France 3 diffuse à 14h00 le film Elle cause plus, elle flingue de Michel Audiard, l'occasion de retrouver toute l'équipe du film lors du tournage dans un bidonville. Bonne humeur et humour noir au rendez-vous...

Le 16 juillet 1972, le magazine Pour le cinéma proposait un reportage sur le dernier film de Michel Audiard. En plein tournage dans un bidonville, le réalisateur retrouvait son amie Annie Girardot, vedette de son long métrage. A ses côtés, une distribution de rêve, Bernard Blier, Darry Cowl, André pouce, Jean Carmet ou encore l'acteur américain Charles Southwood.

Michel Audiard commence par présenter l'intrigue de son film et chacun de ses personnages principaux, en premier lieu Annie Girardot, c'est la "chef de bande qui vit dans ce bidonville et en principe tous ceux qui franchissent la frontière de ce bidonville n'en ressortent jamais, ou plus exactement, ils en ressortent en petits morceaux…", plaisante-t-il.

causeplus620

Charles Southwood joue un reporter américain qui vient enquêter sur la misère en Europe, mal lui en prend… Dans le camp se trouve une machine redoutable à découper les gens…

Annie Girardot, dans le costume clair de son personnage, arborant un magnifique chapeau, explique que "cette machine a été conçue par mon grand-père qui a gagné en je ne sais plus quelle année le concours Lépine avec ça. Puis cette machine est restée là. On l'a utilisée !" déclare-t-elle avec un sourire entendu.

"Elle ne vend pas des ossements, elle vend de la relique..."

Michel Audiard raconte ensuite que ce "découpage" orchestré par sa cheffe de bande est une simple histoire d'argent, "elle est la seule à faire ça. Elle ne vend pas des ossements, elle vend de la relique. Elle ne travaille qu'avec le haut clergé et son client principal, c'est l'archevêque de Paris. Elle vend le tronc de Saint Sébastien, le doigt de Dieu, le pied de Saint Antoine…"

L'archevêque de Paris c'est Michel Galabru, il va même aller à lui demander le "Christ en entier".

Bernard Blier lui joue un flic "complètement paranoïaque et amoureux de la "princesse" précise Audiard... "d'ailleurs, au pire moment du film, il la demande en mariage !"

L'acteur confirme, "moi je ne comprends rien à rien, totalement abruti !"

Jean Carmet, joue quant à lui un unijambiste, "lui, il est le patron de la machine… mais c'est pas un mauvais non plus, c'est un personnage assez tendre. Il était tellement content de tourner avec une jambe de bois ! Je ne peux pas lui refuser ça, ça fait 20 ans qu'il attendait ça".

L'unijambiste précise "fou, certainement pas ! Il y a une certaine logique dans ces gens-là. Ce sont des gens très organisés dans le crime. Ce sont des non-conformistes".

Le reportage suit ensuite André Pouce, un autre membre de la distribution, c'est un malfrat, "ça m'arrive souvent, il parait que j'ai une tête de mandat d'arrêt", ironise-t-il.

"J'ai arrêté de tourner (...) pour arrêter cette carrière innommable !"

Darry Cowl, 80 films à son actif, campe un autre flic, "lui fait partie du passé de Girardot, lui s'est fait couillonner trente ans avant." L'acteur se définit comme "une espèce de fou, des policiers qui en font trop parce qu'ils ont des droits. Donc j'abuse de mes droits à l'extrême et puis je suis quand même un romantique, un amoureux des femmes. Le personnage que je joue, il est toujours à plus 100 et à moins 100, il n'est jamais normal en fait".

L'acteur, clope au bec, explique que sur les 80 films tournés, il en avait tourné 78 de trop, il précise avec dérision, "j'ai arrêté de tourner il y a deux ans et demi pour arrêter cette carrière innommable et espérant qu'un jour quelqu'un dira : tiens, il ne fait plus de bêtises, est-ce qu'on peut lui accorder un petit truc ?"

Un film christique ?

Les acteurs définissent ensuite le réalisateur chacun à leur tour, "il a des qualités", "il a un geyser en lui et de-là gicle des répliques", "Michel est un fox à poil ras, un chien de cirque…"

Michel Audiard conclut en expliquant qu'il tourne-là un film de rédemption… dont le Christ est au centre de l'intrigue, un Christ aux allures de hippie, "il personnifie la bonté à travers une histoire de malfrats, de dépeceurs…"

"Et si derrière Audiard se cachait un grand mystique ?" Amusé par cette réflexion du journaliste, le cinéaste répond avec humour, "au fond j'aurais dû écrire la Bible…

Florence Dartois

Rédaction Ina le 24/06/2020 à 15:57. Dernière mise à jour le 24/06/2020 à 16:00.
Art et Culture Cinéma