La France en est le premier consommateur européen. Le nitrate d'ammonium est un engrais principalement utilisé pour les cultures. Un produit polluant dont la nocivité était sous-estimée en 1971 à l'usine de Grandspuits en Seine-et-Marne.

Il est à l'origine de la prolifération des algues vertes en Bretagne. Mais aussi de l'explosion du port de Beyrouth cet été ou encore de l'usine d'AZF de Toulouse en 2001. C'est le nitrate d'ammonium. Un produit destiné notamment aux agriculteurs et soumis à déclaration au dessus de 250 tonnes en France. Problème, en dessous de cette quantité, il n'est soumis à aucun contrôle. N'importe qui peut en stocker. Les risques d'explosion sont alors considérables si l'engrais est contaminé par des matières incompatibles comme le fuel.

D'abord, quelques informations. Le nitrate d'ammonium résulte d'un mélange entre l'acide nitrique et l'ammoniac. Il est destiné à fournir l'azote aux plantes qu'elles ne peuvent naturellement fixer. Si il est apparu au début du 20ème siècle, ce n'est qu'à partir de la fin de la Seconde Guerre mondiale que le produit s'impose en France. A l'époque, le général de Gaulle veut faire de la France le grenier de l'Europe. Le nitrate d'ammonium est alors utilisé pour les cultures. L'avantage du produit étant qu'il n'est pas coûteux à la production.

En 1971, De Gaulle n'est plus le président de la République. C'est Georges Pompidou qui est à la tête de l'Etat. Cette année-là, le journal de l'ORTF consacre un reportage à cet engrais produit dans l'usine de Grandpuits en Seine-et-Marne à côté de Melun.  Aujourd'hui, cette usine existe toujours et est même classée Seveso seuil haut. A l'époque, l'usine produisait chaque jour 1000 tonnes d'engrais chimiques ce qui faisait d'elle la seconde en Europe en terme de production. Si aujourd'hui les dangers du nitrate d'ammonium ne font plus aucun doute, ce n'était pas le cas en 1971. Pour éviter de polluer les rivières, l'usine de Grandpuits rejetait les eaux contaminées dans le sol à 2000 mètres de profondeur. Cette pratique était même subventionnée par l'Etat à hauteur d'un million de francs, mais selon les dires du journaliste, "la nature est préservée". Même son de cloche du côté du directeur de l'usine : "C'est totalement impossible (de polluer) car on envoie cette eau à 2000 mètres de profondeur dans une roche réceptacle qui contient déjà une eau non consommable. Au dessus de cette roche, il y a 170 mètres d'argile imperméable qui empêche la remontée de ces eaux à la surface." Avant de rajouter : "Cette eau s'écoule vers la mer à une vitesse d'un mètre par an. Nous sommes ici à 300 kilomètres de la mer donc ça arrivera au large de Cherbourg dans 300 000 ans." 

Pour conclure, le journaliste finit son reportage sur ces mots : "Pour l'environnement, les avantages de ce procédé sont considérables. Une seule question se pose : "Est ce que les entreprises vont accepter d'investir 1 millions de francs pour éviter de nuire aux hommes et de polluer la nature ?"

En 2020, 108 établissements français sont autorisés à détenir plus de 5000 tonnes de nitrate d'ammonium. La France est même le premier consommateur européen et le troisième mondial selon le journal Le Parisien.

Rédaction Ina le 31/08/2020 à 12:16. Dernière mise à jour le 31/08/2020 à 13:14.
Economie et société