Arte consacre en octobre un cycle à François Truffaut. Le premier film à être diffusé ce dimanche est La sirène du Mississippi avec Catherine Deneuve et Jean-Paul Belmondo. Voici comment François Truffaut le présentait en 1973.

La sirène du Mississippi a été tourné à la fin de 1968 pour une sortie en 1969. Le film, malgré le casting prestigieux, n'a pas vraiment rencontré son public bien qu'il raconte une histoire d'amour construit autour d'un couple. Alors que s'est-il passé ? Quelques années plus tard, le 3 septembre 1973, dans l'émission Morceaux de bravoure, le cinéaste revenait avec André Halimi sur l'échec de ce long-métrage auprès du public.

"Dans les autres films que j'ai fait sur l'amour, il y a avait quand même plusieurs personnages. Là, ce qui m'intéressait dans celui-là, c'est qu'il n'y avait qu'un homme et une femme. Et le conflit est entre eux deux. C'est une question de caractères. Comment allaient-ils l'un et l'autre s'ajuster"?

L'un des aspects intéressants de la structure du film, à son avis, était qu'il avait été tourné "dans l'ordre chronologique. Ce qui a été un grand plaisir pour moi. Parce que, seule la construction était établie d'avance, les dialogues étaient, non pas improvisés, mais je les écrivais le dimanche pour la semaine, en fonction de l'évolution de ce couple".

Mais alors pourquoi n'a-t-il pas rencontré son public malgré le casting prestigieux ? Le cinéaste revient sur le caractère original de l'intrigue, peut être trop... "l'histoire débute lors d'un mariage "complètement idéaliste" à la Réunion. Il s'agit d'un mariage par petite annonce. La jeune femme qui arrive est beaucoup plus belle que celle qui était sur la photo et en même temps le contraire de ce qu'il voulait. Il voulait une jeune fille sage et c'est une femme au contraire, qui a vécu, qui a souffert, qui a été une délinquante et elle va lui apprendre la vie. Pour moi, l'intérêt de La sirène du Mississippi, et qui a d'ailleurs causé l'échec de ce film dans le public, c'est que j'avais une histoire d'amour inversée. Je traitais Jean-Paul Belmondo comme une jeune fille vierge et je traitais Catherine Deneuve comme un aventurier. C'était l'inversion des sexes et ça je crois que ça a choqué".

Il conclut en évoquant sa scène préférée, "la scène d'amour au coin du feu lorsqu'ils s'interrogent l'un l'autre…"

Rédaction Ina le 30/09/2020 à 16:05. Dernière mise à jour le 02/10/2020 à 17:54.
Art et Culture Cinéma