le magazine Pour le cinéma dévoile les coulisses d'une comédie française. C'est le premier film mis en scène par Francis Veber, le scénariste du Grand blond avec une chaussure noire, de L'Emmerdeur ou d'Adieu poulet. La comédie, il s'y connait. Pour le rôle-titre, le jeune cinéaste a choisi son vieux complice Pierre Richard. Dans la distribution, un enfant, Fabrice Gréco et un comédien confirmé, Michel Bouquet.

Les caméras du magazine surprennent une scène plutôt originale, François Perrin (Pierre Richard) est installé aux côtés d'Éric Rambal-Cochet (Fabrice Greco) dans une voiture de sport miniature dans le couloir d'un hôtel particulier… la voiture démarre.

Francis Veber résume ainsi l'intrigue de son film, "c'est l'histoire d'un journaliste qui est au chômage depuis deux ans et qui trouve du travail dans un journal qui est tenu par un milliardaire [Pierre Rambal-Cochet (Michel Bouquet)], très autocrate. Il arrive dans la salle de rédaction, décidé à se faire tout petit, et un jour son rédacteur en chef lui demande de faire un reportage dans une des entreprises de ce grand patron. Il part faire son reportage dans un grand magasin où il y a une grande exposition internationale de jouets. Il commence à faire son reportage, les allées sont désertes et brusquement, il se cogne à un enfant au détour d'un couloir. Et l'enfant est suivi par une foule respectueuse et craintive… et l'enfant regarde les jouets, son regard s'arrête sur le journaliste et il dit : je veux ça !"

"J'ai vu des enfants qui avaient des domestiques et qui les prenaient pour des jouets..."

"Ça" c'est Pierre Richard. On lui explique que c'est le fils du grand patron et qu'il veut le ramener chez lui. Par peur du chômage, Pierre Richard va accepter cet étrange proposition. "Et le journaliste arrive dans une caisse chez le milliardaire. C'est le point de départ du film".

Pierre Richard décrit ensuite la relation de son personnage à Eric, "c'est des rapports d'abord de violence, de tension, d'agressivité et puis, petit à petit, une évolution, une certaine estime et puis même une affection qui viennent doucement. C'est intéressant à jouer. J'ai vu des enfants qui avaient des domestiques et qui les prenaient pour des jouets (…) je l'ai vu !"

Francis Veber souligne, "à partir du moment où un enfant a les moyens d'un milliardaire, tout est possible". L'acteur précise, "je me suis sûrement inconsciemment servi d'un adulte pour passer mes caprices; si on ne vous dit rien ça peut aller très, très loin. C'est peut-être moi d'ailleurs qui ai vécu l'histoire de toute à l'heure".

Le père de l'enfant c'est Michel Bouquet, un rôle plus sombre "mais il y a aussi dans le film un arrière-plan qui est très important je crois, de l'émotion, d'un père qui est dépossédé petit à petit de son enfant au profit du jouet qu'il s'est choisi. Le père accidentel devient le père de l'enfant alors que le vrai père perd le pouvoir qu'il devrait avoir sur son enfant. Et ça, c'est la partie touchante, profonde et grave du film. Et c'est plutôt, dans ce film drôle, la part qui m'est dévolue à moi".

"Si l'enfant n'est pas doué, c'est catastrophique et s'il est doué, tout est permis!"

L'enfant joue un rôle essentiel dans le scénario, faire jouer un enfant, un défi relevé par le réalisateur, "un acteur professionnel s'appuie sur une technique, un enfant s'appuie sur un don. Si l'enfant n'est pas doué, c'est catastrophique et s'il est doué, tout est permis, ça devient magique". Pierre Richard enchaîne, "en général, ils ont la spontanéité mais ils n'ont pas la concentration mais lui, il l'a en plus. Hier, je l'ai regardé, il est resté assis trois heures sur une chaise à 11 ans et demi. Ça ne l'a pas gêné du tout. Moi on ne me laisserait pas 20 minutes sur une chaise"!

Michel Bouquet intervient à son tour sur le jeu des enfants au cinéma, "le problème de l'enfant au cinéma, ça regarde surtout l'auteur et le metteur en scène. Je pense que Francis Veber a choisi cet enfant avec énormément de soin, de méticulosité, de sérieux. Il en a vu des quantités et il a choisi un enfant, je pense, par les dons de comédiens évidemment qu'il sentait chez cet enfant, mais aussi peut-être, par une espèce de ressemblance profonde du tempérament de l'enfant qui pourrait être de moi. Le second problème, c'est d'arriver à ne pas jouer dans la vie ce qu'on est en train de jouer sur le plateau car l'enfant, là je pense, se sentirait gêné. Les enfants ont une énorme pudeur, une énorme sensibilité, surtout Fabrice Greco. Et je pense qu'il aurait été un peu gêné que je prenne dans la vie la place de son père. Ce que je n'ai pas fait. J'ai gardé une extrême réserve dans mes contacts dans la vie avec lui. Et j'ai même cru pendant trois semaines, que l'enfant gardait une certaine prudence vis-à-vis de moi. Je me suis aperçu petit à petit qu'il m'aimait beaucoup. Ce qui m'a fait énormément plaisir. Je ne lui ai pas trop dit et on est restés sur un terrain purement professionnel". 

A présent que Francis Veber est passé du papier et des stylos à la bobine de film et à la caméra, que pense-t-il du métier de réalisateur de cinéma ? "Je méprisais un peu les metteurs en scène dans le temps. J'avais l'impression de leur mâcher un peu le travail en leur écrivant des scénarios clé en main dont vous parlez. J'avais l'impression que c'étaient des supers chefs de chantier. Ce n'est pas vrai. Un bon metteur en scène a autre chose, en particulier du goût et puis un esprit de synthèse et plein de qualités que je ne peux pas vous définir maintenant, que je découvre et que je ne suis pas sûr d'avoir du tout".

Le film a connu un beau succès public en salles et a attiré 1 249 452 spectateurs. Il est devenu depuis sa sortie en 1976 un classique de la comédie à la française et repasse à ce titre régulièrement sur le petit écran.

Florence Dartois

Rédaction Ina le 26/06/2020 à 15:49. Dernière mise à jour le 26/06/2020 à 16:26.
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