"Le cercle rouge" de Jean-Pierre Melville sortait au cinéma le 21 octobre 1970. Découvrons l'ambiance qui régnait sur le tournage de ce film policier à la distribution prestigieuse, en mars de la même année. Action !

Le 15 mars 1970, le magazine Pour le cinéma se rend dans le château de Jean-Claude Brialy à Monthyon. C'est là que se tourne le dernier Melville. Le synopsis est simple : un truand marseillais (Corey, Alain Delon), un détenu en cavale (Vogel, Gian Maria Volonte) et un ancien policier (Jansen, Yves Montand) mettent au point le hold-up du siècle dans une bijouterie de la place Vendôme. Mais le commissaire Mattei (Bourvil), de la brigade criminelle, va leur tendre un piège...

"Y'a pas de femmes dans mon film !"

Chapeau vissé sur la tête et ses lunettes noires habituelles lui dissimulant le regard, le cinéaste est enthousiaste, "Cette année, je reviens à de vieilles amours : le film policier d'aventures, physique, avec des hommes. Y'a pas de femmes dans mon film. Je ne l'ai pas fait exprès, je ne suis pas misogyne, mais en écrivant le scénario, tout à coup, je me suis aperçu qu'il n'avait pas de place pour les femmes. Alors il n'y en aura pas. Il y a Delon, Bourvil, Montand, Gian Maria Volonte, François Périer".

Plus tard, Alain Delon est coursé dans un parc par plusieurs poursuivants, pour son rôle, il a adopté une grosse moustache. Après la scène, l'acteur évoque ses projets en cours et à venir,  "Il y a d'abord la sortie de "Borsalino". Ça c'est un projet, je veux dire, c'est une réalité. C'est même très bientôt. Il sort le 20 mars, que j'ai fait en tant que producteur et acteur. Il y a ce film que je viens de commencer sous la direction de Melville, "Le Cercle rouge". Et puis, j'ai un autre projet très important pour la fin de l'année, "Proust", sous la direction de Visconti".

"Sous la direction de Jean-Pierre Melville, je suis prêt à affronter n'importe quel personnage"

Alors qu'Alain Delon tourne une nouvelle prise de poursuite, le cinéaste confie en off, "il a une présence physique exceptionnelle, on peut lui demander de faire des choses de précision".

A propos de son personnage, l'acteur ajoute, "c'est encore un personnage en marge de la société. Je sais, ça va encore en faire sourire certains. Puisqu'on me reproche toujours de jouer ce genre de rôles, mais dans ce film, c'est un peu spécial. C'est un film de Melville, je veux dire, sous la direction de Jean-Pierre Melville, je suis prêt à affronter n'importe quel personnage, même si les personnages que j'ai déjà fait de toute façon…" L'acteur est coupé.

"Melville est d'une grande précision"

Le reportage s'intéresse ensuite à Yves Montand, feutre sur la tête et gabardine beige, il incarne un ancien flic corrompu et répond à la même question concernant ses projets, "plus aucun projet, pour la simple raison qu'en 1970, on va trois films que j'aurais tourné. Je pense que trois films dans l'année, c'est amplement suffisant, d'une part, et que d'autre part, c'est aussi très important de ne pas tourner sans arrêt. C'est important aussi de prendre un certain recul et de se nourrir aussi intérieurement. On va voir "L'aveu" [de Costa Gavras] qui doit sortir vraisemblablement au mois d'avril. Ensuite, vous aurez le film avec Barbara Streisand, que j'ai tourné l'année dernière à Hollywood, qui s'appelle "Par un jour sans nuages, on peut voir jusqu'à l'infini". Et puis, "Le cercle rouge" qu'on est en train de tourner en ce moment".

Qu'est-ce que vous jouez dans Le cercle rouge? lui demande le reporter, "Un tueur d'élite. Un tireur d'élite" ! On a besoin de ses talents de tireur pour un hold-up vraiment délicat à faire. Melville est d'une grande précision.
Ses scénarios sont toujours découpés d'une façon, au millimètre près, mais sans jamais se laisser prendre lui-même à cette mécanique, c'est-à-dire que sa colonne vertébrale est parfaitement bien écrite, mais il se permet de temps en temps de naviguer à l'intérieur de ça. Il n'a pas peur de couper ou d'enlever ou d'enlever carrément un bout de dialogue, si l'image est beaucoup plus forte que ce qu'on avait à dire". 

Melville dirige ensuite une scène où l'on aperçoit brièvement Bourvil et de nombreux policiers.

"C'est moi qui arrête Montand, Delon !"

Bourvil, casquette sur la tête, évoque son rôle avec une certaine jubilation, "je suis un commissaire de police. C'est moi qui arrête Montand, Delon. C'est un film dramatique".

Le reportage se termine sur l'acteur plaisantant sur son physique avantageux avant le  tournage d'une nouvelle scène, "c'est tellement beau !" La caméra laisse le comédien sourian. Déjà malade au cours de ce tournage, il allait décéder sixs mois plus tard. Il ne verrait jamais le film terminé.

Pour aller plus loin

Provence Actualités : images muettes du tournage où l'on aperçoit Melville et Bourvil. (25 février 1970) 

Monsieur cinéma : Alain Delon à propos du film "Le cercle rouge". Pierre Tchernia reçoit Alain Delon sur le plateau de "Monsieur Cinéma" à l'occasion de la sortie du film "Le cercle rouge". Alain DELON parle du film sur "quatre solitudes et quatre loups solitaires", de ses partenaires, de Jean-Pierre Melville qu'il encense et de leur projet de film sur Arsène Lupin. (25 octobre 1970)

Sport en fête : Jean Pierre Melville, à propos de Bourvil dans "Le cercle rouge". Jean-Pierre Melville, invité fil rouge de la tranche horaire, évoque le dernier rôle de Bourvil dans "Le cercle rouge". Malgré la souffrance, l'acteur avait refusé de se faire doubler dans les scènes d'action. Pour ce film il avait été crédité de son vrai nom André Bourvil. (5 novembre 1972)

Florence Dartois

Rédaction Ina le 19/10/2020 à 19:11. Dernière mise à jour le 22/10/2020 à 15:55.
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