Dès son arrivée à l'Elysée, le nouveau Président de la République souhaite s'inviter à dîner chez les Français pour mieux "regarder la France au fond des yeux." Les heureux élus racontent leur aventure si particulière.

Le nouveau président demande rapidement aux familles qui le désirent de lui envoyer une invitation. Dès janvier 1975, les premiers dîners intimes débutent. Ils ne sont pas filmés, seuls restent les témoignages des heureux hôtes d'un soir du président et de son épouse.

Le 23 janvier 1975, le lendemain de l'un de ces soupers, madame Cucchiarini, hôtesse du couple présidentiel, revient avec un journaliste sur l'organisation et la composition du dîner. Ce premier repas s'est en fait déroulé chez un artisan bien connu de l'homme politique.

"Mon mari connaît le président depuis fort longtemps. Alors, un jour, il a dû se rendre à l'Elysée pour un travail d'encadrement... Je pense que peut-être, la question est venue sur cela..."

La maîtresse de maison explique ensuite comment son époux a connu le président alors qu'il était encore ministre des Finances puis revient sur l'organisation du dîner. "Eh bien, mon mari a reçu un coup de téléphone du chef du cabinet pour prendre le rendez-vous. Et le lendemain, il est venu le trouver à l'atelier pour lui demander si c'était possible".

"Quel a été votre première réaction ? Vous n'avez pas eu une réaction de panique" ?

"Oui, j'ai paniqué beaucoup, beaucoup. Ce qui vient à l'esprit tout de suite, c'est l'organisation et le menu". Elle décrit ensuite où étaient placés les convives lors du repas, "Voilà la table du dîner qui est très en désordre, naturellement, vous me prenez au saut du lit, alors… le président se trouvait à votre place, monsieur… Puis vient l'énumération du menu. "Nous avons sablé champagne. Ensuite, nous nous sommes mis à table. Il y avait un potage de cresson. Il y avait un bar avec une petite mousseline, une côte de boeuf, avec une garniture de tomates, cresson, naturellement et de jardinière de légumes. Il y a eu le fromage ensuite, et la salade. Un bon dessert. J'avais fait simplement une charlotte. On voulait que ce soit très simple. Une charlotte avec une crème anglaise".

Le reporter lui demande que fut le sujet de leurs conversations lors de cette soirée. "De toutes sortes de choses. La faim dans le monde, les problèmes sociaux, la natalité qui diminue dans pas mal pays, du moins de race blanche. Des problèmes de la vie actuelle".

"Et sur les problèmes sociaux, il vous a demandé votre avis. Il a interrogé votre mari sur son métier, sur sa situation" ?

"Oui, beaucoup. Il a interrogé chacun sur son métier. Il a voulu approfondir leur travail, mais vous dire exactement ce qui s'est dit. J'étais entre la cuisine et la table. C'était très difficile de suivre une conversation de bout en bout. Il a énormément interrogé sur le travail de chacun".

"Et vous avez répondu franchement sans vous gêner ?"

"Non, pas du tout. Pourquoi ? On n'a rien à cacher ! On n'a pas de raison".

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"Vous l'appeliez, monsieur le président ou monsieur simplement" ?

"Monsieur le Président. Parfois, monsieur, c'est très long de dire Monsieur le président", précise-t-elle.

"Et vous, il vous appelait madame de votre prénom"?

"Oh, non, il m'appelait madame".

Le repas s’achèvera finalement à minuit.

"On a parlé absolument comme si on était autour d'une table, entre amis. De problèmes dont on parle entre amis".

"Vous êtes promis de vous revoir "? lui demande le journaliste curieux.

"Certainement. D'ailleurs, étant donné le métier de mon mari, c'est assez courant, oui. D'ailleurs, mon mari est descendu raccompagner monsieur le président et madame. Et il lui a dit qu'il passerait certainement le voir à l'atelier. D'ailleurs, il lui avait déjà dit avant, avant de venir ici".

Le journaliste plaisante, "mais il ne vous a pas dit : venez dîner un soir à l'Elysée ?"

"Je ne pense pas. Non, je ne pense pas", conclue madame Cucchiarini très sérieusement.

Qu'en pensaient les Français ?

Ces visites "à la bonne franquette" suscitaient des débats parfois passionnés dans les familles comme le montre ce reportage de janvier 1975.

Pour aller plus loin

Le 1er mars 1975, le JT de 13h00 de TF1 se rend dans la famille Dumagny des Yvelines qui a elle aussi reçue le couple présidentiel la veille pour un dîner convivial. "Tout le monde est passé à table comme si nous avions reçu des amis". Le gendre routier souligne "le président est très renseigné". L'une des filles de la famille raconte comment elle a eu l'idée d'inviter le président à leur table et a écrit en secret à l'Elysée.

Numéro un : sketch de Jacques Villeret "Le diner du président". Jacques Villeret dans le rôle d'une française faisant le récit à la télévision de son repas avec le président de la République Valéry Giscard d'Estaing. (7 juin 1975)

JT FR3 Rhône Alpes : la visite de Valéry Giscard d'Estaing au village du Reposoir (212 habitants), en compagnie de son épouse pour fêter le 4ème anniversaire de son mandat. (29 mai 1978)

Campagne électorale officielle, élection présidentielle 1er tour : Valéry Giscard d'Estaing "Regarder la France au fonds des yeux". Valéry Giscard d'Estaing qui déclare : "J'ai dit que pendant cette campagne, je voulais regarder la France au fonds des yeux. La France pour moi c'est l'ensemble de toutes celles et de tous ceux qui habitent, qui grandissent, qui travaillent et qui vieillissent sur notre sol et donc pour moi la France c'est chacune et chacun d'entre vous, et c'est pourquoi je vous regarde ce soir et c'est pourquoi aussi vous me regardez". (19 avril 1974)

Rédaction Ina le 15/09/2020 à 14:24.
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