Selon The Economist, Paris occupe la première place du classement des villes les plus chères du monde, ex-aequo avec Singapour et Hong Kong. Un record absolu pour la capitale française qui symbolise le ressenti d'une grande majorité de Parisiens : leur ville est devenue hors de prix. Mais le constat est-il si récent ? Déjà, en 1976, Paris voyait s'envoler les prix, et gagnait la réputation de ville « pour les plus fortunés »...

Paris, ville la plus chère du monde... Certes, la dernière étude menée par The Economist Intelligence Unit, la division recherche du célèbre groupe de presse The Economist, ne prend pas en compte tous les facteurs qui peuvent caractériser le coût de la vie dans une grande métropole. Ainsi, concernant l'immobilier, seuls sont pris en compte les loyers. De plus, le coût de la santé et de la scolarité n'entre pas non plus dans les critères de l'étude. Enfin, il s'agit de relativiser ce record parisien par la conjoncture internationale. Le Brexit et la baisse de la livre ont ainsi, par exemple, déprécié la position de Londres dans ce classement.

Mais il n'en demeure pas moins vrai que cette étude traduit une véritable envolée du secteur de l'immobilier parisien. Selon le site spécialisé Politique du logement, en vingt ans, les prix du logement ont plus que triplé à Paris. Une envolée des prix qui se constate depuis bien plus longtemps.

Nous sommes en 1976. De nombreux quartiers modernes sortent de terre, comme la vaste opération immobilière du Front de Seine, dans le 15e arrondissement. La constatation est celle d'un « doublement des prix par rapport à 1962 ». Paris acquiert dès ces années la réputation d'une « ville bourgeoise, d'une ville chère, destinée à une population fortunée ».

La faute, selon l'historien de l'art Michel Ragon, à une « politique gaulienne de grandeur » pour la capitale : « Paris devait être, ou on espérait qu’elle soit, la capitale de l’Europe, donc en conséquence on voulait faire une ville propre, c’est-à-dire débarrassée des taudis, des immeubles vétustes, et en même temps débarrassée des gens aussi qui paraissaient "un peu sales" [les guillemets sont explicités par Michel Ragon], pour les étrangers qui devaient venir, c’est-à-dire que Paris devait être une plate-forme, un espèce de miroir aux alouettes pour attirer des grandes compagnies étrangères ».

La conséquence : beaucoup de Parisiens, ne pouvant plus se loger dans la capitale, migrent vers la banlieue. En cet âge d'or de la périurbanisation, la demande pour les maisons individuelles est alors la formule qui séduit le plus. D'après Michel Mauer, vice-président de Cogedim, la raison en est simple : « pour un Parisien, la maison individuelle constitue, à qualité de confort égal, et de standing social égal, une solution qui lui revient exactement moitié moins cher qu’un appartement à Paris ».

Les archives le montrent, la capitale française en 1976 était déjà trop chère pour de nombreux Parisiens. Comme aujourd'hui, l'unique solution pour se loger était de migrer vers la proche ou lointaine banlieue. Si l'accélération des prix s'est en effet amorcée il y a une quinzaine d'années, la première place spectaculaire qu'occupe Paris dans le classement de The Economist semble en fait le résultat d'un enchérissement progressif du coût de l'immobilier qui remonte à plusieurs décennies. 

Cyrille Beyer

Rédaction Ina le 20/03/2019 à 16:41. Dernière mise à jour le 21/03/2019 à 19:03.
Economie et société